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Publié par Philippe LENOIR

Montgomery Clift, l'ange d'Hollywood vaincu par ses démons.

Dans les années cinquante, il fut le symbole même du comédien moderne qui ouvrit la voie à une nouvelle génération d'acteurs à l'écran, plus fragiles, plus tourmentés, plus en phase avec la génération de l'après-guerre . Montgomery Clift fut celui qui servit d'exemple à Marlon Brando, James Dean ou Paul Newman, ces comédiens formés par La Méthode de Lee Strasberg à l'Actor's Studio de NewYork. Au point qu'il est inscrit dans cette filiation du jeu intériorisé de la célèbre école qu'il a certes, fréquenté, mais qui ne l'a pas éduqué réellement au jeu d'acteur. Monty Clift, de formation plus classique, fut même un pilier du théâtre de Broadway où il se destinait plutôt à servir les grands textes du répertoire. A contrario de ses célèbres disciples qui visaient Hollywood sans jamais l'avouer, Montgomery Clift se méfiait du cinéma dont il avait saisi que la fragmentation donnait le pouvoir au seul metteur en scène. Ce qui le conduira à avoir des relations tendues avec certains des réalisateurs qui le dirigeront, surtout ceux qui ne voient en l'acteur qu'un maillon parmi d'autres de leur création. Ce fut le cas avec Howard Hawks et Alfred Hitchcock qui sont de purs cinéastes obsédés par leurs images. Ce sera plus aisé avec Elia Kazan ou Joseph L.Mankiewicz formés par le théâtre et la littérature, qui portaient davantage leur attention sur le jeu de leurs comédiens. Car plus que tout, Montgomery Clift fut, dans ses dix-sept films, un artiste total qui projetait à l'écran ce qu'il ressentait au plus profond de lui. De sa génération, seul Marlon Brando pouvait à l'époque rivaliser avec lui, bien plus que James Dean dont l'affectation nous semble aujourd'hui moins moderne. Cette expressivité se traduisait donc par un jeu très intériorisé qui passait par le corps, la respiration et surtout ce regard limpide qui trahissait si bien les émotions du personnage. Ce qui lui a manqué, à l'évidence, c'est un grand film qui reste totalement attaché à lui comme le fut La Fureur De Vivre pour James Dean ou Un Tramway Nommé Désir pour Marlon Brando. C'est d'autant plus rageant pour sa postérité que l'on prête à Montgomery Clift d'avoir refusé Sur les Quais et A l'Est d'Eden, même si Elia Kazan n'a jamais confirmé la rumeur...

