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Publié par Philippe LENOIR

Martin Scorsese retrouve Robert De Niro dans The Irishman : Retour sur un tandem de légende qui a marqué le cinéma mondial avec Mean Streets ; Taxi Driver ; New York, New York ; Raging Bull ; La valse des pantins ; Les affranchis ; Les nerfs à vif ; Casino.

C'est l'événement cinématographiques de ce mercredi 27 novembre, mais il ne se déroule pas en salles. Martin Scorsese retrouve Robert de Niro, l'acteur fétiche de sa première partie de carrière, dans une superproduction Netflix de 3 h 30 intitulée The Irishman. Cela faisait 24 ans que les deux hommes avaient interrompu cette collaboration démente qui a marqué l'histoire du cinéma mondial. The Irishman est également le retour de Martin Scorsese au film de gangsters avec le rappel de sa vieille garde, soit Harvey Keitel et Joe Pesci. Et un petit nouveau, Al Pacino. Le film qui se veut sombre, violent et mélancolique a été refusé par tous les studios hollywoodiens. Seul Netflix a donné son accord au réalisateur en lui donnant carte blanche pour ces retrouvailles au sommet. Aux Etats-Unis, le film a le droit à une sortie sur grand écran, ce qui était impossible en France, la loi donnant au film en salle une exclusivité de six mois minimum avant d'être diffusé sur un autre média. Martin Scorsese, remonté contre Hollywood, a lancé une polémique sur l'hégémonie des films de superhéros qui porte un coup fatal au cinéma d'auteur en salles. Son autorité a obligé les pontes de Disney et de Marvel à se défendre de l'accusation d'étouffer la création cinématographique. Néanmoins, le fait que l'un des plus grands cinéastes américains trouve refuge sur le géant du streaming est en soi un symptôme de l'évolution du cinéma. Ironie du sort, Joker, un film de superhéros sans effets spéciaux, s'est inspiré du cinéma de Martin Scorsese, notamment de Taxi Driver et de La Valse des Pantins. Warner a même proposé le film à Martin Scorsese avant de le confier à Todd Phillips. Encore plus incroyable, Robert de Niro qui joue dans Joker, connait ainsi le plus gros succès commercial de sa carrière. Ce qui tend à prouver que l'originalité trouvera toujours son public, que ce soit en salle ou en streaming. Mais revenons sur l'essentiel, l'incroyable amitié cinématographique entre Scorsese et De Niro qui trouve son aboutissement dans The Irishman, leur dixième film en commun.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/09/le-film-joker-accuse-d-incitation-a-la-violence.d-autres-films-ont-connu-le-meme-sort-orange-mecanique-taxi-driver-scarface-tueurs-n

Means street 1973

Martin Scorsese retrouve Robert De Niro dans The Irishman : Retour sur un tandem de légende qui a marqué le cinéma mondial avec Mean Streets ; Taxi Driver ; New York, New York ; Raging Bull ; La valse des pantins ; Les affranchis ; Les nerfs à vif ; Casino.

Martin Scorsese qui a déjà tourné deux longs métrages, décide, sur les conseils de John Cassevetes, de s'engager dans un projet personnel qu'il connaît par cœur : les petits voyous de Little Italy à New York. Son acteur fétiche, c'est Harvey Keitel qui hérite du rôle principal. Mais la rencontre qui va tout changer, c'est celle avec Robert de Niro qui occupe l'écran comme jamais. Il interprète un jeune mafieux inconscient qui ne respecte pas le code d'honneur des gangsters. Une petite frappe sans scrupule capable des pires violences pour extorquer des dollars à des gens faibles et malades. Comme son nom l'indique Mean Streets est un film de rue, tourné comme un documentaire sur de jeunes gangsters ambitieux et cruels. La matrice de la trilogie mafieuse de Scorsese avec De Niro qui gagnera en respectabilité dans Les Affranchis et Casino. Mais la filiation entre ces trois personnages majeurs de sa collaboration avec Martin Scorsese est aussi évidente qu'émouvante.

Taxi Driver 1976

Martin Scorsese retrouve Robert De Niro dans The Irishman : Retour sur un tandem de légende qui a marqué le cinéma mondial avec Mean Streets ; Taxi Driver ; New York, New York ; Raging Bull ; La valse des pantins ; Les affranchis ; Les nerfs à vif ; Casino.

