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Publié par Philippe LENOIR

Olivia de Havilland : Autant en emporte le vent de la nostalgie

La disparition,ce 26 juillet 2020, d'Olivia de Havilland fait souffler un vent de douce nostalgie pour les cinéphiles qui fétichisent l'âge d'or d'Hollywood. Car l'actrice qui venait de fêter ses 104 ans, était bien la dernière survivante d'une époque révolue où le cinéma américain proposa au monde le plus exceptionnel divertissement du XXe siècle. Elle en fut même une actrice de premier ordre en étant présente au générique de deux films qui sont entrés dans l'histoire du 7e Art : Les Aventures de Robin des Bois et Autant En Emporte Le Vent, deux œuvres qui témoignent à eux deux de la puissance des studios d'Hollywood, tournées respectivement en 1938 et 1939 dans un Technicolor de rêve. Lady Marianne et Melanie Hamilton, deux héroïnes douces et sages marquées par la beauté classique de Olivia de Havilland, voilà bien ce que l'on retient en premier de la star défunte. Car c'est bien la douceur et la sagesse qui semblent au mieux symboliser l'actrice, même lors de ses dernières apparitions publiques en vieille dame du XVIe arrondissement de Paris où elle vécut la plus grande partie de sa vie.

La rivalité avec sa soeur Joan Fontaine

Aucun parfum de scandale n'a entaché sa carrière de star hollywoodienne, si ce n'est l'invraisemblable rivalité qui l'opposa à sa sœur cadette, Joan Fontaine. Une haine unique dans la chronique hollywoodienne, d'autant que les deux actrices connurent leur apogée artistique en même temps sous l'égide de David O'Selznick, producteur mégalomane d'Autant En Emporte Le Vent, mais aussi de Rebecca d'Alfred Hitchcock. Le summum sera atteint en 1942 lorsque Joan Fontaine et Olivia de Havilland vont concourir pour l'Oscar de la Meilleure actrice, l'une pour son rôle dans Soupçons d'Alfred Hitchcock et l'autre pour sa performance dans le fort réussi Pour La Porte d'Or de Mitchell Leisen. Les deux sœurs vont se livrer à des campagnes de presse irrationnelles pour obtenir la précieuse statuette que remporta Joan Fontaine à juste titre. Les chroniqueurs de l'époque vont décrire comment Olivia de Havilland tenta, le soir de la cérémonie de féliciter sa sœur qui la rejeta violemment d'un geste de la main. Si on a longtemps attribué la rancœur à Joan Fontaine, on sait désormais que Olivia De Havilland fut aussi déterminée à dire le plus grand mal de sa cadette.

Olivia de Havilland et Joan Fontaine, une rivalité unique à Hollywood

Olivia de Havilland et Joan Fontaine, une rivalité unique à Hollywood

Faire-valoir d'Errol Flynn

Car sous la douceur apparente, l'actrice fit toujours preuve d'une détermination de fer, notamment lorsqu'elle était sous contrat avec la Warner. Le studio qui l'engagea dès 1935 décida de lui donner comme partenaire privilégié Errol Flynn avec qui elle va tourner huit films en l'espace de sept ans. De ce partenariat mythique va naître au moins quatre grands classiques du cinéma d'aventures signés par Michaël Curtiz pour trois d'entre eux : Capitaine Blood (1935), La Charge De La Brigade Légère (1936) et le fameux Robin des Bois. Le quatrième sera La Charge Fantastique (1941) de Raoul Walsh, un western épique consacré au général Custer. Mais si la Warner se félicite du succès de son couple glamour qui triomphe au box-office, cela ne satisfait pas forcément Olivia de Havilland qui souffre et se plaint d'être le faire-valoir de Flynn, véritable vedette des films en question. Comme elle refusa de céder aux avances de son fougueux partenaire, l'actrice va s'opposer à Jack Warner, refusant régulièrement des rôles qu'elles jugent de plus en plus frustrants. De même, elle se battra becs et ongles pour obtenir son bon de sortie afin de tourner Autant En Emporte Le Vent produit par le rival MGM, ce qui vaudra un marchandage d'acteurs entre les deux studio qui témoigne du statut de l'artiste à cette époque.

Bras de fer avec la Warner

Sûre de son potentiel commercial et artistique marqué par des succès colossaux, Olivia de Havilland décida de mener sa carrière en toute indépendance à l'issue de son contrat à la Warner en 1942. Sauf que le studio ne l'entend pas de cette oreille, s'estimant lésé par les refus à répétition de sa vedette et l'obligeant à continuer de travailler pour Warner en exclusivité au delà de la date limite du contrat. Contre toute attente, Olivia de Havilland engagea un procès pour abus de pouvoir contre ses patrons qu'elle gagna, premier coup de boutoir contre la toute-puissance des studios envers leurs artistes qu'on dénomma longtemps la jurisprudence Havilland. De plus, interdite de cinéma pendant l'instruction du procès, l'actrice, fort de sa popularité, se produit bénévolement dans des spectacles pour les soldats engagés dans la guerre, ce qui lui vaudra l'admiration de l'opinion américaine. A partir de de cette victoire, l'actrice va se tourner vers des projets plus ambitieux avec des rôles plus en rapport avec sa sensibilité qui lui permettront de décrocher ses deux Oscars de la meilleur actrice, tout d'abord pour A chacun son destin (1946) de Mitchell Leisen et L'héritière (1949) de William Wyler. Si le premier, un mélodrame larmoyant est un film oublié, le second conserve encore toute sa profondeur dramatique, soutenue par la réalisation classique et solide de Wyler. Il marque néanmoins déjà de manière symbolique le déclin d'Olivia de Havilland dont le jeu semble un peu suranné face à la modernité en devenir de son partenaire débutant, Montgomery Clift.

Elle rate Un Tramway Nommé Désir

Pour notre part, on retiendra plus que ses rôles à Oscars sa prestation dans La Double Énigme (1946), excellent film noir, sec et nerveux de Robert Siodmak. Car si elle bataille en soutenant des projets ambitieux, Olivia de Havilland ne saura pas saisir l'opportunité de tourner avec les grands réalisateurs de cette époque, d'Howard Hawks à John Ford, de Billy Wilder à Alfred Hitchcock, de Fritz Lang à Vincente Minnelli... On sait juste qu'elle refusera le rôle de Blanche Dubois dans Un Tramway Nommé Désir qui reviendra à Vivien Leigh lui permettant de décrocher son second Oscar. Par la suite, Olivia De Havilland se détachera d'Hollywood en s'installant définitivement à Paris, renouant avec les plateaux de cinéma pour des projets de moins en moins consistants. On retiendra quand même sa grande performance dans le cultissime Chut... Chut chère Charlotte (1964) de Robert Aldrich, farce macabre et baroque où elle se déchaîne enfin face à sa vielle copine de la Warner, Bette Davis. Reste néanmoins cette impression tenace que le meilleur de la filmographie d'Olivia de Havilland se situe à cette époque de la discipline de fer de la Warner ou sous le joug inflexible de David O'Selznick lors d'Autant En Emporte le Vent. A l'époque où sous l'apparence d'une certaine légèreté et d'une réelle douceur, Olivia de Havilland imprima sa marque dans la légende d'Hollywood. Pour toujours !

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