Un accident qui le défigure

Ce qui est sûr, c'est que Monty Clift a d'évidence raté de grands rôles en début de carrière à cause de sa volonté de contrôle obsessionnel, le plus célèbre étant celui du gigolo de Gloria Swanson dans Sunset Boulevard de Billy Wilder qui échut à William Holden. Par la suite, ce sont évidemment ses addictions à l'alcool et aux médicaments qui vont altérer son potentiel à accaparer tous les grands rôles de l'époque. Car Montgomery Clift dans l'inconscient collectif, c'est surtout un immense gâchis, le plus long suicide à Hollywood comme le dira Robert Lewis, son professeur à l'Actor's Studio. Une pénible descente aux enfers liée à différentes causes plus ou moins vérifiables : on évoque un narcissisme exacerbé, une mère castratrice, des allergies et des coliques soignées avec des tonnes de médicaments et surtout une homosexualité dissimulée et mal vécue. Ce dernier point est sujet à caution, car si Clift se devait d'être plus que discret sur sa sexualité pour ne pas entamer sa crédibilité de jeune premier, idole des jeunes filles en fleur, rien n'a jamais été établi sur le mal-être qui en résultait. On sait par exemple qu'il chercha à séduire Burt Lancaster sur le tournage de Tant Qu'Il Y Aura Des Hommes à la vue de tous. Une seule chose est véritablement établie : son alcoolisme qui en fit un véritable ivrogne jusque sur les plateaux de cinéma, ce qui lui valut très vite une réputation d'artiste incontrôlable. De plus, Monty Clift était sûr de son talent, plutôt attaché à sa beauté physique et obsédé par son jeu d'acteur plus qu'à celui de ses partenaires. Ce qui le porta parfois à se montrer d'une arrogance cruelle. Olivia de Havilland qui sera consacrée par l'Oscar de la meilleure actrice pour L'Héritière de William Wyler gardera un souvenir cuisant de son partenaire débutant qui traita avec mépris l'actrice dont il jugea le jeu démodé. Néanmoins, malgré des relations conflictuelles avec ses partenaires et ses metteurs en scène, Montgomery Clift s'affirma bel et bien comme l'acteur le plus talentueux de sa génération au cours des années cinquante, enchaînant les productions de prestige avec Alfred Hitchcock, Fred Zinnemann ou Vittorio de Sica. Il put compter sur quelques alliés comme Marlon Brando qui le traita comme un frère. Et surtout Elisabeth Taylor avec qui il tourna trois films et qui sera son principal soutien à Hollywood. Les échotiers leur prêteront des amours qui, selon toute vraisemblance, sont restées platoniques, même si Liz Taylor fut d'évidence éprise du beau ténébreux qui préférait les garçons. C'est d'ailleurs en sortant d'une réception organisée chez elle le 12 mai 1956 dans les collines de Beverly Hills que le destin de Monty Clift bascule dans le drame. Au volant de sa Chevrolet, l'acteur s'encastre violemment dans un pylône et ne doit la vie qu'à Elisabeth Taylor qui intervient rapidement pour lui enlever les dents qui risquaient de l'étouffer. Défiguré par le choc extrême, le comédien devra subir de lourdes opérations de chirurgie esthétique au visage pour retrouver sa physionomie.

Montgomery Clift et Marilyn Monroe à San Francisco pour la promotion des Désaxés.

Montgomery Clift et Marilyn Monroe à San Francisco pour la promotion des Désaxés.

Marilyn Monroe : " Il est le seul être qui soit encore plus perdu que moi"

Néanmoins, sa beauté angélique fera place désormais à un masque figé par la douleur qu'il noiera plus que jamais dans l'alcool et les calmants. Pendant la décennie qui suit, malgré une réputation épouvantable, il tourne quelques uns de ses films les plus marquants, notamment Soudain L'Eté Dernier de Joseph L.Mankiewicz où il est engagé sur l'insistance de sa partenaire Liz Taylor et Le Fleuve Sauvage où il offre l'une de ses plus belles performance sous la direction d'Elia Kazan. Le réalisateur voit d'évidence que Monty Clift possède le même magnétisme que James Dean et Marlon Brando et il le couve en obtenant de lui une totale sobriété, ce qui à l'époque tient du défi improbable. Ce sera moins le cas sur le légendaire film qui suit, Les Désaxés (The Misfits) de John Huston dont le tournage est quasiment plus célèbre que l’œuvre en elle-même avec son casting de cœurs brisés : le vétéran Clark Gable qui mourut d'une crise cardiaque quelques semaines après le tournage ; Marilyn Monroe dont ce sera également le dernier film en pleine dépression ; Et Monty Clift usé par l'alcoolisme, perclus de douleurs qu'il soigne aux analgésiques. Celui-ci est dans un tel état de détresse psychologique et abîmé par l'alcool qu'il fera dire à Marilyn Monroe : « il est le seul être qui soit encore plus perdu que moi. » Contre toute attente, malgré la mésentente avec John Huston qui témoigne d'une certaine homophobie, Montgomery Clift retrouvera le réalisateur un an plus tard pour un biopic sur Freud où l'acteur se montre comme toujours habité par son rôle, même s'il a du mal à mémoriser son texte. Avec Huston, les relations sont extrêmement tendues provoquant des dissensions au sein de l'équipe de tournage, ce qui épuise Monty Clift déjà bien affaibli par ses addictions multiples. Éprouvé, l'acteur se retire du cinéma pendant quatre ans, accepte à la surprise générale de participer en 1966 à un film franco-allemand réalisé par Raoul Lévy, intitulé L'Espion. Un choix qui marque encore un certain manque de lucidité car il décline peu avant l'offre de François Truffaut qui souhaitait l'engager pour sa première production internationale Fahrenheit 451. A l'issue du tournage d'un film qu'il ne verra jamais, Montgomery Clift rentre épuisé à New York. Son amie Liz Taylor souhaite l'avoir comme partenaire sur Reflets Dans Un Œil d'Or qu'elle doit tourner sous la direction de John Huston. De toute évidence, la comédienne possède assez d'influence pour convaincre le réalisateur d'accepter un troisième film avec l'acteur malgré leurs antécédents. On le sait, le rôle sera assuré par Marlon Brando. Car Montgomery Clift n'est plus, à l'évidence, capable de sortir de chez lui. Dans un état de délabrement physique et moral, vivant seul, ne recevant plus que les visites de son amant, l'acteur va mourir d'un arrêt cardiaque le 23 juillet 1966. dans son appartement de Manhattan. Il avait 45 ans.

