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Publié par Philippe LENOIR

Maureen O'Hara : l'Irlandaise flamboyante au firmament d'Hollywood

On célèbre ce 17 août 1920 le centenaire de l'une des plus belles actrices de l'âge d'or d'Hollywood, la flamboyante rousse irlandaise Maureen O'Hara. « Plus éblouissante qu'un coucher de soleil » écrira un chroniqueur de cinéma pour décrire celle qu'on prénomma à son apogée, La Reine du Technicolor. Des éloges qui mettent principalement en valeur son incroyable photogénie qui fit les beaux jours des studios RKO et Twentieth Century Fox qui se battront pour l'avoir sous contrat. Mais au delà de sa beauté, Maureen O'Hara incarnera tout au long de sa filmographie, une femme de tempérament qui n'hésite pas à rivaliser physiquement avec les hommes. C'est indéniablement ce qui va tant plaire chez celui qui deviendra le cinéaste le plus important de sa carrière, John Ford. Lui qui fantasmait tant sur ses racines irlandaises ne pouvait être que fasciné par Maureen O'Hara avec qui il tourna cinq films. Et même s'il affirma sur la fin de sa vie qu'il détestait l'actrice, on sait également qu'il lui fit des avances en vain pour qu'elle devienne sa maîtresse. Maureen O'Hara s'en amusa, bien après la disparition du cinéaste qu'elle surnommait Le Vieil Emplumé, confiant que celui-ci lui adressa des lettres d'amour enflammées. Quand on sait que John Ford fut toute sa vie peu à l'aise avec les élans du cœur, il est facile d'imaginer à quel point il fut épris de la belle Irlandaise. C'est encore plus évident quand on voit comment il filma celle qui reste l'essence même de l'actrice fordienne, celle qu'il a idéalisé dans son rôle fétiche, celui de Mary-Kate dans L'Homme Tranquille.

John Ford et Maureen O'Hara  en Irlande sur le tournage de L'Homme Tranquille

John Ford et Maureen O'Hara en Irlande sur le tournage de L'Homme Tranquille

Un couple de légende : John Wayne et Maureen O'Hara

Tous les témoignages des proches de John Ford confirment à quel point le cinéaste voyait en Maureen O'Hara, un idéal féminin avec qui il souhaita tourner davantage. Mais il en fut empêché pour des raisons contractuelles indépendantes de leur volonté commune. Car Maureen O'Hara savait également que Ford était le cinéaste qui lui permettait de se dépasser. Mais celui qui fit, si l'on peut dire, le plus beau compliment à l'actrice fut John Wayne qui dit d'elle : « c'est un type super ! » Un vrai compliment de la part du Duke qui laisse rêveur sur ce que Maureen O'Hara lui susurre à l'oreille dans la scène finale de L'Homme Tranquille. On sait juste que Ford demanda à l'actrice de surprendre John Wayne, ce qui se voit nettement à l'écran. Leur baiser fougueux dans la maison battue par les vents conserve, lui aussi une grâce légendaire. Cela témoigne surtout de l'émouvante connivence qui liait les deux acteurs (cinq films) dans ce qui reste à coup sûr leur chef d’œuvre commun sous la direction de leur génial mentor. Pour Maureen O'Hara, un sommet indépassable qui masque nettement le reste d'une filmographie qui compte quand même une bonne cinquantaine de films. Une carrière qui démarre en 1939 sous les meilleurs auspices possibles avec La Taverne De La Jamaïque, dernier film anglais d'Alfred Hitchcock avant son long exil à Hollywood. La jeune actrice est découverte par Charles Laughton, la star du film, mais également son producteur. Les relations entre les deux comédiens restent assez opaque, d'autant que Laughton est homosexuel.

