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Publié par Philippe LENOIR

The Wall fête ses quarante ans. Le dernier envol magistral de Pink Floyd

Il y a quarante ans, Pink Floyd sortait The Wall son disque le plus célèbre, le dernier à être assumé par le quatuor quasi-originel d'un des fleurons du rock britannique. Un double album qui se dévoile comme un opéra-rock témoignant des tourments de son principal auteur, le bassiste Roger Waters. On pourrait dire que c'est le disque de toutes les contradictions. C'est le plus célèbre, mais qui se vend moins que le légendaire The Dark Side of The Moon, troisième plus grosse vente de l'histoire du disque, juste devancée par Thriller de Michaël Jackson et Back in Black d'AC-DC. Ce n'est pas le meilleur disque du Floyd si on le compare à leur chef d’œuvre, Wish you were here. Surtout, The Wall est considéré comme un disque contestataire, symbole des luttes contre le totalitarisme, alors qu'il n'évoque en fait que la folie d'une rock star qui élève un mur entre lui et le monde.

Il porte surtout le plus gros hit du groupe, le fameux Another Brick in the Wall, devenu un gold qui résiste toujours et encore au temps. Une chanson qui remet en cause le système éducatif britannique juste bon à produire des individus sans conscience, sur une rythmique martiale, un solo de guitare de David Gilmour et cette chorale d'enfants qui reprend les couplets et le refrain chantés par Roger Waters. Ce n'est pas rien, car Pink Floyd n'a jamais été un groupe à singles et se retrouve avec cette chanson numéro 1 dans le monde entier en cette fin d'année 1979. Le clip-vidéo mélangeant vues réelles et scènes d'animation contribuent à l'idée que The Wall est un disque politique fustigeant pêle-mêle fascisme et communisme. La confusion perdura lors de la chute du Mur de Berlin qui se déroulera dix ans plus tard avec un concert mémorable de Roger Waters sur la Postdamer Platz pour célébrer le premier anniversaire de la réunification de la capitale allemande en 1990.

Mais c'est un bien disque qui raconte en 26 chansons les tourments d'une star du rock, soit Roger Waters himself. On peut penser qu'il y est aussi question du fondateur de Pink Floyd, l'ange déchu du Swinging London, Syd Barrett. Totalement cramé par le LSD, puis par une maladie mentale, Barrett fut remplacé au début des années 70 par David Gilmour et vécut en reclus chez sa mère jusqu'à sa mort d'un cancer en 2006. Mais il s'agit bel et bien des tourments mégalomanes et narcissiques de Waters dans The Wall. Il semblerait que l'idée majeure du disque soit née en 1977 à Montréal lors d'un concert où le principal compositeur de Pink Floyd ne supporta pas l'attitude bruyante du public qui ne manifestait pourtant que sa ferveur. D'où l'idée de construire un mur entre lui et les spectateurs, ce qui deviendra effectif lors de la scénographie des concerts grandioses que le groupe britannique produira pour The Wall.

C'est aussi le dernier disque de Pink Floyd dans sa formation historique avec Roger Waters, David Gilmour, Nick Mason et Richard Wright. Depuis sa création dans les années 60, Pink Floyd a toujours été un enjeu de pouvoir entre ses membres. Mais les prodigieuses années 70 qui font du Floyd le groupe le plus adulé de la planète, montent les égos de chacun à des sommets inimaginables de rancœur, voire de haine. Le sombre Roger Waters, leader contesté par le lumineux David Gilmour, profite des projets solos de chacun pour écrire et composer The Wall. Au final, seules trois chansons sont co-écrites avec Gilmour dont la meilleure peut-être, l'extatique Comfortably Numb avec un solo dément du guitariste virtuose de Pink Floyd. Mais le succès planétaire de The Wall n'empêche pas le flamand rose de battre de l'aile. S'ensuivra plus tard des procès aux enjeux faramineux pour savoir qui est le détenteur du nom du groupe. Mais c'est une autre histoire...

Au-delà de d'un single fracassant et de quelques titres comme le majeur Hey You, The Wall souffre d'un trop-plein indigeste comme le sont bien souvent ces opéras grandiloquents et sérieux du rock progressif que la bourrasque punk, la tornade reggae et le cyclone disco vont finir par balayer. Néanmoins, The Wall conserve une place à part dans l'histoire du rock, somme majeure et unique d'un artiste démiurge qui raviva la flamme d'un des plus fameux groupes de rock du XXe siècle. Surtout, c'est une œuvre somme fait d'un double-album, d'un spectacle unique et on l'oublie d'un film signé Alan Parker avec Bob Geldolf, rocker du Live Aid, dans le rôle de la star cloîtrée. Aujourd'hui, le single Another Brick in the Wall est un standard dont la pop-culture s'est emparée, que les contestataires du mur que Donald Trump appelle de ses vœux à la frontière mexicaine,utilise pour défendre leurs idéaux. Repris par Korn, Gun'n'Roses ou mixé judicieusement avec Stayin'Alive des Bee Gees, ce single historique n'en a pas fini de fixer nos imaginaires et ouvrir nos horizons bien au-dessus des murs qui nous bouchent toujours trop l'horizon.

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http://philippelenoir-popculture.com/2019/08/le-walkman-fete-ses-40-ans-notre-play-list-des-singles-de-1979-qu-on-ecoutait-dans-le-casque.html

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