Montgomery Clift photographié par Richard Avedon à New York

Montgomery Clift photographié par Richard Avedon à New York

Nos cinq films à revoir avec Montgomery Clift

La Rivière Rouge (Red River)

Howard Hawks

1948

John Wayne et Montgomery Clift dans un grand western

John Wayne et Montgomery Clift dans un grand western

Montgomery Clift est un jeune premier réputé sur les planches de Broadway quand Hollywood lui fait les yeux doux. L'acteur, amoureux des grands textes, se méfie du cinéma qu'il juge au départ avec mépris. Dès le départ, il obtient de ne pas être sous contrat avec un seul studio afin de choisir ses rôles. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'aura pas trop galéré puisque c'est l'immense Howard Hawks qui lui propose d'emblée le rôle principal dans ce qui est le premier western du réalisateur. Surtout, Montgomery Clift partage l'affiche avec John Wayne. Ce qui pouvait augurer d'un certain choc des cultures entre le frêle comédien amoureux de Tchékhov et le robuste cow-boy qui a appris le métier sur le tas, va se révéler comme une formidable complémentarité au service d'un film immense. Les deux acteurs étonnent dans des rôles où ils entretiennent une relation filiale qui va être mise à mal à travers un long périple pour emmener des milliers de bœufs à travers le Middle-West. Ted Dunson (John Wayne) est le propriétaire du cheptel qu'il conduit d'une main de fer, secondé par son fils adoptif Matthew (Montgomery Clift). Dunson est tellement intransigeant, n'hésitant pas à tuer les cow-boys désobéissants, qu'une rébellion se forme menée par Matthew qui décide de prendre le commandement. Dunson trahi par celui qu'il a recueilli enfant, ne rêve plus que de vengeance. John Wayne, sombre et violent, y trouve l'un des plus grands rôles de sa carrière, tandis que Montgomery Clift éblouit par son charisme, imposant une présence physique étonnante. Le film multiplie les séquences épiques, dramatiques, mais aussi romantiques avec une ampleur de haut niveau. Avec ce goût de la fraternité qui marquera tous les futurs westerns de Hawks et cette tension permanente quant au jour où le père et le fils vont se retrouver face à face. Un chef d’œuvre du western !

Une Place au Soleil (A Place in the Sun)

George Stevens

1951

La rencontre glamour entre Elisabeth Taylor et Montgomery Clift, le premier de leurs trois films communs

La rencontre glamour entre Elisabeth Taylor et Montgomery Clift, le premier de leurs trois films communs

