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Publié par Philippe LENOIR

Judy Garland une star au firmament des destins de légende

Judy Garland revient hanter la mémoire des cinéphiles avec la sortie d'un biopic consacré aux dernières années de sa vie. La star est incarnée par Renée Zellweger qui a remporté récemment l'Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle. Judy s'attarde avec plus ou moins de nuances, sur la déchéance d'une actrice détruite par ses démons. Ce fut plus vrai que jamais pour Judy Garland qui sombra dans la drogue et l'alcool pour tenter d'atténuer ses douleurs psychologiques, ses complexes physiques, ses déceptions amoureuses... Et plus encore à assumer un statut de star dans un système hollywoodien qui a toujours broyé les âmes trop fragiles. Judy Garland, l'enfant star, la petite fiancée de l'Amérique, la reine des comédies musicales, fut, pendant une décennie l'artiste qui fit rêver le monde entier, enchaînant pour le compte de la Metro-Goldwin-Mayer, une série de films joyeux et colorés qui continuent d'alimenter les programmes de fin d'année de la télévision américaine. Difficile d'imaginer alors que Judy Garland est atteinte par la dépression, l'addiction à l'alcool et aux médicaments. On a beaucoup évoqué sa gourmandise qui l'obligea à suivre des régimes drastiques à base de pilules pour expliquer ses tourments. Elle était complexée par son physique, elle que le patron de la MGM appelait sa petite bossue, ce qui entraîna un manque de confiance en elle qu'elle atténua en buvant plus de raison. Désormais, on évoque à mots couverts, des agressions sexuelles dès son engagement à Hollywood alors qu'elle n'avait que 13 ans. Ses déboires amoureux avec cinq mariages à la clef, démontrent à quel point Judy Garland fut victime de son instabilité.

On ne compte plus le nombre de films qui furent arrêtés à cause de ses problèmes d'addictions, ce qui entraîna son éviction de la MGM. Autre traumatisme, celui de n'avoir jamais été reconnu comme une actrice de talent. Pour Hollywood et il faut bien le dire pour le public, Judy Garland a surtout été une artiste douée pour le divertissement, chanteuse d'exception et danseuse inspirée. Pourtant, de l'avis général, elle méritait l'Oscar de la meilleure actrice pour Une étoile est née qui fut décerné, cette année là en 1955, à Grace Kelly pour l'un de ses plus mauvais films. Le plus cruel est qu'elle recevait un Oscar dans Une Étoile est née et qu'aujourd'hui c'est Renée Zellweger qui reçoit le précieux trophée en l'incarnant à l'écran. Sa fin de carrière fut surtout consacrée au music-hall, ce qui lui permit de tenir son rang de célébrité et de quelques apparitions aux cinéma dans des films sérieux en noir et blanc dont Jugement à Nuremberg de Stanley Kramer et Un enfant attend de John Cassevettes. Elle meurt à l'âge de 47 ans d'une overdose de barbituriques. Malgré cette vie à la destinée tragique, Judy Garland reste, dans le souvenir des spectateurs, la gaieté incarnée de films enchanteurs, de merveilles en technicolor... C'est l'essence même de son rayonnement à travers le temps.Car aussi désespérante fut son existence, Judy Garland nous a légués le meilleur d'elle-même sur grand écran. Voici à suivre cinq scènes qui illustrent pourquoi la légende de Judy Garland continue d'alimenter notre imaginaire.

Le Magicien d'Oz Victor Fleming 1939

Judy Garland une star au firmament des destins de légende

Il s'agit d'un monument de la culture américaine, le film étant diffusé tous les ans à la télévision aux fêtes de fin d'année depuis 1956. Une autre statistique affirme que c'est le film le plus vu de toute l'histoire du cinéma. En Europe, ce conte pour enfants très américain ne possède pas le même rayonnement. Il n'empêche que Le Magicien d'Oz reste encore aujourd'hui assez bluffant et mérite toujours d'être découvert. Car le film possède une force intemporelle par la magie de ses décors fabuleux, sa mise en scène élégante, ses chansons merveilleuses et ses personnages emblématiques. Dont Dorothy incarnée par Judy Garland qui avait seize ans lors du tournage et devait faire croire qu'elle en avait à peine douze. Il s'agit d'un conte initiatique qui possède aussi ses moments d'angoisse avec la méchante sorcière verdâtre et ses singes volants, le champs de coquelicots mortels, la cité du fameux magicien.... Si le film démarre dans un doux sépia, il explose ensuite d'un technicolor flamboyant qui sature l'écran, notamment le chemin de briques jaunes, les souliers rubis de Dorothée et le palais de couleur émeraude. Une invitation à la féerie qui dépasse l'audience enfantine à qui elle est de prime abord destinée. Judy Garland y interprête également Over the Rainbow, sa chanson la plus célèbre. 

