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Publié par Philippe LENOIR

Lana Turner, la blonde fatale d'Hollywood a fait de sa vie une légende

Lana Turner, selon certaines de ses biographies, aurait eu cent ans le 8 février dernier. Le conditionnel reste de mise puisque d'autres sources affirment qu'elle est née le 8 février 1921. L'un des petits mystères d'une star dont la vie ressemble à un roman avec ses secrets et ses scandales, contribuant à établir la légende d'Hollywood comme une Babylone moderne. Lana Turner construisit son mythe dans une poignée de films dont certains sont de purs chefs-d’œuvre, mais aussi en assumant une existence de blonde fatale et indomptable, multipliant les amants et les maris avec une folle liberté. Elle fut également au cœur d'un fait divers sordide qui produit encore son lot de controverses. Le 4 avril 1958, la fille de l'actrice, Cheryl Crane, tua d'un coup de couteau Johnny Stompanato, homme de main de la mafia et amant de Lana Turner. Selon la thèse officielle, l'adolescente a voulu défendre sa mère au cours d'une dispute avec le gangster au domicile de la star. Bien d'autres hypothèses ont été émises sur cette affaire, du goût pour les jeux masochistes de l'actrice qui auraient trompé Cheryl jusqu'au fait que c'est la star qui aurait tué son amant qui entretenait une liaison avec la jeune femme. Lana Turner qui mourut en 1995, ne dévia jamais de la version officielle, la seule qui permit l'acquittement de Cheryl au nom de la légitime défense. Mais aussi qui donna l'opportunité à Lana Turner de revenir au premier plan en tournant son plus grand film, Mirage de la vie de Douglas Sirk, où dans un jeu de miroir renversant, elle incarne une actrice carriériste qui délaisse sa fille. Le film fut un succès phénoménal qui permit à Lana Turner d'empocher des millions de dollars, étant intéressée aux recettes à hauteur de 50% et de se garantir un train de vie auquel elle tenait par-dessus tout, elle qui en avait tant bavé dans l'enfance.

Lana Turner témoigne au procès du meurtre de son amant par sa fille

Lana Turner témoigne au procès du meurtre de son amant par sa fille

Car sa jeunesse fut bien compliquée, puisque la jeune Julia Turner, née en 1920 ou en 1921 dans l'Idaho, fruit des amours d'un couple instable, vécut dans la précarité économique et affective jusqu'à son émancipation par le cinéma. Son père, joueur invétéré, fut assassiné à San Francisco après une partie de poker alors qu'elle n'avait que neuf ans. Placée en institution, la jeune Julia finit par rejoindre sa mère, couturière puis esthéticienne qui s'était installée sous le soleil de Los Angeles. Alors qu'elle se destinait à devenir dactylo, la belle plante de 15 ans fut, selon la légende, repérée dans un drugstore de Sunset Boulevard où elle dégustait une pâtisserie, juchée sur un tabouret. Son bon samaritain est un journaliste influent du Hollywood Reporter qui la recommande auprès d'une agence. Starlette dans de petites comédies à la Warner, elle rencontre celui qui sera son mentor, le réalisateur Mervyn LeRoy pour qui elle tourne La Ville Gronde où en dix minutes à l'écran, elle héritera d'un surnom The Sweater Girl en raison d'un pull moulant qui mettait en valeur ses formes rembourrées, parait-il, par des pamplemousses. Elle devient alors Lana Turner et quand LeRoy signe à la Metro-Goldwin-Mayer, il lui proposa de le suivre. Le mogul du studio Louis B.Mayer finit par la repérer, lui impose une transformation physique draconienne, la dresse à la discipline de fer au sein de l'école de la MGM afin qu'elle remplace la blonde Jean Harlow qui vient de mourir d'une urémie. Pendant une quinzaine d'années, Lana Turner sera la plus grande vedette féminine de la Metro qui s'impose comme le studio le plus prestigieux d'Hollywood. Elle se spécialise plutôt dans les rôles de femme fatale jusqu'à devenir une icône en endossant l'un de ses personnages les plus célèbres, celui de Cora, dans le sulfureux film noir de Tay Garnett Le facteur sonne toujours deux fois.