L’œuvre de la consécration pour les deux hommes puisque le film reçoit la Palme D'Or à Cannes. Martin Scorsese, comme dans Means Street, aborde la faune new yorkaise, des personnages à la dérive qui ne savent s'exprimer que par la violence. On y retrouve le thème de la culpabilité chrétienne et de la volonté de rédemption d'individus tiraillés entre le bien et le mal. Robert de Niro, vétéran du Vietnam, qui parcourt New York dans son taxi, dégoûté de voir la ville tomber dans le vice, la corruption et la décadence, semble habité par la folie qui le gagne peu à peu. En voulant sauver une jeune prostituée de son triste sort, Travis va commettre un massacre en étant convaincu d'avoir une mission divine à accomplir. Avec à la clef la scène culte de De Niro au cinéma, ce monologue devant son miroir où il s'adresse à un méchant imaginaire avec cette interrogation maintes fois imitée : « You're talking to me ? ». Culte.

New York, New York 1978

Martin Scorsese retrouve Robert De Niro dans The Irishman : Retour sur un tandem de légende qui a marqué le cinéma mondial avec Mean Streets ; Taxi Driver ; New York, New York ; Raging Bull ; La valse des pantins ; Les affranchis ; Les nerfs à vif ; Casino.

C'est sans doute l’œuvre maudite du couple Scorsese/De Niro, car même avec un peu d'indulgence, on doit avouer que c'est un film raté. Scorsese et de Niro sont sous cocaïne depuis le succès international de Taxi Driver. Tous deux acceptent de participer à ce film qui doit ressusciter la comédie musicale de l'âge d'or de Hollywood. C'est un film de commande, mais Scorsese qui a attrapé la grosse tête fait réécrire le scénario plusieurs fois, impose De Niro auprès de Liza Minnelli pour qui le film est produit, fait construire des décors grandioses... Le script n'étant pas prêt, il improvise sur le tournage et dépasse très vite le budget initial. En plus, son premier montage dépasse les quatre heures et demie. Malgré une coupe qu ramène le film à 2 h 43, Martin Scorsese n'arrive pas à rendre son film cohérent. Épuisé par la pression et sa toxicomanie, il lâche l'affaire. Le film sortira dans une version de deux heures et demie qui sera un échec commercial. C'est le premier symptôme des dérives du Nouvel Hollywood qui atteindra son apogée avec La porte du paradis de Michaël Cimino deux ans plus tard.

Raging Bull 1980

Martin Scorsese retrouve Robert De Niro dans The Irishman : Retour sur un tandem de légende qui a marqué le cinéma mondial avec Mean Streets ; Taxi Driver ; New York, New York ; Raging Bull ; La valse des pantins ; Les affranchis ; Les nerfs à vif ; Casino.

De l'échec cuisant de New York, New York, va sortir le chef d’œuvre du tandem Scorsese/De Niro. Cette biographie du boxeur Jake La Motta, fait entrer le duo dans l'histoire du cinéma. Sur le plan de la réalisation, Martin Scorsese démontre une virtuosité qui frise le génie dans un noir et blanc quasiment irréel. Les scènes de boxe sont monumentales, filmées sans aucun souci de réalisme. Ce qui compte, c'est la mythologie du combat avec des ralentis qui donnent aux coups reçus une esthétique de la violence qui déforme les corps et les visages. Encore aujourd'hui, la mise en scène de Raging Bull est vertigineuse. Quant à Robert de Niro, il y trouve le rôle le plus intense de sa carrière avec celui de Noodles dans Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. Une performance marquée par sa prise de poids, mais surtout par un jeu d'acteur dément. Toute la folie paranoïaque de La Motta, boxeur besogneux et rageur, est mise en évidence par De Niro en état de grâce avec l'Oscar du meilleur acteur à la clef.

La valse des pantin 1983

Martin Scorsese retrouve Robert De Niro dans The Irishman : Retour sur un tandem de légende qui a marqué le cinéma mondial avec Mean Streets ; Taxi Driver ; New York, New York ; Raging Bull ; La valse des pantins ; Les affranchis ; Les nerfs à vif ; Casino.

Un excellent film, mais qui va connaître un échec commercial cuisant. C'est bien dommage, car c'est l'une des œuvres les plus passionnantes du tandem Scorsese/De Niro. Le public a sans doute été décontenancé par un film à la réalisation simple après la virtuosité de Raging Bull. La présence de Jerry Lewis en star comique sinistre et cynique a également emmené les spectateurs sur une fausse piste. En effet, le film s'avère sage en apparence, mais le thème lui est quasiment prophétique sur la volonté d'être célèbre à tout prix. De Niro incarne un individu quelconque, persuadé de posséder un talent comique inné. Admirateur de Jerry Lewis, il se met à le harceler pour qu'il lui donne sa chance à la télévision. Comme souvent, Scorsese réalise le portrait d'un sociopathe qui s'ignore. Et De Niro, sous son apparence débonnaire cache un homme schizophrène et mythomane. Dans le sous-sol de l'appartement de sa mère, à l'instar d'un tueur en série, il dégaine ses vannes devant un public imaginaire dont les rires ne résonnent que dans sa tête. A bien y réfléchir, un personnage aussi dangereux que le taxi driver.

