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Publié par Philippe LENOIR

Bob Dylan hante l'inconscient américain avec un titre inédit. Nos cinq chansons préférées du barde rock and folk

En 1964, Bob Dylan, guitare acoustique en bandoulière et harmonica aux lèvres annonçait que les temps allaient changer. Plus d'un demi-siècle plus tard, le chanteur devenu l'unique pop star à être consacré par un Prix Nobel de littérature, décroche à 78 ans son premier numéro 1 dans le prestigieux classement Billboard. A l'heure où la moitié de la planète subit un confinement sanitaire unique dans l'histoire de l'humanité, voilà que Dylan propose un poème musical de dix-sept minutes qui évoque en pleins et déliés l'assassinat du Président Kennedy en 1963 à Dallas. Le chanteur l'a mis en ligne discrètement sur sa chaîne Youtube avec en illustration un portrait fixe de JFK. A ce demander si pour lui, les temps ont tant changé finalement. En tout cas, avec ce titre qui évoque un événement qui le bouleversa bien plus qu'on l'aurait imaginé à l'époque, Bob Dylan rappelle à l'humanité confinée que rien n'est jamais acquis en ce monde, que l'avenir est toujours incertain.. En deux semaines le titre intitulé Murder Most Foul dépasse les trois millions de vues, ce qui dépasse l'entendement quant aux principes élémentaires du marketing.

Même si ce titre est le premier que Bob Dylan dévoile au public depuis plus de huit ans, cet engouement autour d'un objet artistique assez indéfinissable entre chanson et poème, accompagné au piano et violon, s'apparente à un miracle aux frontières du surnaturel. Sauf qu'à l'écouter en boucle, on se sent happer par la voix spectrale et atone du chanteur, tout juste ponctuée de tonalités goguenardes. Comme si cette œuvre qui parle du passé résonnait en nous par sa forme austère, quasi-religieuse pour nous préparer à un avenir plus incertain que jamais. Bob Dylan qui fut toujours insaisissable, cultive ainsi un mystère envoûtant qui lui donne une aura unique dans l'histoire de la pop music. Tout au long de sa carrière, il refusa de se plier aux volontés de ceux qui voyaient en lui un barde folk de la contre-culture, un dandy du rock business, une pop star planétaire, un poète universel.... Murder Most Soul est donc annoncé comme le premier titre de Bob Dylan en tête du classement Billboard, le baromètre musical de référence aux États-Unis. En fait, il est premier dans une catégorie très particulière, celle des titres rock en vente digitale alors que le classement le plus prestigieux est le Hot 100 des singles dominé sans partage par les stars du hip hop comme Drake ou The Weeknd.

Mais en effet jamais Bob Dylan n'avait obtenu sur son nom un numéro 1 aux USA. Sa meilleure performance fut d'atteindre la seconde place du Hot 100 avec Like a Rolling Stone. En revanche deux de ses chansons ont atteint la première place du classement des singles, mais interprétées par d'autres : Blowin in the wind par Peter, Paul and Mary et Mr Tambourine Man par The Byrds. On peut douter de l'intérêt que porte Bob Dylan à ces classements comme à tous les honneurs qu'il reçoit depuis cinquante ans.Comme il semble s'être toujours moqué de tous les artistes, d'Elvis Presley aux Beatles, de Jimi Hendrix à Bruce Springsteen, de Neil Young aux Guns'n'Roses qui ont repris son incroyable répertoire. Engagé dans une tournée sans fin, Dylan continue d'écumer le monde où il attire toujours des foules considérables. A l'instar de sa discographie aussi dense qu'elle est inégale, ses prestations sur scène peuvent se révéler étincelantes ou décevantes. Mais qu'importe, Bob Dylan est devenu un tel monument historique qu'on lui pardonne ses caprices, sa morgue et l'expression de son mépris. Car rarement un artiste de musique populaire a porté à un si haut niveau l'idée qu'il était l'égal des plus grands poètes et musiciens de son temps. Certains de ses albums, surtout ceux des années 60 et 70 comme Highway 61 Revisited, Blonde on Blonde, Blood on the Tracks ou Desire sont, à juste titre, considérés comme des œuvres intenses, intelligentes et cohérentes qui ont bouleversé des millions de gens dans leur plus profonde intimité.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/07/joan-baez-l-egerie-pop-folk-revolutionnaire-fait-ses-adieux-a-la-france.html

http://philippelenoir-popculture.com/2019/08/da-pennebaker-a-filme-la-legende-du-rock-bob-dylan-jimi-hendrix-john-lennon-david-bowie-et-depeche-mode.html

Voici nos cinq chansons préférées de Bob Dylan, clefs pour entrer dans l'une des œuvres les plus touffues de l'histoire de la pop music.