Lana Turner the Sweater Girl

Lana Turner the Sweater Girl

Car, en plus d'être l'actrice la plus rentable de la MGM, elle se révèle une comédienne de plus en plus remarquable, ce qu'elle confirmera au cours d'une décennie flamboyante avant son déclin progressif au cours des années cinquante. Une autre blonde incendiaire, Marylin Monroe, lui volera la vedette dans le cœur des spectateurs. Leur ressemblance est tellement évidente qu'elle nuit encore au rayonnement de Lana Turner. Si leur jeunesse chaotique, leur sophistication fabriquée, leurs liaisons tapageuses et leurs amours contrariées réunissent les deux actrices, leurs registres et surtout leurs caractères divergent nettement. Lana Turner, a contrario de Marylin Monroe, a tout fait pour conserver son statut à Hollywood, se tournant vers la télévision quand le cinéma la délaissa. Sans jamais céder sur ses atours de star comme elle le dit en 1981 lors du festival du cinéma américain de Deauville qui lui rendait hommage :  « Renoncer au glamour serait comme renoncer à mon identité. » Néanmoins, sa postérité souffre aujourd'hui d'un certain manque de reconnaissance par rapport à ses rivales de l'âge d'or hollywoodien. La profession fut assez sévère avec elle avec une seule nomination à l'Oscar pour le mélodrame Peyton Place. Pourtant, Lana Turner fut vraiment à plusieurs reprises une excellente actrice qui mérite, à l'heure de son centenaire, la considération de la cinéphilie. Voici à suivre cinq films qui ont bâti sa légende à juste titre.

http://philippelenoir-popculture.com/2020/02/kirk-douglas-la-star-indomptee-de-l-age-d-or-d-hollywood.html

Johnny, roi des gangsters Mervyn LeRoy 1942

Lana Turner, la blonde fatale d'Hollywood a fait de sa vie une légende

Lana Turner trouve sans doute dans ce film noir, le rôle le plus intéressant de son début de carrière. Juste avant, elle avait déjà démontré qu'elle pouvait rivaliser avec les meilleures actrices, notamment avec Ingrid Bergman avec qui elle venait de partager l'affiche dans Dr Jeckyll et Mister Hyde de Victor Fleming. Mais cette fois, son mentor Mervyn Le Roy lui offre le premier rôle féminin auprès de l'un des acteurs les plus en vue de la MGM, Robert Taylor. Elle incarne une étudiante en sociologie, fille d'un magistrat, qui tombe amoureuse de Johnny Eager, un malfrat en réinsertion qui devient chauffeur de taxi. Tout du moins en journée, car le soir venu, Johnny poursuit sa vocation de gangster implacable et violent. Le film, soutenu par des dialogues étincelants, possède l'épaisseur des grands polars de l'époque. Robert Taylor, souvent critiqué pour son jeu inexpressif, démontre qu'il possède la capacité à jouer sur deux tableaux avec subtilité. Quant à Lana Turner qui joue une intellectuelle idéaliste qui cite Cyrano de Bergerac, elle prouve qu'elle est bien plus que la jolie créature fabriquée par la MGM. Un film noir et âpre avec une belle tension dramatique soutenue par un couple glamour auquel il faut ajouter Van Heflin qui empochera un Oscar du meilleur second rôle.

Le facteur sonne toujours deux fois Tay Garnett 1946

Lana Turner, la blonde fatale d'Hollywood a fait de sa vie une légende

La scène où Lana Turner apparaît dans l'encadrement de la porte dans son mini short blanc,sa chevelure blonde enserrée dans un turban tout aussi blanc sous les yeux écarquillés de John Garfield, fait partie de la mythologie du cinéma. L'actrice, avec ce rôle de Cora Smith, rejoint les garces mythiques d'Hollywood qui entraînent les hommes à leur perte. Lana Turner y personnifie un archétype, celle d'une jeune femme qui veut échapper à sa condition de femme insatisfaite, tant sur le plan sexuel que social. Sa beauté très sophistiquée manque sans doute de réalisme comme la blancheur de ses tenues. Mais on finit par s'en moquer, tellement la trame de l'histoire est prenante par sa destinée tragique écrite à l'avance. La prude MGM, respectueuse du code Hays qui encadre les bonnes mœurs à Hollywood, produit un film à l'érotisme fiévreux montrant, même indirectement, comment le sexe et l'argent peuvent pousser au crime. Lana Turner est vraiment prodigieuse dans la manière dont elle incarne Cora, cette fille qui refuse le déterminisme de ses origines modestes, sa vie d'épouse auprès d'un homme trop âgé... L'un des meilleurs films noirs des années quarante, un classique qui a forgé la légende de la star...

