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Publié par Philippe LENOIR

Max Von Sydow, l'acteur fétiche de Bergman qui a conquis Hollywood

A l'heure de sa disparition, on retiendra deux images de l'acteur Max Von Sydow. Celle du chevalier blond disputant une partie d'échecs contre La Mort dans Le Septième Sceau d'Ingmar Bergman et la longue silhouette du Père Merrin de dos pour L'Exorciste de William Friedkin. On pourrait presque résumer sa carrière de 70 ans à ces deux films qui ont contribué à faire de lui l'acteur suédois le plus connu au monde. Car ces deux monuments de l'histoire du cinéma sont pour Max Von Sydow ceux qui vont lui permettre de bâtir une filmographie considérable, mais comme scindée en deux parties distinctes. La première est celle d'un jeune acteur d'avant-garde devenu le double à l'écran d'un maître du 7e Art Ingmar Bergman. La seconde est celle d'un comédien retenu pour son physique magnétique dans d'innombrables classiques du cinéma hollywoodien. Le tout donne un acteur culte qui, en fin de carrière, jouera dans Star Wars : Le Réveil de la force, Game of Thrones et honneur ultime sera la voix off d'un épisode des Simpsons. Bref, une filmographie pour le moins singulière qui pourrait s'apparenter à un certain gâchis, mais qui, dans son cas, est plutôt jugée avec indulgence.

Le Septième Sceau Ingmar Bergman

Le Septième Sceau Ingmar Bergman

L'exorciste William Friedkin

L'exorciste William Friedkin

Néanmoins, le prestige de son nom reste lié aux films suédois de sa jeunesse sous la direction d'Ingmar Bergman. Une dizaine de films de 1956 à 1971 dont certain sont gravés dans l'histoire du cinéma mondial. Le premier d'entre eux, Le Septième Sceau est même devenu comme un emblème de la cinéphilie porté par cette fameuse partie d'échecs avec la Mort devant la mer. Un film grave, austère, d'une beauté formelle inouïe, sublimé par son questionnement métaphysique qui ouvre une période féconde pour le duo qui s'étalera sur une décennie. Avec des œuvres encore plus essentielles que Le Septième Sceau comme La Source ou l'inégalable L'heure du loup, influence majeure pour David Lynch. Mais contre toute attente, sans aucune fâcherie de l'un ou de l'autre, les deux hommes vont voir leur collaboration se rompre sans espoir de retrouvailles. Même si Max Von Sydow reviendra par intermittence au cinéma bergmanien par le biais du cinéaste suédois Bille August pour Pelle le conquérant et Les meilleures Intentions. Deux films qui ont eu la Palme d'Or en 1988 et 1992 quand le maître Bergman ne l'aura jamais décroché, mais qui sont tombés dans un certain oubli pour leur académisme. A demi-mots, dans ses entretiens, Max Von Sydow regrettera cette distance artistique avec son mentor.

Car sa carrière à Hollywood ne lui donnera rarement l'occasion de donner la pleine mesure de son talent. Elle démarre pourtant en trombe dès 1965 dans une superproduction démente de George Stevens sur la vie de Jésus où Max Von Sydow incarne Le Messie. Le film qui réunit un casting de folie avec Charlton Heston, John Wayne, Sidney Poitier entre autres, est un échec artistique et commercial retentissant. Il lui faudra donc attendre 1973 pour démarrer cette seconde carrière en incarnant le Père Merrin dans L'Exorciste de William Friedkin. Le film obtint un succès phénoménal dans le monde entier et se bâtit à juste titre une réputation de classique du cinéma d'horreur. L'American Film Institute le classe encore dans les trois meilleurs films d'angoisse de tous les temps avec Psychose d'Alfred Hitchcock et Les Dents de la Mer de Steven Spielberg. Le film ne portera pas forcément chance à son actrice principale Linda Blair, mais elle ouvre à Max Von Sydow les portes d'une carrière internationale. Il sera notamment épatant en tueur déterminé aux trousses de Robert Redford dans Les Trois jours du Condor de Sidney Pollack.

Mais dans ces années 70, Max Von Sydow possède encore l'ambition de servir le cinéma d'auteur, notamment en Italie dont la production conserve encore un peu de vigueur. Cantonné dans des seconds rôles néanmoins, mais où il se fera remarquer comme dans Le Désert des Tartares de Valerio Zurlini ou Cadavres Exquis de Francesco Rosi. A partir des années 80, sa filmographie épingle quelques rares réussites comme Hannah et ses Sœurs de Woody Allen et surtout d'innombrables participations dans de grosses productions comme Conan Le Barbare, Jamais plus jamais (un James Bond avec Sean Connery), Dune de David Lynch, Judge Dredd avec Sylvester Stallone... Il sera à l'affiche également d'auteurs européens en perte d'inspiration comme Wim Wenders ou Dario Argento. Sa dernière partie de carrière, à partir des années 2000, sera celle de la reconnaissance par quelques maîtres d'Hollywood. Ceux-ci l'engagent pour des seconds rôles plutôt payant dans de bons films, à l'instar de Steven Spielberg dans Minority Report, Ridley Scott dans Robin des Bois ou Martin Scorsese dans Shutter Island. Jusqu'à la consécration d'apparaître dans Star Wars et Game of Thrones pour parfaire sa légende auprès de la génération geek qui, ainsi, lui rend hommage sans même jamais avoir entendu parler d'Ingmar Bergman. Chapeau l'artiste !

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