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Publié par Philippe LENOIR

Kirk Douglas, la star indomptée de l'âge d'or d'Hollywood

Ce fut assurément une belle vie pour Kirk Douglas qui vient de mourir à l'âge canonique de 103 ans. Tout du moins, l'homme avait la politesse de ne rien trop montrer de ses tourments personnels préférant les conserver pour les rôles qui lui apportèrent la gloire. On sut néanmoins sur le tard à quel point sa jeunesse fut miséreuse. Dans son autobiographie à succès Le fils du chiffonnier, il relata avec tact cette enfance sans le sou au sein d'une famille d'immigrés juifs originaires de Russie. Dans un autre livre autobiographique, il évoque sans fard l'attaque cérébrale qui paralysa son visage, ce qui le plongea un temps dans un profond désespoir jusqu'à envisager son suicide. Mais ce qui reste vraiment dans nos mémoires, c'est la présence unique du dernier témoin de l'âge d'or des studios avec ce visage singulier, ce sourire carnassier, ce physique puissant et cette fameuse fossette au menton. Son rôle le plus emblématique semble être celui de Spartacus, le fameux gladiateur en révolte contre Rome, un personnage aux sentiments nobles, un héros positif et progressiste qui semble en symbiose avec le citoyen engagé qu'il fut. Néanmoins, Kirk Douglas a toujours dit qu'il adorait plus que tout autre personnage, celui de Jack Burns, ce cow-boy rebelle et misanthrope refusant la civilisation moderne dans Seuls sont les indomptés. En fait, à quelques exceptions, Kirk Douglas fut à l'écran un homme le plus souvent soumis à ses tourments, des sentiments dans lesquels il excellait. Dès son premier grand rôle dans Le Champion de Mark Robson où il incarne un boxeur ambitieux, sa capacité à exprimer sa rage intérieure l'impose en vedette du grand écran dans un répertoire où son ambiguïté fait merveille.

Tout au long de sa carrière, il alternera les compositions mêlant des sentiments antagonistes, n'hésitant pas se à donner le rôle du méchant, même dans les films qu'il produira comme ce fut le cas dans Les Vikings de Richard Fleischer. Ce fut également une vedette soumise à son narcissisme, se fâchant avec de très nombreux réalisateurs, que ce soit King Vidor, Robert Aldrich ou encore Stanley Kubrick. En devenant producteur de ses propres films, il se donnait le droit d'imposer ses visions, ce qui l'amena sur Spartacus à se brouiller durablement avec Kubrick, mais aussi avec les vedettes anglaises du film comme Laurence Olivier, Charles Laughton ou Peter Ustinov. Cette exigence artistique lui permit également de soutenir vaille que vaille la vision de Stanley Kubrick sur Les Sentiers de la gloire, d'en assumer l'échec commercial et même la censure que le film subit en France. Mais c'est bien sa volonté d'imposer le scénariste Dalton Trumbo au générique de Spartacus qui fait de Kirk Douglas un artiste indompté du système hollywoodien. Trumbo, victime de la liste noire du fait de son appartenance au Parti Communiste, travaillait depuis plus de dix ans sous des pseudonymes. Kirk Douglas obtint gain de cause, refermant sans le savoir à l'époque l'ère du maccarthysme à Hollywood. Alors, c'est vrai que Kirk Douglas n'était pas l'acteur le plus nuancé de sa génération. On peut lui préférer, c'est notre cas, son grand copain Burt Lancaster avec qui il tourna sept films. Mais Kirk Douglas compensa par une générosité de jeu inégalable, un engagement physique de tous les instants et une sincérité sans faille qui lui permirent d'être un acteur populaire sans n'avoir jamais fait de concessions à son intégrité d'artiste comme de citoyen. Un homme comme il faut....

http://philippelenoir-popculture.com/2020/02/lana-turner-la-blonde-fatale-et-indomptable-d-hollywood-a-fait-de-sa-vie-une-legende.html

 

Voici une sélection de cinq film qui permettent

d'appréhender la prestigieuse carrière de Kirk Douglas.


 

Le gouffre aux chimères Billy Wilder 1951

Kirk Douglas, la star indomptée de l'âge d'or d'Hollywood

L'un des tous meilleurs rôles de Kirk Douglas qui vient tout juste d'être intronisé vedette de la Warner après sa performance dans Le Champion de Mark Robson qui lui a valu sa première nomination à l'Oscar. C'est l'un des films les plus pessimistes de Billy Wilder qui suit un journaliste prêt à tout pour réussir. Jusqu à devenir l'acteur d'un fait divers en mettant en scène la manière dont il vient en secours à un homme coincé dans un éboulement au fond d'une grotte du Nouveau-Mexique. Kirk Douglas incarne un pur arriviste tordant la vérité pour obtenir l'émotion qui lui apportera la gloire. Wilder s'est inspiré de son passé de journaliste en Europe, mais aussi d'une histoire similaire qui permit à un reporter de gagner le prix Pullitzer. Le film se montre visionnaire sur l'évolution des médias en proie au sensationnalisme, mais offre surtout le portrait au scalpel d'un homme cynique qui n'a aucune illusion sur l'espèce humaine. Car il écrit ce que les gens ont envie de lire au détriment du moindre respect pour sa victime. Kirk Douglas y confirme son goût pour les personnages dont les démons intérieurs les entraînent vers le pire.