 

Like a rolling stone 1965

Plus qu'une chanson, c'est l'hymne dylanien dans toute sa splendeur, celui qui lui donnera son plus gros succès commercial mais aussi une grande part de son identité artistique. Cité dans toutes les anthologies du rock comme l'une des dix plus grandes chansons de tous les temps, il s'agit d'un long poème écrit par Bob Dylan en 1965 à une époque où l'artiste refuse de se figer dans la figure du protest-singer folk de la contre-culture. La chanson, assez cynique, évoque le sort d'une jeune femme tombée dans la déchéance qui pourrait être une ex de l'artiste. Bob Dylan veut en faire le symbole de son évolution vers un répertoire plus intime, mais aussi entièrement dévoué au rock. Lui-même estime que cette chanson est celle, qui à l'époque, lui ressemble le plus et lui a permis de relancer une carrière qu'il jugeait en phase terminale. Rarement une chanson aura traversé le temps avec autant de vigueur, reprise par les plus grands de Jimi Hendrix à David Bowie jusqu'aux Rolling Stones. Mais la version de Dylan conserve une intensité assez unique dans le répertoire de la star par l'expressivité qu'il lui donne. On le sent comme jamais habité par une chanson qui lui a peut-être sauvé la peau. Vraiment monumentale !

Positively 4th street 1965

Une chanson vraiment étincelante qui succède  dans le temps à Like a Rolling Stone. Réconforté dans ses choix artistiques couronnés de succès, Bob Dylan assume totalement son statut de rock star avec une chanson qui respecte le format court d'une pop song avec une structure mélodique simple et lumineuse. Mais comme toujours chez Dylan, l'apparente sérénité de la chanson dissimule des paroles assez revanchardes sur ceux qui lui reprochent d'avoir abandonné ses idéaux de jeunesse pour une posture de dandy rocker cynique et désinvolte. Ce qui est assez rare pour Bob Dylan, la chanson sort en 45 tours, ce qui laisse à penser qu'elle vise les hit-parades et les radios. Bingo, ce sera l'un des plus gros hits de l'artiste. Mais honnêtement, c'est avant tout un titre sublime qui prouve à quel point Dylan a assimilé la révolution pop menée par les Beatles tout en conservant une identité folk très new-yorkaise. Une synthèse qui sonne comme le son d'une époque heureuse pour l'artiste qui maîtrise son art avec une déconcertante facilité.

Just like a woman 1966

Sortie sur le double album Blonde on Blonde, sans doute le sommet de l’œuvre dylanienne, la chanson est souvent considérée comme la seule qui est appréciée par ceux qui détestent le chanteur. On a beaucoup reproché l'acidité d'un texte qualifié de misogyne par les mouvements féministes. Mais c'était déjà le cas pour Like a Rolling Stone... Mais c'est difficile de résister à une ligne mélodique aussi claire, aussi évidente. Une telle fluidité qui nous fait penser que les paroles possèdent forcément une part de second degré dans cette vision de la femme. Mais en même temps, Bob Dylan est un songwriter qui tente d'exprimer ce qu'il est, au risque de déplaire. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'a jamais chanté aussi juste, ce qui n'est pas forcément ce qui est le plus évident chez lui. C'est aussi un retour à une ligne folk avec des accords de guitare cristalline qui donne une forme d'intemporalité à une chanson qui s'apparente à une ballade. A cette époque, Bob Dylan est un puits d'inspiration incroyable capable de rassembler toutes les chapelles de la pop music.

I want you 1966

On avait oublié que cette chanson était également sur Blonde on Blonde, ce monument de l’œuvre discographique de l'artiste. Pas de doute donc, en pleine révolution pop, Bob Dylan se surpasse avec ce titre d'une déconcertante évidence. Une chanson où il exprime aussi simplement son désir paraît presque déplacée pour un songwriter habitué aux textes plus métaphoriques. Sauf que les couplets rendent compte d'un monde sans concession pour les plus faibles où il s'avère si difficile de survivre. Un constat souvent désespéré qui rend le refrain encore plus fort. Seul l'amour peut nous préserver du chaos extérieur. Mais difficile de ne pas se laisser emporter par le rythme enjoué d'une chanson qui joue encore la carte de la synthèse rock'n'folk. A l'instar de l'album, cette chanson démontre bien que Bob Dylan est l'un des grands alchimistes de la modernité des sixties. Une véritable parenthèse enchantée comme on n'en connaît qu'une dans une carrière.

 

Hurricane 1975

Une chanson plutôt controversée car elle prend la défense du boxeur noir Rubin Carter, dit Hurricane, accusé de trois meurtres et emprisonné depuis une dizaine d'année. L'affaire judiciaire soulève de nombreux points nébuleux sur la culpabilité de Carter. Contre toute attente, Bob Dylan prend sa défense dans une chanson où l'artiste exprime une énergie peu commune. Comme si le temps du cynisme rock avait fait son temps et que Bob Dylan voulait revenir à une veine plus revendicative, celle où il militait pour les droits civiques avec Joan Baez. On a beaucoup dit que le chanteur s'était trompé de combat en prenant fait et cause pour un homme au passé controversé. Mais il n'empêche que la chanson possède une vitalité, une rage, une indignation qui tend à prouver que Bob Dylan, star riche à millions, peut encore prendre des risques pour une cause qui lui tient à cœur. Cette protest-song fut un gros succès, l'un des plus importants pour l'artiste dans les années 70. Néanmoins, si la chanson est une réussite incontestable, un vrai standard de son répertoire, Bob Dylan l'a rarement interprétée en concert. Un reniement en quelque sorte.

 

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