Le chant du Missouri Vincente Minnelli 1944

Judy Garland une star au firmament des destins de légende

Comme Le Magicien d'Oz, ce film fait l'objet d'un culte toujours intense aux USA où il reste l'un des plus diffusés aux fêtes de fin d'année à la télévision. Et si Judy Garland possède encore une telle aura, elle le doit assurément à ces deux classiques de la MGM. C'est aussi le film qui va faire exploser le talent de son réalisateur Vincente Minnelli qui va investir toute sa science de la mise en scène dans ce petit bijou en technicolor. C'est une ode à la vie provinciale et aux valeurs familiales au bon sens du terme au gré des saisons qui s'enchaînent. La trame n'est qu'un prétexte, celle d'une famille qui va être obligée de quitter Saint-Louis en raison de la mutation professionnelle du père à New York . Mais là n'est pas la préoccupation de Minnelli qui se concentre à composer des tableaux d'une exceptionnelle virtuosité qui mettent en valeur une chronique familiale ponctuée par les saisons, les amours et les petits drames. Judy Garland y trouve, à notre avis, le meilleur rôle de sa carrière. Car si elle excelle dans les numéros musicaux dont certains sont quelques-uns des plus beaux de sa carrière, la star démontre qu'elle est une actrice sachant jouer de tous les registres. Elle est, de plus, filmée avec passion par celui qui deviendra son mari. Ils tourneront ensemble encore deux films dont une autre comédie musicale flamboyante, Le Pirate avec Gene Kelly.

Parade de printemps Charles Walters 1948

Judy Garland une star au firmament des destins de légende

C'est l'une des plus charmantes comédies musicales de Judy Garland. Le film tient du miracle puisque il devait au départ reconstitué le trio du Pirate. Mais Judy Garland ne veut plus que son époux la dirige. Parents de la petite Liza, le couple bât de l'aile en raison des addictions de l'actrice, mais aussi de l'homosexualité de Minnelli. Quant à Gene Kelly, il se casse une jambe avant le tournage et se voit donc remplacer par Fred Astaire qui a arrêté le cinéma depuis deux ans, se trouvant désormais trop vieux pour danser. Malgré tout, ce film respire la légèreté, le dynamisme et l'élégance. Judy Garland y apparaît rayonnante et forme avec son partenaire, un couple complice et amusant. De toute évidence, ce tournage est une parenthèse enchantée pour les deux stars qui dissipent ensemble les doutes sur leur carrière. L'intrigue bien mince sur les vicissitudes de la vie d'artiste de music-hall, est comblée par une multitude de numéros dansés et chantés plus réjouissants les uns que les autres.

La Jolie Fermière Charles Walters 1950

Judy Garland une star au firmament des destins de légende

C'est le dernier film de Judy Garland pour la MGM qui la congédiera peu après. La star en pleine dépression, a fait capoter de nombreux projets par ses absences injustifiées, son alcoolisme chronique et ses caprices de diva. Mais elle put compter sur la compréhension de Charles Walters et l'amitié de Gene Kelly, son partenaire pour la 3e fois. Mais les temps ont changé. Gene Kelly qui a fait son premier film en 1942 comme second rôle face à Judy Garland dans Pour Moi et Ma Mie de Busby Berkeley, est devenu la star des comédies musicales de la MGM, s'apprêtant à tourner son chef d’œuvre Chantons Sous La Pluie. C'est lui qui tient le film dans des numéros de haute volée. Mais malgré ses problèmes de santé, Judy Garland tient, une fois de plus son rang face à son partenaire. L'histoire est charmante, narrant comment une troupe de comédiens investit une ferme pour créer un spectacle de music-hall. Gene Kelly, le metteur en scène, va tomber amoureuse de la fermière et en faire une meneuse de revue. La fermière, c'est Judy Garland quand même ! Un film un peu oublié malgré son affiche prestigieuse. A redécouvrir vraiment !

Une étoile est née George Cukor 1954

Judy Garland une star au firmament des destins de légende

C'est la version la plus célèbre d'un scénario qui en compte quatre à ce jour. Ce film produit par la Warner marque le retour de Judy Garland au cinéma après quatre ans d'absence. Sous la direction de George Cukor qui avait tourné quelques scènes du Magicien d'Oz, Judy Garland se sent prête, à 32 ans,à se donner totalement à un rôle. Celui d'une actrice en pleine ascension à Hollywood alors que l'acteur qui l'a découverte et épousée, sombre dans l'alcoolisme au fur et à mesure que sa carrière décline. Le film se situe à mi-chemin de la comédie musicale et du mélodrame flamboyant. Cukor y utilise tous les artifices du cinéma hollywoodien dans sa mise en scène pour mieux en critiquer son univers impitoyable. Le scénario s'amuse même de la réputation de Judy Garland et de ses addictions en les prêtant à son mari, joué par l'impeccable James Mason. Si le film n'a jamais pu être montré dans la version de plus de 3 heures voulue par son réalisateur, il n'en fut pas moins un énorme succès qui augurait d'un nouveau départ pour Judy Garland. Ce ne fut pas le cas et scella même la fin de sa carrière au sein du système hollywoodien de prestige. Sa défaite aux Oscars dont elle était la favorite, lui prouva que Hollywood lui avait définitivement tourné le dos.

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