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Publié par Philippe LENOIR

Les filles du Docteur March, roman culte de Louisa May Alcott, classique du cinéma hollywoodien

Le premier film à voir dès le 1er janvier 2020 n'est pas un nouveau Marvel en version Imax, ni une superproduction en ligne sur Netflix. Il s'agit tout simplement d'une nouvelle version pour le cinéma du roman de Louisa May Alcott intitulé en français Les quatre filles du Docteur March. Ce roman écrit à la fin du XIXe siècle s'est imposé comme un best-seller mondial, devenu culte notamment auprès des adolescentes. L’œuvre raconte le passage à la vie adulte de quatre sœurs issus de la bourgeoisie protestante de Nouvelle-Angleterre à l'heure de la Guerre de Sécession. L'une d'entre elles, Joséphine, dite Jo, est devenue au fil des années une figure des combats féministes par sa volonté d'émancipation, bataillant pour vivre sa passion de l'écriture plutôt que de se résigner à sa destinée d'épouse et de mère. De toute évidence, Jo est le double de la romancière Louisa May Alcott qui n'a jamais caché que ce roman était en grande partie autobiographique.

Louisa May Alcott

Louisa May Alcott

Mais la grande force du roman est de donner à chaque sœur un caractère, une destinée, une romance liée en grande partie à leurs aspirations artistiques respectives, que ce soit la peinture, la musique ou le théâtre. Surtout, au fil du temps, ce roman classé dans la littérature enfantine pour jeunes filles, a démontré sa richesse profonde, surtout quand Simone de Beauvoir révéla que le personnage de Jo eut une grande influence sur son destin d'écrivaine. Le titre original Little Women est bien plus fidèle à l'esprit de l’œuvre que sa curieuse traduction française. Car le père des filles March n'est pas médecin comme le suggère le titre, mais aumônier parti sur le front pour soutenir le moral et la foi des soldats nordistes. Mais l'éditeur français du roman Pierre-Jules Hetzel qui en acquis les droits en 1880 craignait que la France républicaine de tradition catholique soit hostile à une histoire dont les héroïnes sont les filles d'un homme d’Église. Du coup Hetzel fait du père un médecin parti soigner les soldats sur les champs de bataille. Même si des traductions plus récentes ont corrigé l'intention première, le titre est resté, même dans cette dernière version cinématographique du roman.

Ce qui prouve l'ancrage du livre dans la culture populaire, renforcée par l'attachement que Hollywood a toujours témoigné pour cette œuvre avec deux versions au temps du muet, et surtout trois versions avant celle qui sort ce 1er janvier 2020. Les trois adaptations précédentes ont connu à chaque fois de vifs succès publics et critiques, renforcées par de multiples rediffusions à la télévision au moment des fêtes de fin d'année. Surtout, chaque film a permis de révéler au monde des actrices qui sont devenus des stars. De Katharine Hepburn à Elisabeth Taylor en passant par Winona Ryder, devenir une des Little Women de Louisa May Alcott fut toujours gratifiant. Déjà, la dernière version réalisée par la talentueuse Greta Gerwig, sortie en fin d'année aux USA, a révélé Saoirse Ronan dans le rôle de Jo. Celle-ci vient de décrocher une nomination aux Golden Globes avant d'espérer concourir aux Oscars. Petit retour sur les trois premiers films qui ont forgé la légende des quatre sœurs March.

George Cukor 1933

Les filles du Docteur March, roman culte de Louisa May Alcott, classique du cinéma hollywoodien

C'est la première version parlante du roman. Produit par la RKO, le film est confié à George Cukor, réputé pour sa capacité à magnifier les femmes dans ses films et à trousser de remarquables comédies de mœurs. Le film très plaisant est surtout servi sur un plateau pour propulser Katharine Hepburn en star du plus modeste des grands studios d'Hollywood. Elle hérite naturellement du rôle de Jo à qui elle donne sa personnalité singulière. Elle écrase le film de sa spontanéité, de sa vivacité d'esprit alors que la star du film était de toute évidence Joan Bennett qui incarnait Amy. Katharine Hepburn y gagne ses galons de grande actrice qui sera d'ailleurs récompensée d'un prix d'interprétation au cours de la première édition de la Mostra de Venise. C'est le second de ses dix films sous la direction de George Cukor. Au regard de leur filmographie respective, cette version de Little Women peut paraître anecdotique. Pourtant, elle est bien la matrice qui va générer pour l'un comme pour l'autre, leur carrière prestigieuse et leur fructueuse collaboration.

Mervyn Le Roy 1949

Les filles du Docteur March, roman culte de Louisa May Alcott, classique du cinéma hollywoodien

Cette version dans le technicolor flamboyant du studio MGM est un remake affiché du film de George Cukor. Cette grosse production confiée à l'excellent Mervyn Le Roy apparaît aujourd'hui assez kitsch dans son esthétique de film en costumes à la sauce hollywoodienne. Pourtant, le film possède un charme entêtant pour ceux qui savent dépasser les afféteries de l'époque. A voir comme on regarde les comédies musicales produite en ce temps-là par le studio à l'effigie du lion. Surtout que le casting féminin est un pur enchantement avec notamment Mary Astor dans le rôle de la mère des sœurs March et la délicieuse June Allyson dans le rôle de Jo. Mais l'histoire retiendra encore plus la touchante interprétation d'Elisabeth Taylor qui joue une Amy espiègle et capricieuse et de Janet Leigh dans la peau de la mélancolique Meg. Curieusement, Liz Taylor y est blonde et Janet Leigh brune ce qui évoluera quand on connaît la carrière des deux stars. Cette version est devenue une véritable institution aux USA où il détient une flopée de rediffusions à la télévision au moment de Noël.

Gillian Armstrong 1994

Les filles du Docteur March, roman culte de Louisa May Alcott, classique du cinéma hollywoodien

C'est la dernière version en date du célèbre roman mise en scène par la réalisatrice australienne Gillian Armstrong. En ces années 90, ce remake de la Columbia des deux versions précédentes réalisées à l'âge d'or des studios, apparaît anachronique. Mais le film s'avère bien différent en fouillant le discours féministe de l’œuvre de Louisa May Ascott. Surtout que c'est la piquante Winona Ryder qui incarne Jo et lui donne ce caractère frondeur, avant-gardiste et passionnée qui redonne toute sa modernité au roman. L'actrice qui enchaînait à l'époque les succès avec Tim Burton, Martin Scorsese et Francis Ford Coppola y décroche une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice. La distribution est d'ailleurs époustouflante avec notamment Susan Sarandon dans le rôle de la mère, Claire Danes dans celui de Beth, Kirsten Dunst en Amy jeune et Trini Alvarado dans celui de Meg.... Même les personnages  masculins peu à la fête précédemment sont à l'honneur avec Christian Bale et Gabriel Byrne notamment. Le film a remplacé la version de Mervyn Le Roy dans le top des rediffusions de fin d'année à la télévision américaine.

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