La Reine du Technicolor

Néanmoins, Maureen O'Hara devient sa muse et se laisse convaincre d'embarquer avec lui vers Hollywood, lui soumettant un contrat pour devenir sa partenaire à l'écran pour le compte de la RKO. C'est d'ailleurs lui qui trouve le nom d'O'Hara dès le film d'Alfred Hitchcock à celle qui se prénomme à l'état-civil Maureen Fitzsimmons. Très vite, avec le soutien de la RKO puis de la Fox, la flamboyante rousse s'émancipe de Charles Laughton pour mener une carrière où son physique sportif et son tempérament conquérant l'impose principalement dans le cinéma d'aventures exotiques, le cape et d'épée et le western. Sans doute un peu trop, même si on y recèle quelques joyaux du genre où elle croise le fer avec Tyrone Power ou Errol Flynn... C'est en tout cas dans ce cinéma de genre qu'elle hérite du surnom de Reine du Technicolor qui lui pèse un peu au fil du temps. Pourtant, elle est dirigée à plusieurs reprises par de grands réalisateur, mais dans leurs films mineurs, voire reniés. Ça démarre d'ailleurs avec La Taverne de la Jamaïque, un film que Hitchcock regretta d'avoir tourné, se plaignant du cabotinage de Charles Laughton. Et cela va se reproduire notamment sur Secret de femme de Nicholas Ray, Buffalo Bill de William A.Wellman, Le Brave et La Belle de Budd Boetticher ou New Mexico de Sam Peckinpah...

Un scandale sexuel brise sa carrière

Son plus grand succès public sera contre toute attente Miracle sur la 34e rue, une fable de Noël à la Capra, réalisée par George Seaton qui fait encore les beaux jours des programmes de fin d'année de la télévision américaine. Ce manque de lucidité de sa part et des studios qui mènent sa carrière fait qu'elle ne sera jamais nominée aux Oscars, même pour Quelle Était Verte, Ma Vallée et L'Homme Tranquille les deux films de John Ford avec elle qui seront honorés par l'Académie. Après son dernier film avec John Ford et John Wayne, l'excellent L'Aigle Vole Au Soleil, Maureen O'Hara sera impliquée dans un invraisemblable scandale où un journal l'accuse d'exhibition sexuelle dans un cinéma d'Hollywood. L'affaire qu'elle porte devant les tribunaux se soldera par le rétablissement de son honneur, mais le mal est fait... La belle Irlandaise ne s'en remettra jamais et se retire progressivement du cinéma hollywoodien, toujours très féroce envers ses actrices à l'heure où leur jeunesse s'évanouit... Elle renouera sur le tard avec ses racines irlandaises sur une île qui la considère comme un trésor national, même si elle vivra toute sa vie aux États-Unis. Elle décède le 24 octobre 2015 à l'âge de 95 ans laissant le souvenir de cette fabuleuse Mary Kate, capable de mettre des baffes à John Wayne tout en l'embrassant fougueusement et en lui susurrant des secrets à l'oreille. Un secret qu'elle avait promis de ne jamais dévoiler et qu'elle tiendra toute sa vie au nom d'un trio inscrit à jamais dans la légende du cinéma.

 

Nos cinq films préférés avec Maureen O'Hara

 

La Taverne De La Jamaïque (Jamaïca Inn)

Alfred Hitchcock

1939

Son premier grand rôle avec son premier mentor Charles Laughton

Son premier grand rôle avec son premier mentor Charles Laughton

Il faut parfois se méfier de ce que disait Alfred Hitchcock de ses propres œuvres. Dans ses entretiens avec François Truffaut, il expédie ce film en quelques phrases lapidaires, confiant qu'il regrettait d'avoir accepté une commande sans intérêt. D'autant qu'il s'est déjà rendu à Hollywood et qu'il a accepté de tourner Rebecca pour le compte de David O'Selznick. Néanmoins, Hitchcock, de retour en Angleterre, a plusieurs mois devant lui et se laisse donc convaincre de diriger ce film produit par Charles Laughton qui s'y réserve le rôle principal. C'est surtout l'adaptation d'un roman de Daphné du Maurier qui a écrit Rebecca. Peut-être une manière de se faire la main avant de réaliser ce qui sera son premier chef d’œuvre américain. Mais Hitchcock, on le sait, déteste se faire imposer la direction de ses films, encore plus quand le producteur est un acteur aussi dense que Charles Laughton. Celui-ci impose ses directives en incarnant donc un aristocrate machiavélique qui se trouve être le chef d'une bande de brigands qui pillent les navires en perdition sur les côtes déchiquetées des Cornouailles. Dire que Charles Laughton en fait des tonnes est un doux euphémisme. Affublé d'un maquillage outrancier, l'acteur fait son miel de rictus appuyés, de roulements des yeux peu en phase avec la sobriété hitchcockienne. Néanmoins, le film se révèle assez passionnant, plutôt bien réalisé pour susciter le mystère et le suspense avec de belles ambiances victoriennes, jouant des brumes maritimes et des ombres expressionnistes avec une maîtrise élégante. Mais le meilleur atout du film, c'est peut-être bien la débutante Maureen O'Hara, tout juste 19 ans que Hitchcock filme avec une grâce infinie. L'actrice signe une performance remarquable et si elle ne possède pas les canons de beauté hitchcockien, elle en possède le caractère. Sous la fragilité naïve d'apparence se cache déjà un tempérament de feu !