Impossible d'évoquer la carrière de Montgomery Clift sans parler de ce film. Pas forcément parce que c'est son meilleur, mais c'est bien celui qui est devenu emblématique de sa filmographie. Quand on pense à l'acteur, on voit ce personnage de George Eastman, l'ouvrier arriviste qui met enceinte une collègue de travail avant de tomber amoureux d'une riche héritière. Souhaitant sortir de sa condition sociale, il veut épouser la belle Angela, mais comment faire pour se débarrasser d'Alice qui porte son enfant. C'est un film qui traite d'un constat terrible : celui du cloisonnement des classes sociales qui ne peuvent à aucun moment s'entendre ou se comprendre. George doit abandonner toute relation avec le milieu ouvrier s'il veut s'intégrer dans la haute société qu'il convoite. Le film est d'autant plus cruel que George travaille dans l'usine de son oncle qui l'a embauché par obligation familiale. Montgomery Clift est prodigieux dans la transparence même de son personnage, dans la manière dont il témoigne de son émerveillement face au luxe, aux jolies filles, aux soirées mondaines et encore plus quand il séduit Angela incarnée par Elisabeth Taylor au sommet de sa beauté. Le dépit et la jalousie qu'il suscite de la part d'Alice jouée par une épatante Shelley Winters, va le conduite à montrer sa part la plus sombre. Un drame social intense qui se perd un peu dans des scènes de procès trop longues. Nommé à l'Oscar du meilleur acteur pour ce rôle, Montgomery Clift, avec ce film, s'installe vraiment comme l'acteur en vogue des années 50. C'est aussi sur ce film qu'il fait une rencontre déterminante avec Liz Taylor qui sera son indéfectible amie et confidente tout au long de son existence tourmentée.

La Loi du Silence (I Confess)

Alfred Hitchcock

1953

Montgomery Clift éblouissant en prêtre pour Alfred Hitchcock

Montgomery Clift éblouissant en prêtre pour Alfred Hitchcock

Voici un film d'Alfred Hitchcock qui n'a pas encore eu l'honneur d'être réhabilité comme c'est le cas désormais pour Le Faux Coupable avec Henry Fonda. Deux films qui possèdent pourtant une trame assez identique avec un héros accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis, qui accepte l'injustice qui lui est faite prêt à se sacrifier de manière christique. Et comme Fonda, Montgomery Clift possède un regard qui appelle à la religiosité. Dans son cas, c'est d'autant plus évident qu'il incarne un curé catholique qui officie dans une paroisse de la ville de Québec, lié par deux secrets: son amour charnel avant d'être prêtre pour une femme impliquée dans le meurtre et la révélation du crime en confession par l'assassin. Dans ses entretiens avec François Truffaut, Alfred Hitchcock expédie ce film en quelques lignes, regrettant principalement son manque d'humour. Le maître est bien sévère, car s'il manque de légèreté, La Loi du Silence contribue une fois de plus à forger sa réputation de grand formaliste de l'image comme sa capacité à installer un suspense de haute tenue. Outre une mise en scène stylée, Hitchcock a rarement aussi bien filmé un acteur que Monty Clift, jouant de sa beauté quasi féminine avec un plaisir évident à susciter le trouble sexuel qu'offre un homme en soutane. Quand à la star, elle se révèle en tout point remarquable dans cette manière d'exprimer ses tourments avec un minimum d'effets. Montgomery Clift rend son héros bouleversant à chaque instant, ce qui participe grandement à rendre le film captivant. Si La Loi du Silence reste un Hitchcock mineur face à ses chef d’œuvres, il n'en reste pas moins qu'il donne à voir Montgomery Clift dans l'une de ses plus grandes performances. Un divertissement de très haute tenue qui mérite, à notre avis, une nette réévaluation dans la filmographie de Hitch.

Le Fleuve Sauvage (Wild River)