Les ensorcelés Vincente Minnelli 1952

Avec Lana Turner

Avec Lana Turner

On peut penser que c'est le meilleur rôle de Kirk Douglas, celui pour lequel il aurait mérité un Oscar. Car ce personnage de Jonathan Shields qu'il reprendra dix ans plus tard dans Quinze jours ailleurs toujours sous la direction de Minnelli semble être celui dont il est le plus proche. Il y incarne un producteur de cinéma charismatique, passionné par son art, mais capable pour arriver à ses fins à toutes les manipulations. Le film qui se déroule en flash-back, raconte comment trois artistes ont rencontré la gloire grâce au célèbre producteur et comment celui-ci a fini par trahir leur confiance. C'est l'un des plus grands films sur le fonctionnement d'un Hollywood totalement sous la coupe des producteurs. Kirk Douglas qui va bientôt en devenir un, démontre à quel point le cinéma est plus important pour son personnage que les relations humaines. La mise en scène de Vincente Minnelli est une merveille et offre à son acteur un rôle pour l'histoire.

La rivière de nos amours André de Toth 1955

Avec Elsa Martinelli

Avec Elsa Martinelli

Les années cinquante sont l'apogée du western américain et par son physique, Kirk Douglas possède tous les atouts du héros du Far-West. Il tournera d'ailleurs d'excellents westerns, mais notre choix s'arrête sur celui-ci qui se trouve être le premier film dont il est le producteur. A l'instar de La captive aux yeux clairs qu'il a tourné avec Howard Hawks, ce western pro-indien est une ode à la nature sauvage dont la beauté n'est pas encore souillée par la civilisation. Kirk Douglas qui joue un éclaireur est partagée entre sa mission de guider des colons à travers le territoire indien et sa volonté de vivre en communion avec les Sioux.D'autant qu'il est tombé amoureux de la fille du chef indien, ce qui offre au film une part romantique très réussie. La fièvre de l'or va contrarier ses desseins et va le contraindre à choisir son camp. Kirk Douglas s'y montre un vrai héros séduisant, combatif et loyal au sein d'un western bucolique, harmonieux et humaniste.

La vie passionnée de Vincent Van Gogh 1956

Kirk Douglas, la star indomptée de l'âge d'or d'Hollywood

Kirk Douglas retrouve Vincente Minnelli pour ce qu'on appelle aujourd'hui un biopic sur le peintre Vincent Van Gogh. C'est le rôle qui aurait dû permettre à l'acteur d'empocher l'Oscar qui sera décerné à Yul Brynner pour l'anecdotique comédie Le Roi et Moi. Kirk Douglas en gardera une certaine amertume envers Hollywood, car il y donnera sans doute sa performance la plus spectaculaire. Son jeu aujourd'hui peut paraître affecté, mais il faut admettre que Kirk Douglas offre un Van Gogh fidèle à l'image maudite et psychotique de l'artiste. Minnelli, grand amateur de peinture, insiste sur la folie créatrice du peintre et ne s'égare jamais dans l'anecdotique. La MGM n'hésite pas sur les moyens mis à disposition avec un tournage sur les lieux mêmes où vécut Van Gogh en Flandres et en France. Sur le plan esthétique, c'est une débauche de couleurs et de formes en cinémascope dans laquelle Kirk Douglas impose son Van Gogh. Une réussite évidente.

Spartacus Stanley Kubrick 1960

Kirk Douglas, la star indomptée de l'âge d'or d'Hollywood

Le film est une légende,sans doute l'un des plus grands péplums du cinéma américain. Une belle revanche pour Kirk Douglas qui a produit le film, vexé de ne pas avoir été engagé pour Ben-Hur. Les cinéphiles n'aiment pas trop ce film, mais c'est souvent à l'aune de la filmographie de Stanley Kubrick. Le réalisateur qui remplaça Anthony Mann viré par Kirk Douglas après quelques jours de tournage, a renié sa seule production hollywoodienne, estimant n'avoir été qu'un exécutant au service de la star. De fait, Kirk Douglas, avec le soutien de son scénariste Dalton Trumbo, veut faire de Spartacus une figure christique, symbole de l'exploitation humaine par les puissants. Un message progressiste guère en phase avec le pessimisme de Kubrick. Pourtant, si le film tient aussi bien la route aujourd'hui, c'est bien grâce à une mise en scène géométrique et audacieuse qui doit tout à la science de l'espace du réalisateur. Ce qui fait de Spartacus un péplum singulier qui propose à chaque vision de nouvelles perspectives esthétiques. Et si le film reste un Kubrick mineur, il offre à Kirk Douglas le rôle qui le fait entrer dans la mythologie hollywoodienne. Son engagement d'acteur et de producteur n'y est pas pour rien.


 

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