Quasimodo (The Hunchback Of Notre-Dame)

William Dieterle

1939

Maureen O'Hara, la belle Esmeralda de Victor Hugo

Maureen O'Hara, la belle Esmeralda de Victor Hugo

Comme promis par Charles Laughton, Maureen O'Hara se retrouve à Hollywood où elle hérite du rôle d'Esmeralda dans cette coûteuse adaptation du roman de Victor Hugo. Laughton comme il se doit incarne Quasimodo dans une performance qui fait encore référence. Avec ce film spectaculaire qui compte des décors grandioses et des milliers de figurants, la RKO compte rivaliser avec Autant En Emporte Le Vent. Le film multiplie les morceaux de bravoure avec un Charles Laughton virevoltant pour faire sonner les cloches de la cathédrale et une Maureen O'Hara ravissante dans le rôle de la gitane qui fait chavirer les cœurs. William Dieterle d'origine allemande, vise à offrir un spectacle visuel de toute beauté dans une mise en scène expressionniste qui sied parfaitement au monument gothique reconstitué sur un vaste terrain de la banlieue de Los Angeles. Tous les personnages du roman possèdent une partition bien mise en valeur avec une mention particulière à Cedric Hardwicke qui joue un Frollo torturé et démoniaque de haute volée. Mais c'est bien Charles Laughton qui domine le film de toute sa superbe si l'on peut dire.... Car son maquillage n'empêche jamais l'acteur de rendre perceptible la sensibilité de Quasimodo. Quant à Maureen O'Hara, elle impose sa beauté altière à Esmeralda prouvant une fois encore à quel point elle accroche parfaitement la lumière. Du grand spectacle épique et romantique qui s'affiche comme un bel exemple de la volonté des studios hollywoodiens d'offrir du cinéma populaire sur la base de grands romans universels. Dans le cas présent, la mission est grandement réussie !

Qu'Elle Était Verte, Ma Vallée  (How Green Was My Valley)

John Ford

1941

Le premier grand rôle de Maureen O'Hara sous la direction de John Ford

Le premier grand rôle de Maureen O'Hara sous la direction de John Ford

Le titre est un peu trompeur et pourrait laisser croire que le film se déroule en Irlande, le pays de Cocagne fantasmé par John Ford. Ce qui porte parfois à confusion avec L'Homme Tranquille, l'hymne irlandais du grand cinéaste. Il n'y a donc pas John Wayne dans celui-ci, mais bien Maureen O'Hara dans sa première collaboration avec le maître. Une rencontre décisive pour l'actrice qui tournera ses meilleurs films sous la direction de Ford. Mais aussi pour le réalisateur qui sera d'évidence inspiré par cette actrice irlandaise à qui il offrira une place de choix dans une filmographie où les femmes auront guère les premiers rôles, à l'exception notoire de Frontière Chinoise, son ultime chef d’œuvre. Donc, le film se déroule au Pays de Galles dans une petite ville minière et se révèle être une chronique sociale d'un charme fou, un véritable joyau où Ford témoigne de son humanisme et de son idéal rooseveltien de l'époque. A l'instar des Raisins De La Colère tourné l'année précédente, le réalisateur se penche avec respect sur le quotidien des gens ordinaires, ceux qui travaillent dur sans se plaindre dans les champs ou au fond de la mine. C'est un film tout à la fois mélancolique et lumineux qui alterne les moments drôles et tristes au sein d'une communauté soudée par la foi, la famille, le travail, la nature et les saisons. John Ford, par sa mise en scène au cadre rigoureux, laisse échapper une véritable poésie au lyrisme juste sur le monde ouvrier, ses rites,ses luttes et ses croyances. Maureen O'Hara est étincelante en jeune beauté villageoise qui rêve d'un ailleurs avec un autre homme que celui qui lui est destiné, mais difficile de l'isoler d'un film chorale où chacun possède un bout de la partition orchestrée par le maître. Un chef d’œuvre de poésie humaniste par un génie absolu du cinéma.

