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Publié par Philippe LENOIR

Quand Michael Jackson devient l'enfant star de la pop mondial en 1970

Il y a cinquante ans, cinq frères afro-américains issus de la classe ouvrière réussissent un exploit unique dans l'histoire de la pop music en accrochant quatre fois de suite la première place du classement Billboard des ventes de disques aux États-Unis. Un record d'autant plus incroyable que les quatre singles des Jackson Five sont issus de trois albums différents sortis au cours de la même année. Ce qui donne une idée assez délirante du rythme effréné auquel les jeunes stars sont confrontés sans jamais se plaindre. En dix mois, leur maison de disques, la légendaire Tamla Motown produit et commercialise quatre albums, une frénésie record du label pour rentabiliser au maximum un groupe totalement pris en charge par un marketing redoutable. Car Berry Gordy, le patron de la Motown a compris que l'intérêt du groupe se concentre sur son chanteur principal, Michael Jackson alors âgé de douze ans. Un prodige au charisme fou dont la voix d'ange semble être faite pour incarner la soul bubble gum des Jackson Five concoctée par les équipes du label black de Detroit. Mais selon les lois de l'évolution, l'adolescent pré-pubère ressemblera d'ici peu à ses grands frères qui jouent les utilités derrière lui. Berry Gordy ne croit pas à une possible longévité du groupe qu'il a déjà eu du mal à engager, peu convaincu par leur potentiel originel.

Joe Jackson manage ses fils par la terreur

Lors de leur première audition sur cassette audio où ils reprennent My Girl des Temptations, les frères Jackson sont boudés par le patron qui voit défiler des dizaines de formations similaires qui veulent rejoindre son empire. C'est Gladys Knight, chanteuse à succès du label qui convaincra Gordy de les engager après avoir vu les Jackson Five mettre le feu à l'Apollo, mythique music-hall d'Harlem à New York, lors d'un concours de jeunes talents. Car les cinq frangins connaissent leur métier bien plus que la plupart des prétendants à la célébrité qui veulent décrocher un contrat chez Tamla-Motown à la fin des années soixante. Depuis 1963, le groupe écume les bars et les clubs de strip-tease de la région de Chicago en reprenant à leur compte les tubes des Four Tops, des Temptations, de Smokey Robinson, mais aussi de Jackie Wilson ou James Brown, sous la férule de leur père, Joseph. Un homme qui manage ses fils par la terreur, voire la violence physique en les soumettant au quotidien à une discipline de fer pour être les meilleurs. Bien plus que Berry Bordy, c'est bien Joe Jackson qui sera le créateur du groupe qu'il va manager jusqu'à l'envol de la carrière solo de Michael Jackson à la fin des années 70. Ouvrier dans l'industrie métallurgique à Gary, petite ville de la grande banlieue de Chicago au bord du lac Michigan, il va effacer sa frustration de ne pas avoir percé dans la musique en formant ses enfants à devenir des stars.

 

Diana Ross, marraine du groupe

Enfin surtout ses cinq fils aînés sur les neuf enfants qu'il a eu avec Katherine. Les sœurs et le dernier garçon sont en charge de l'intendance qui doit permettre aux Jackson Brothers, leur nom de départ, d'être le premier groupe familial de l'histoire de la soul music. Si au départ, c'est Jermaine qui est choisi comme front-man, il doit laisser sa place à Michael sur ordre du père qui a vu à quel point le septième de la famille surclassait ses frères dans tous les secteurs du chant comme de la danse. Le gamin à cinq ans donne son premier concert rémunéré avec ses frères dans un club de Gary. Même si Michael Jackson se plaindra toute sa vie d'avoir vécu des sévices physiques de la part de son père qui le faisait répéter à coups de ceinturon, il avouera également qu'il n'aurait jamais été un tel artiste sans la vision mégalomaniaque de cet homme tyrannique. Après leur seconde audition réussie chez Motown, Berry Gordy décide de prendre le groupe en main assurant comme il a toujours su le faire le storytelling maison pour donner aux Jackson Five le vernis pop qui rassure le public blanc, surtout en ces temps de tensions raciales qui déchirent l'Amérique. Il mobilise pour eux une équipe d'auteurs et de compositeurs qui va générer des chansons acidulées pop and soul qui évoquent principalement les amours adolescents. Preuve de l'intérêt du boss de la Motown, il désigne son égérie, diva ultime du label, Diana Ross comme marraine de leur premier album qui sort en décembre 1969. Dans cet historique disque intitulé « Diana Ross presents The Jackson Five », se trouve niché I Want You Back, le premier hit à décrocher le numéro 1 en janvier 1970.

