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Publié par Philippe LENOIR

Le groupe britannique Black Sabbath inventait le heavy metal, il y a cinquante ans

Il y a cinquante ans, quatre enfants de la classe ouvrière de Birmingham allaient révolutionner la pop music en créant la chanson Black Sabbath qui allait donner le nom à leur groupe. Cette chanson lente aux riffs de guitare épais, portée par une voix sépulcrale ouvrait le chemin d'un genre musical qui allait connaître son apogée dans les années 70 et 80 : le heavy metal. Un nom générique qui symbolise si bien cette ville de Birmingham qui fut, à partir de la Révolution Industrielle du XIXe siècle, la cité de la métallurgie du Royaume-Uni. Un patrimoine historique très bien exploité dans la série Peaky Blinders qui a replacé la seconde ville d'Angleterre sur la carte de la pop culture. D'autres groupe de rock de réputation mondiale ont pris racine à Birmingham comme UB40, The Moody Blues, Duran Duran ou Judas Priest, mais c'est sans aucun doute Black Sabbath qui a le mieux personnifié cette cité industrielle. Car les quatre membres fondateurs du groupe qui ont su échapper à l'usine, sont toujours restés fidèles au caractère même de leur ville natale. Même son chanteur Ozzy Osbourne, malgré sa vie de rock star hallucinée, a toujours gardé en lui le tempérament d'outsider de cette Angleterre provinciale qui n'a jamais maîtrisé les bonnes manières londoniennes.

Le groupe britannique Black Sabbath inventait le heavy metal, il y a cinquante ans

C'est donc en 1970, la veille de la Saint-Valentin que le groupe formé de Ozzy Osbourne au chant, Tony Iommi à la guitare, Geezy Butler à la basse et Bill Ward à la batterie, concocte cet album historique. Le quatuor, notamment Ozzy Osbourne, possède déjà un certain sens du marketing en remarquant que le public est fasciné par les sciences occultes, le médiéval gothique, l'heroïc fantasy de Tolkien et les films d'horreur. Et si les Rolling Stones ont déjà chanté leur sympathie pour le diable, Black Sabbath va aller encore plus loin dans cette veine sataniste. D'autant que le groupe possède une culture du blues et même du jazz qui entre en résonance avec le surnaturel. Leur premier coup de génie, avant la musique que contient l'album, c'est évidemment la photo de la pochette qui montre au second plan une créature gothique posant dans un jardin avec en fond un bâtiment ancien. Une composition très réussie qui provoque d'autant plus l'effroi qu'elle suggère dans le même temps une sorte de quiétude bucolique. Black Sabbath ira jusqu'à dire que cette fameuse silhouette, absente lors de la prise de vue, est apparue lors du tirage en laboratoire. En tout cas, à une époque où la pochette de disques vit son âge d'or, des Beatles au Velvet Underground, celle de Black Sabbath atteint son objectif, celle de susciter la curiosité.

Quand au disque, propulsé par cette chanson Black Sabbath, il ouvre une nouvelle page de l'histoire du rock. C'est surtout lié au jeu de guitare de Tony Iommi qui assène des riffs lourds sur un tempo étrangement lent qui procure une ambiance gothique. Ce son si particulier est, en partie, lié à l'infirmité du guitariste qui a eu deux bouts de doigts sectionnés à la main droite quand il travaillait dans un haut-fourneau. L'autre évidence, c'est l'expressionnisme de l'ensemble avec en ouverture le son de la pluie, le tonnerre et le tintement d'une cloche dans le lointain, les coups de boutoir de la guitare qui annoncent la voix caverneuse et râleuse d'Ozzy Osbourne. Une réussite détonante qui ne doit en rien occulter un album qui mêle le blues, le psychédélisme, le rock dans un maëlstrom qui évoque tout à la fois les légendes nordiques, le gothique victorien, l'heroïc fantasy, mais aussi en creux la rudesse du travail dans les aciéries locales. Le disque, aujourd'hui, un classique, aura du mal à s'imposer, surtout que Black Sabbath sort, la même année, un second album Paranoïd qui achèvera de placer le groupe en orbite.

 

Sans doute son chef d’œuvre avec un single Paranoïd qui atteint le sommet des charts et des chansons entrées au panthéon du rock comme Iron Man, War Pigs, Electric Funeral...Des riffs de dingue et des solos de guitare virtuoses, des mélodies entêtantes, une rythmique de forgeron, des textes qui évoquent la folie, la guerre du Vietnam, le danger atomique qui donnent son véritable titre de noblesse à ce hard rock qu'on définira un peu plus tard heavy metal. Plus encore que le premier opus, Paranoïd est le disque qui correspond le mieux à la dénomination et fait de Black Sabbath le groupe qui a inventé le genre. Des trois institutions du hard rock britannique, le quatuor de Birmingham fut parfois déprécié par rapport à Led Zeppelin et Deep Purple. C'est sans doute lié à sa longévité à géométrie variable dont seul Tony Iommi sera le fidèle taulier et le garant de son intégrité. Pourtant même après le départ de Ozzy Osbourne à la fin des seventies, Black Sabbath tiendra plutôt bien son rang face aux nouveaux venus, recrutant de bons chanteurs comme Ronnie James Dio et même Ian Gillian de Deep Purple. Dans le même temps, malgré une carrière solo à succès, Ozzy Osbourne a toujours conservé un lien avec le groupe. Il revint par intermittence même quand il frôla le pire en étant consacré vedette d'une télé-réalité mettant en scène sa vie de famille à Los Angeles.

Mais, contre toute attente, le véritable come-back du chanteur originel en 2013 avec la sortie d'un ultime album et la mise en route d'une tournée mondiale en 2017, a remis le groupe sur son piédestal. Cette tournée d'adieux a permis de comprendre à quel point Black Sabbath avait tenu un rôle primordial dans l'histoire du rock. Un superbe documentaire consacré au dernier concert du groupe à Birmingham, diffusé sur Arte et édité en DVD, était éloquent sur le sujet. Surtout que leur heavy metal sataniste est désormais perçu comme bien inoffensif et totalement digéré par la pop culture de masse. Après tout, leur chanson Iron Man a été intégré dans les films Marvel consacré au héros du même nom, alors qu'il n'y a, à l'origine, aucun rapport entre les deux. On a même entendu Paranoïd servir de bande-son à une pub pour la marque de voitures Nissan. D'ailleurs, il fut étonnant, lors de cette dernière tournée, de constater comment le groupe avait su régénérer son audience auprès de fans qui pourraient être leurs petits-enfants (voir ci-dessous le final du dernier concert de Black Sabbath à Birmingham, émouvante reprise de Paranoïd). Surtout, après un demi-siècle d'existence, les deux premiers albums de Black Sabbath sont devenus des références, des disques qui ne se discutent plus, mais s'écoutent toujours et encore. Le heavy metal, lui aussi, possède son Graal, un poil démoniaque certes, mais divinement jouissif !

http://philippelenoir-popculture.com/2020/03/stairway-to-heaven-de-led-zeppelin-plus-qu-une-chanson-une-legende-de-l-histoire-du-rock.html

http://philippelenoir-popculture.com/2019/07/highway-to-hell-d-ac/dc-l-hymne-de-la-vie-facile-et-libre-du-rock-a-40-ans.html

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