Le Cygne Noir (The Black Swan)

Henry King

1942

La Reine du Technicolor flamboyante aux côtés de Tyrone Power

La Reine du Technicolor flamboyante aux côtés de Tyrone Power

C'est l'un des films qui fit de Maureen O'Hara La Reine du Technicolor, un titre honorifique qui finira par lui peser, car à l'époque, le cinéma d'aventures met surtout en valeur ses partenaires masculins. Néanmoins, le tempérament de l'actrice allié à son physique aussi gracieux que sportif, lui permettra de dépasser les rôles de faire-valoir. C'est le cas dans ce majestueux film de pirates produit par la Fox pour rivaliser avec les productions à succès de la Warner avec le bondissant Errol Flynn. Réalisé par le solide Henry King, Le Cygne Noir est un divertissement haut de gamme qui reprend avec succès toutes les séquences obligées du genre. Le héros est le ténébreux Tyrone Power qui rejoint la flibuste pour contrecarrer les desseins du gouverneur anglais, ancien pirate qui veut régner en maître sur les Caraïbes. Maureen O'Hara, fille de l'ancien gouverneur, devient son allié et encore plus son amoureuse, mais sur la trame de la screwball comedy dont c'est l'âge d'or. Les répliques comme les situations ne possèdent pas l'extravagance des comédies étincelantes d'Howard Hawks ou de George Cukor, mais les deux stars s'amusent follement de leurs antagonismes comme de leur fatale attraction. Ils sont formidablement secondés par une distribution remarquable où l'on retrouve George Sanders méconnaissable en chef des pirates, l'altier Anthony Quinn dans l'un de ses premiers rôles et le bougon Thomas Mitchell. Des pirates de cinéma savoureux qui ont sans doute inspiré Uderzo et Goscinny... Dans un technicolor de légende, Tyrone Power et Maureen O'Hara symbolisent le glamour old Hollywood toujours aussi fascinant dans un film exotique qui démontre la capacité d'un grand studio d'offrir un spectacle dépaysant, spectaculaire et superbement réalisé. Difficile de convaincre les jeunes générations habitués aux prouesses numérisées de Pirates des Caraïbes de regarder Le Cygne Noir. La filiation y est pourtant plus évidente qu'on pourrait le croire...

L'Homme Tranquille (The Quiet Man)

John Ford

1952

Mary-Kate dans L'Homme Tranquille, l'âme irlandaise selon John Ford

Mary-Kate dans L'Homme Tranquille, l'âme irlandaise selon John Ford

Que dire d'un film entré dans l'histoire du cinéma qui s'avère au fil du temps comme l’œuvre la plus populaire de John Ford en dehors de ses merveilleux westerns. Pourtant, sa genèse fut sans doute la plus complexe à bâtir pour le réalisateur, malgré sa reconnaissance au sein du système hollywoodien dont il est un pionnier multi-récompensé. Car l'histoire de ce boxeur exilé aux États-Unis renouant avec ses origines irlandaises ne possède en rien les caractéristiques d'un succès au box-office. Mais Ford qui a toujours idéalisé ses racines irlandaises tient plus que tout à magnifier l'âme de sa patrie de cœur. Il devra en grande partie la concrétisation de son rêve à la volonté de ses deux stars, John Wayne et Maureen O'Hara qui accepteront de jouer pour leur mentor en baissant largement leurs cachets habituels. Ils devront même tourner auparavant avec John Ford Rio Grande, un western qui conclue la trilogie du cinéaste sur la cavalerie démarrée avec Fort Apache et La Charge Héroïque. Un film souvent minoré, mais qui révèle néanmoins l'extraordinaire fusion que dégage le couple vedette. Ce sera encore plus évident dans L'Homme Tranquille où l'histoire d'amour entre Sean et Mary Kate au cœur de l'intrigue, est entré dans la légende. Leur baiser fougueux sous l'orage est l'une des compositions les plus éblouissantes du cinéaste à mettre au même niveau que la scène d'ouverture de La Prisonnière du Désert. Pour Maureen O'Hara, c'est le rôle de toute une vie, celui qui la fait entrer dans la grande histoire du cinéma. Mary-Kate, c'est la quintessence de l'âme irlandaise filmée par un artiste au sommet de sa plénitude. Un pur chef d’œuvre qui, sous l'apparence d'une chronique sentimentale joyeuse et idéaliste, creuse avec élégance les grands thème de son auteur. Merveilleux !

 

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