 

Quatorze millions de disques vendus en un an

Une chanson écrite par Berry Gordy himself, refusée par Gladys Knight et Diana Ross, et qui va permettre aux Jackson Five de se produire illico dans les grandes shows télévisés des networks tout-puissants. Mais si I Want You Back est le vingtième numéro 1 de l'histoire de la Motown dont douze pour Diana Ross and The Supremes, il inaugure un exploit supplémentaire pour le compte du label : quatre numéros 1 consécutifs dans la même année 1970 pour la fratrie Jackson avec à suivre ABC, The Love You Save et I'll Be There. Au total, quatorze millions de disques vendus en l'espace d'une seule année pour un groupe encore inconnu quelques mois auparavant. Surtout que le groupe poursuit sur sa lancée en 1971 en collectionnant d'autres succès comme Mama's Pearl ou Never Can Say Goodbye entraînant la création d'une série télévisée en dessin animé qui enjolive la légende de la Jackson Family. Un engouement qui rivalise avec celui des Beatles, dix ans plus tôt ! Mais si Jermaine, Tito, Jackie et Marlon sont sous le feu des projecteurs et en profitent bien, que dire de Michael qui devient à douze ans une star planétaire en couverture des plus prestigieux magazines... Dans de nombreux entretiens liés à cette période, Michael Jackson a souvent donné l'impression de l'avoir vécu dans une grande souffrance, évoquant une enfance à chanter, à danser sans cesse sous la schlague conjuguée de Joe Jackson et de Berry Gordy. Surtout, l'adolescent explosif sur scène, se révèle introverti dès que les projecteurs s'éteignent... Dans le même temps, Michael Jackson s'affiche très vite comme le plus ambitieux de la famille, souhaitant plus que tout marquer à jamais l'histoire de la pop music dès son plus jeune âge. Surtout qu'il conserve par miracle sa voix soyeuse et son falsetto angélique.

La rupture avec la Motown 

Il admet même très vite se lasser des pop songs fabriquées en série par la Motown, lui qui rêve secrètement de rivaliser avec ses idoles, James Brown ou Stevie Wonder. Même les disques en solo qu'il enregistre en parallèle des Jackson Five, toujours pour le compte de la Motown, frustre son appétit de création et sa volonté d'affirmer ses choix d'artiste. A l'instar de Marvin Gaye et de Stevie Wonder qui ont obtenu une liberté chèrement acquise au sein du label, lui et ses frères tannent Berry Gordy de leur donner l'occasion de réaliser un disque avec leurs propres compositions. Le patron leur accorde carte blanche pour Skywriter en 1973, mais l'album très funk, loué par les critiques, déconcerte le public. Même si le groupe revient avec succès au groove disco, la discorde s'installe avec Motown, notamment pour des revendications de royalties que le label verse avec parcimonie à la fratrie. Michael Jackson mène la fronde pour rejoindre CBS avec le soutien de son père Joe qui se plaint d'avoir perdu de son autorité sur le groupe qu'il a fondé au profit de Berry Gordy. La rupture sera consommée en 1975 avec une mise en demeure judiciaire de la Motown de ne pas utiliser le nom de Jackson Five et de lui verser plusieurs millions de dollars de dédommagements. Place donc à The Jacksons avec l'arrivée du petit dernier Randy en remplacement de Jermaine qui reste à la Motown, ayant épousé la fille du patron. Avec un pourcentage de royalties multiplié par dix, les frères Jackson sont plus motivés que jamais à prouver qu'ils peuvent survivre à leur âge d'or chez Tamla-Motown.

La rencontre avec Quincy Jones

Avec des tubes comme Blame It on The Boogie ou Can You Feel It, le succès ne se dément pas. Contre toute attente, les pont ne sont pas totalement rompus avec la Motown puisque Michael Jackson est engagé pour jouer auprès de sa marraine Diana Ross dans la comédie musicale The Wiz, remake funky du Magicien d'Oz dirigé par Sidney Lumet. Mais si le film est un échec commercial, il permet à Michael Jackson de faire une rencontre déterminante avec Quincy Jones qui signe la musique du film. Âgé de vingt ans, Michael Jackson veut enfin sortir du cocon familial étouffant dans lequel il vit depuis son enfance, lui qui se plaît désormais à fréquenter l'élite artistique de New York et d'Hollywood en pleine effervescence disco. Après avoir claqué la porte au nez de Berry Gordy, il s'apprête à lâcher son père pour travailler avec son nouveau mentor, Quincy Jones, celui qui lui permettra enfin d'exprimer au monde sa nature profonde avec l'album Off The Wall, son premier chef d'oeuvre en 1979. Il suffira d'entendre son cri de libération en introduction du single Don't Stop' Til You Get Enough, la première chanson qu'il a écrite et composée en intégralité, pour saisir à quel point Michael Jackson se sent prêt à exprimer toute sa puissance artistique. Néanmoins, malgré une carrière solo qui va atteindre des sommets vertigineux, le King of Pop laissera toujours une petite place pour ses premiers tubes Motown qu'il reprendra en concert comme une madeleine du bon vieux temps, celui de l'enfance qu'il regrettera n'avoir jamais eu.

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