Elia Kazan

1960

Lee Remick et Montgomery Clift, couple fiévreux pour Elia Kazan

Lee Remick et Montgomery Clift, couple fiévreux pour Elia Kazan

Il était écrit que Montgomery Clift devait se retrouver devant la caméra d'Elia Kazan. On prétend souvent que l'acteur a refusé Sur les Quais et A l'Est d'Eden, deux films qui firent la gloire respective de Marlon Brando et de James Dean. Malheureusement pour Monty Clift, Le Fleuve Sauvage n'aura pas le rayonnement de la plupart des films de Kazan. Ce qui paraît bien injuste envers les qualités majeurs de ce film qui s'affirme comme l'un de ses plus beaux, l'un de ses plus poétiques. L'histoire se déroule dans les années 30 dans le sud des Etats-Unis quand le New Deal de Roosevelt engage de grands travaux d'infrastructures dans le pays. En l'occurrence des barrages permettant des retenues d'eau pour réguler les crues du fleuve Tennessee. Mais il faut pour cela évacuer des habitants qui restent attachés à leur lopin de terre. Pour négocier des départs à l'amiable, le gouvernement envoie un émissaire qui va se retrouver face à une vieille femme et sa fille qui s'accrochent à leur ferme délabrée. Montgomery Clift n'est déjà plus le jeune premier qui fait se pâmer les jeunes filles. L'accident de voiture qui a failli lui coûter la vie, a figé son visage. Mais surtout, il est devenu le pire ivrogne d'Hollywood. Elia Kazan obtient de lui une sobriété lors du tournage en l'accueillant au sein de son foyer comme son propre fils. Leurs efforts mutuels sont récompensés. Le film est somptueux, enveloppé dans les teintes et les brumes automnales du fleuve sauvage, mais décrit une région ravagée par la pauvreté, le racisme et la frustration. Kazan reste un cinéaste d'exception pour décrire une communauté de destin qui refuse de sacrifier ses racines au nom de la modernité, mais qui, reclus sur elle-même, cultive des haines ancestrales jusqu'à l'étouffement. Montgomery Clift en ingénieur idéaliste sûr d'apporter le progrès se confronte aux réalités d'un pays soumis à la misère et à la violence. Son histoire d'amour avec la fille de la matrone qui refuse de quitter sa ferme, est renversant d'émotion. Avec sa partenaire, la fébrile Lee Remick, l'acteur atteint encore une fois des sommets de sensibilité. L'un des films les plus réussis d'Elia Kazan avec un acteur qui transcende son mal-être personnel pour projeter sur l'écran toutes les nuances du désarroi amoureux. Un chef d’œuvre !

 

Les Désaxés (The Misfits)

John Huston

1961

Montgomery Clift et Marilyn Monroe, les désaxés

Montgomery Clift et Marilyn Monroe, les désaxés

Un film de légende qui porte sur lui une forme de malédiction avec un trio d'acteurs à bout de souffle. Chacun a sa façon symbolise l'âge d'or d'Hollywood dont ils ont été les rois et la reine. Mais les idoles sont au bord du gouffre et signent à leur manière la fin d'une époque. Clark Gable va succomber d'une crise cardiaque quelques jours après la fin d'un tournage éprouvant dans le désert du Nevada. Montgomery Clift n'est plus qu'un masque de douleur qui noie son désespoir dans l'alcool et les calmants tout en jouant un cow-boy de rodéo. Et bien sûr, Marilyn Monroe en pleine dépression qui se révèle au monde sans artifice dans son dernier rôle en forme d'autoportrait écrit par son mari Arthur Miller. Il est toujours difficile de voir ce film en faisant abstraction de ce qu'il transporte de passion pour le cinéma. Et pourtant, John Huston, lui-même possédé par l'alcool et le jeu, parvient à conjuguer les talents de son trio embarqué dans une pathétique capture de chevaux sauvages dans la blancheur aveuglante du désert. Dans cet espace immense, les géants du cinéma sont filmés comme des être minuscules à la dérive qui tentent vaille que vaille d'exister, d'aimer, de vibrer. Le film reste avant tout celui de Marilyn, prodigieuse dans son unique rôle dramatique, cadeau d'adieu incroyable de Miller à son épouse, l'actrice la plus célèbre du monde. Mais c'est aussi le dernier grand rôle de Montgomery Clift qui retrouve par instants l'éclat de son premier film La Rivière Rouge d'Howard Hawks. Mais en une quinzaine d'années, l'acteur aux tourments incessants, a perdu cette lueur dans le regard qui captivait la caméra. Ces yeux éteints correspondent à l'esprit de son personnage, un homme perdu qui se brise les reins dans des rodéos qui le conduisent à sa perte. Pourtant, si le film possède une réputation d'oraison funèbre, il conserve une forme d'espérance trouble, celles de fantômes qui cherchent obstinément une raison d'exister. Le film qui sera un échec à sa sortie s'est transformé au fil du temps en œuvre culte d'une époque qui signe à jamais la fin du rêve hollywoodien. Ce ne sera pas le dernier film de Montgomery Clift, mais c'est selon nous le dernier rôle d'envergure qu'il porte pour parfaire sa mythologie, celle de l'ange emporté par ses démons.

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