Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Philippe LENOIR

London Calling, le brûlot punk-rock de The Clash fête ses quarante ans

Juste avant Noël 1979, les disquaires anglais reçoivent le double album London Calling du quatuor punk The Clash avec l'obligation de le vendre au prix d'un album simple. Ce disque qui contient dix-neuf chansons permet au groupe de s'élever bien au-dessus du mouvement punk dont il est le fer de lance avec les Sex Pistols. Au niveau des textes, The Clash, emmené par leurs deux leaders Joe Strummer et Mick Jones, a toujours fait preuve d'un souci extrême pour dénoncer les injustices sociales. Et dans cette veine très politique, London Calling reste l'un des plus grands disques de l'histoire du rock. Mais le groupe démontre également une volonté de ne plus se contenter de l'énergie rageuse du punk, mais d'ouvrir son répertoire au rockabilly, au reggae, au ska, synthèse revigorante d'une culture rock qui revenait à son essence primitive. La pochette de l'album donne une idée juste de sa teneur, même si on y voit le bassiste de The Clash Paul Simonon, briser sa Fender au cours d'un concert, non pas à Londres, mais à New York. Pour l'anecdote, c'est la seule fois où Simonon cassa sa guitare, furieux de l'organisation de ce concert qui restreignait la possibilité du public d'exulter aux hymnes punk de son groupe. Les couleurs et le lettrage de l'album sont les mêmes que ceux du premier album d'Elvis Presley pour RCA. Cet hommage au King est d'évidence pour exprimer que ce disque renoue avec l'énergie du rock primitif.

London Calling, le brûlot punk-rock de The Clash fête ses quarante ans

Symbole de l'esprit de ce double album, la chanson qui lui donne son titre, un standard du rock qui, encore aujourd'hui, symbolise tant la capitale du royaume. A l'époque, l'Angleterre vient de confier son destin à Margaret Thatcher qui lance sa révolution néo-libérale avec une certaine brutalité contre les bastions ouvriers. The Clash qui s'approprie le statut du working class hero défini par John Lennon, s'affiche à l'extrême-gauche bien plus que dans l'anarchie prônée par les punks. La chanson London Calling qui fait référence au programme patriotique de la BBC pour lutter contre le nazisme pendant la Seconde Guerre Mondiale, incite la jeunesse anglaise à se mobiliser, à prendre son destin en main face aux fléaux de la crise économique, les dangers du nucléaire et les risques environnementaux. Ce qui frappe aujourd'hui, c'est cette rythmique reggae-ska martiale en ouverture, l'expressivité rageuse et ironique du chant de Joe Strummer et ses lyrics qui échappent au nihilisme vanté par les Sex Pistols aussi bien qu'aux utopies de la contre-culture rock des années 60 et 70. Il s'agit plutôt d'un appel à la résistance qui n'aura néanmoins aucun effet notoire sur la société britannique, si ce n'est de manière symbolique dans les luttes ouvrières des années 80.

Contre toute attente, London Callling ne sera pas un hit instantané, mais s'imposera durablement dans la culture populaire au fil du temps au point de devenir la chanson la plus célèbre du groupe a posteriori. L'album aura la même destinée s'imposant désormais comme le chef d’œuvre de The Clash, le magazine Rolling Stone le classant dans les dix albums les plus importants de l'histoire du rock. A tel point que le brûlot gauchiste d'antan s'est mué en hymne de la culture populaire servant à illustrer des clips promotionnels en faveur des Jeux olympique de Londres 2012 de la part de la compagnie aérienne nationale British Airways. De l'art de la société marchande de récupérer et recycler à son avantage, même les œuvres qui la dénoncent avec véhémence. La chanson illustre également de nombreux films dont Meurs un autre jour, le dernier James Bond interprété par Pierce Brosnan, Atomic Blonde avec Charlize Theron ou le Mesrine de Jean-François Richet avec Vincent Cassel.

On peut légitimement lui préférer la scène des violences policières contre la communauté des mineurs dans le film Billy Eliott, (un film de 2000 sur un adolescent qui veut devenir danseur réalisé par Stephan Daldry) plus en phase avec l'esprit de l'hymne punk du quatuor. Quant à The Clash, il sortira ensuite Sandinista, un triple album diversement apprécié délaissant ce fameux esprit primitif de London Calling, puis Combat rock, son plus gros succès commercial porté par le single Should I stay, Should I go et le standard Rock the casbah avant la séparation qui couvait depuis un certain temps. Mais jamais le quatuor n'aura jamais été aussi cohérent, généreux et rageur qu'au cours de ce London Calling entré dans la légende de la pop-culture. Le décès d'une crise cardiaque de Joe Strummer à 50 ans en 2002 empêchera toute réunion du quatuor, ce qui semblait être, à l'époque, imminent selon les dires de Mick Jones. Tant pis, il nous reste ce fabuleux double album pour nous consoler.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/08/l-album-abbey-road-des-beatles-fete-ses-50-ans-nos-cinq-pochettes-de-disques-mythiques-du-rock.html

http://philippelenoir-popculture.com/2019/08/le-walkman-fete-ses-40-ans-notre-play-list-des-singles-de-1979-qu-on-ecoutait-dans-le-casque.html

http://philippelenoir-popculture.com/2019/12/the-wall-fete-ses-quarante-ans.le-dernier-envol-magistral-de-pink-floyd.html

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article