Les trois mousquetaires George Sidney 1948

Lana Turner, la blonde fatale d'Hollywood a fait de sa vie une légende
On peut affirmer que cette version du roman d'Alexandre Dumas a donné l'un des plus beaux films de cape et d'épée de l'histoire du cinéma. C'est un modèle de légèreté, de dynamisme, de flamboyance dans la grande tradition des studios hollywoodiens par un réalisateur réputé pour ses comédies musicales. Ce n'est donc pas un hasard si le rôle de D'Artagnan est confié à Gene Kelly qui excelle dans des combats chorégraphiés formellement réjouissants. Le film est une magistrale fantaisie par sa mise en scène, mais aussi par sa distribution où l'on retrouve Vincent Price en cardinal de Richelieu, Van Heflin dans le rôle d'Athos et donc Lana Turner dans celui de la belle espionne Milady de Winter. Et là encore, la star féminine de la MGM excelle dans un rôle où elle joue de son glamour, de son pouvoir érotique pour manipuler les hommes et assouvir sa vengeance. Mais, contre toute attente, Lana Turner surprend encore plus en femme amoureuse et suscite l'émotion lors de son exécution sous les yeux de son ancien amant Athos. Elle reste à ce jour la plus envoûtante Milady vue sur grand écran.
Les ensorcelés Vincente Minnelli 1953
Lana Turner, la blonde fatale d'Hollywood a fait de sa vie une légende
Souvent considéré comme le chef d'oeuvre de Vincente Minnelli, le film s'inspire librement de la vie du producteur David O. Selznick, maître d’œuvre d'Autant en Emporte le Vent et qui fit venir Alfred Hitchcock à Hollywood. Le rôle principal est attribué à Kirk Douglas qui en fera l'un des personnages emblématiques de sa filmographie. Et Lana Turner incarne l'actrice qui deviendra une star grâce au producteur, mais aussi une femme bafouée par celui-ci. Le film est une satire implacable sur le monde du cinéma qui fait dire à Kirk Douglas cette sentence à Lana Turner : « vous jouiez mal et vous aviez des gestes maladroits, mais tous les yeux des spectateurs étaient fixés sur vous. » Pourtant, une fois de plus, Lana Turner vaut bien plus que sa réputation de blonde glamour et superficielle. L'actrice est prodigieuse en femme fragile, brisée par son mentor, notamment dans la scène où elle fuit en voiture, sombrant dans la détresse hystérique au risque d'avoir un accident. Pourtant, alors que le film décrochera six Oscars, Lana Turner ne sera même pas nominée, ce qui semble pour le moins incongru. C'est son dernier grand film pour la MGM, même si elle continuera encore d'être la star du studio pendant plusieurs années.
Mirage de la vie Douglas Sirk 1959
Lana Turner, la blonde fatale d'Hollywood a fait de sa vie une légende
Un film qui continue de susciter un culte fervent auprès des admirateurs de Douglas Sirk, le maître incontesté du mélodrame flamboyant dans le Hollywood des années cinquante. C'est d'ailleurs son dernier film et son plus grand succès avec le retour au premier plan de Lana Turner dans ce qui deviendra son film le plus célèbre. Éconduite à la MGM où elle avait enchaîné les échecs, la star venait de vivre le scandale du meurtre de son amant par sa fille. Ce regain de notoriété imprévisible convainc Universal de l'engager, ce que le studio n'aura pas à regretter. Car, au-delà de son succès commercial, le film est un chef d’œuvre qui franchit le temps, influençant des cinéastes majeurs comme Fassbinder ou Almodovar. Lana Turner, dans une mise en abyme déroutante, y joue une actrice qui sacrifie sa vie privée pour sa carrière. Sa meilleure amie est une femme noire qui a une fille du même âge que la sienne. Le film possède plusieurs arcs narratifs dont le plus connu est celui de cette jeune fille dont le teint clair lui permet de renier les racines afro-américaines de sa mère. Dans une mise en scène somptueuse, Sirk plonge tous ses personnages au cœur de profonds dilemmes sur leur volonté d'exister pour eux-mêmes au risque de perdre ceux qu'ils aiment. Le dénouement déchirant provoque les larmes de générations de spectateurs depuis des décennies. Lana Turner y parachève sa légende à tout jamais.
 
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