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Publié par Philippe LENOIR

Mauro Bolognini, le cinéaste qui magnifia le style à l'italienne : Les garçons ; Le bel Antonio ; Quand la chair succombe ; Le chevalier de Maupin.

La cinémathèque française propose jusqu'au 25 novembre, une rétrospective du cinéaste Mauro Bolognini. Dans la période la plus fructueuse du cinéma italien, des années 50 à 70, celui-ci a toujours été considéré comme un petit maître maniériste, réputé pour adapter des œuvres littéraires avec un style académique et ampoulé. Ce n'est pas complètement faux dans sa seconde partie de carrière, mais totalement injustifié si l'on prend en compte sa période de années 60 où il fit preuve d'une modernité prodigieuse. Ce fut également un cinéaste qui magnifia ses acteurs dans leur insolente beauté et participa à l'édification de leur légende : Marcello Mastroianni, Claudia Cardinale, Sophia Loren, Gina Lollobrigida, Jean-Paul Belmondo, Jacques Perrin, Laurent Terzieff et tant d'autres... Toujours dans l'ombre de Fellini, Visconti ou Risi, Mauro Bolognini mérite vraiment d'être redécouvert à l'aune de ses œuvres sixties d'une élégance racée que l'on appelle aussi le style. Voici une sélection de quatre films qui permettent d'entrer dans l'univers de Mauro Bolognini.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/07/claudia-cardinale-une-icone-de-l-elegance-en-cinq-sequences.html

 

Mauro Bolognini

Mauro Bolognini

Les garçons 1959

Mauro Bolognini, le cinéaste qui magnifia le style à l'italienne : Les garçons ; Le bel Antonio ; Quand la chair succombe ; Le chevalier de Maupin.

Mauro Bolognini a déjà réalisé plusieurs films, plutôt des comédies populaires, quand il rencontre Pasolini qui se teste comme scénariste avant de passer à la mise en scène. On retrouve l'univers du poète dans sa description des délinquants et des prostituées qui sévissent dans les faubourgs de Rome. Ces mauvais garçons, ce sont Laurent Terzieff et Jean-Claude Brialy, deux jeunes hommes sans qualité pour ne pas dire de sombres salauds, qui transportent des armes dans une voiture volée. Pour ne pas éveiller les soupçons, ils embarquent deux prostituées dans leur virée nocturne où ils ne pensent qu'à se battre, boire et baiser. Ces petites frappes à la beauté insolente n'ont aucun état d'âme, si ce n'est d'assouvir leurs instincts les plus vils. En revanche, les filles, Mylène Demongeot Elsa Martinelli ou Antonella Lualdi sont filmées comme des déesses à la grâce innée. Le film se rapproche de ce que sera la Nouvelle Vague française quelques mois plus tard. Ce film, la première réussite de Bolognini, est une évocation sans concession d'une jeunesse italienne qui ne croit qu'au pouvoir de l'argent. Comme le dit Laurent Terzieff en visitant par effraction un palais romain : « Ça doit être bien d'être riche ! »

Le bel Antonio 1960

Mauro Bolognini, le cinéaste qui magnifia le style à l'italienne : Les garçons ; Le bel Antonio ; Quand la chair succombe ; Le chevalier de Maupin.

C'est sans doute le film le plus célèbre de Bolognini qui s'offre l'un des couples les plus glamour de la péninsule : Marcello Mastroianni et Claudia Cardinale. Pourtant, le film raconte comment le mariage entre les deux, ne sera jamais consommé prenant comme hypothèse l'impuissance sexuelle du bel Antonio face à la belle Barbara. Le scénario de Pasolini est bien plus retors qu'une simple panne mécanique, en faisant d'Antonio un séducteur réputé, mais qui se voit en amoureux romantique et cérébral préférant couvrir sa femme de baisers plutôt que de la pénétrer. Au plus grand désarroi de l'intéressée frustrée de ne pas être un objet de désir sexuel. Dans une Sicile écrasée par le catholicisme, le film s'amuse des contradictions d'une société qui combat la luxure, mais ne supporte pas qu'un homme n'honore pas sa femme. Entre comédie de mœurs et drame intimiste, Bolognini trouve un bel équilibre à son film, porté par Marcello Mastroianni, le plus incroyable latin lover de la planète se transformant en amoureux platonique.Un rôle majeur d'un acteur légendaire.

Quand la chair succombe 1961

Mauro Bolognini, le cinéaste qui magnifia le style à l'italienne : Les garçons ; Le bel Antonio ; Quand la chair succombe ; Le chevalier de Maupin.

On l'avoue volontiers, on voue un culte à la beauté de Claudia Cardinale. Et dans ce film où elle retrouve Mauro Bolognini pour la troisième fois, elle possède un charme fou avec son look années 20 à la Louise Brooks. Tout au long de ce film, elle explose de séduction mutine en fille sans le sou qui fait tourner en bourrique un fonctionnaire qui rêve de la posséder tout en estimant qu'elle n'est pas assez bien pour lui socialement. Le film est une merveille esthétique, tourné dans une ville de Trieste singulière par son architecture majestueuse, sa météo pluvieuse et venteuse qui accentuent la détresse d'êtres en mal d'amour. On apprend au fur et à mesure la nature profonde des deux amoureux dont les tempéraments formels ne peuvent que se torturer mutuellement. Cette histoire d'amour pessimiste et mélancolique possède une grâce tenace par la force d'une actrice au sommet de sa puissance érotique. A redécouvrir.

Le chevalier de Maupin 1966

Mauro Bolognini, le cinéaste qui magnifia le style à l'italienne : Les garçons ; Le bel Antonio ; Quand la chair succombe ; Le chevalier de Maupin.

Ce film d'aventures est un petit bijou de fantaisie libertine dans un XVIIIe siècle français que Mauro Bolognini illustre en s'inspirant de la peinture lumineuse de Watteau et coquine de Fragonard. Madeleine de Maupin, incarnée par l'exquise Catherine Spaak, se déguise en homme pour fuir le couvent où elle a passé toute sa jeunesse. En curé ou en militaire, la belle va susciter des émotions ambiguës auprès des hommes, notamment auprès d'un officier viril (Robert Hossein truculent) qui va devenir son confident. Il faut bien avouer que le travestissement de l'héroïne est assez peu crédible mais participe du plaisir du spectateur qui se demande bien comment les hommes ne voient pas qu'ils ont affaire à une fille aussi belle que sexy. Le film reste un merveilleux divertissement au charme suranné, à l'érotisme piquant qui jongle avec la confusion des sentiments. Du vrai cinéma populaire assez singulier dans la filmographie d'un réalisateur réputé pour son sens du sérieux.

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