Les affranchis 1990

Martin Scorsese retrouve Robert De Niro dans The Irishman : Retour sur un tandem de légende qui a marqué le cinéma mondial avec Mean Streets ; Taxi Driver ; New York, New York ; Raging Bull ; La valse des pantins ; Les affranchis ; Les nerfs à vif ; Casino.

Retour chez les mafieux italo-américains de Manhattan. Mais si Robert de Niro est au centre de l'affiche, ce n'est pas lui la vedette du film, mais plutôt Ray Liotta. Le film est néanmoins un film choral sur un clan de gangsters. Moins réaliste que Means Street, Les Affranchis joue davantage la carte de la nostalgie, voire de l'affection pour ces gangsters. Ce qui n'empêche pas de montrer comme souvent des hommes qui ne savent s'exprimer que par la violence. C'est une vision sans lyrisme des gangsters que livre Scorsese. On se retrouve le dimanche pour le barbecue, on fait étalage de son mauvais goût et de son inculture, on sort son flingue pour un regard... Robert de Niro pourrait presque passer pour le sage du clan mafieux, celui qui tente de mettre un peu de bon sens chez des affranchis qui n'ont rien dans la tête. D'ailleurs, De Niro se fait voler la vedette par Joe Pesci, tueur teigneux et psychopathe. Par ses arcs narratifs multiples, sa mise en scène virtuose, ses scènes de comédie et ses fulgurances de violence, Les Affranchis reste un maitre étalon de la filmographie de Martin Scorsese. Sans doute le film qui a inspiré l'immense série Les Sopranos.

Les nerfs à vif 1991

Martin Scorsese retrouve Robert De Niro dans The Irishman : Retour sur un tandem de légende qui a marqué le cinéma mondial avec Mean Streets ; Taxi Driver ; New York, New York ; Raging Bull ; La valse des pantins ; Les affranchis ; Les nerfs à vif ; Casino.

On va dire que c'est un film mineur de Martin Scorsese. D'autant qu'il s'agit d'un remake d'un film de Jack Lee Thompson avec Robert Mitchum et Grégory Peck qui n'avait pas laissé de souvenirs impérissables. De toute évidence, le projet passionnait surtout Robert de Niro qui voulait jouer ce Max Cady, tueur psychopathe qui, tout juste sorti de prison, veut se venger de l'avocat qui l'a mal défendu. Scorsese se met au service de sa star qui, il faut l'avouer, se délecte de tous les tics d'acteur qui ont fait sa gloire. Le film est d'ailleurs à la limite de la farce et du thriller horrifique, sorte de série B dopée à la réalisation clinquante. Une sorte de plaisir coupable dont on retient la perversité et la malice, notamment la scène de séduction entre De Niro et Juliette Lewis et sa vision d'une famille dysfonctionnelle dans laquelle le tueur va s'infiltrer. Scorsese a décidé de s'amuser et offre un vrai film de genre dont la fin grandiloquente et christique gâche un peu le plaisir. De Niro, ultra musclé et tatoué, jubile... Tout le monde est content.

Casino 1995

Martin Scorsese retrouve Robert De Niro dans The Irishman : Retour sur un tandem de légende qui a marqué le cinéma mondial avec Mean Streets ; Taxi Driver ; New York, New York ; Raging Bull ; La valse des pantins ; Les affranchis ; Les nerfs à vif ; Casino.

La trilogie mafieuse se termine loin de New York, puisque Martin Scorsese s'exporte à Las Vegas dans les casinos tenus par les gangsters. Depuis Mean Streets, Robert de Niro a fait du chemin, car il est désormais le riche directeur d'un casino de Sin City. L'ouverture du film est prodigieuse. De Niro monte dans sa voiture, met le contact et explose dans un déluge de feu qui lance le générique de Saul Bass. Le film est souvent vu comme un doublon des Affranchis, ce qui n'est pas faux. Même voix off, même manière documentaire de décrire les arcanes de l'économie mafieuse au sein de Las Vegas et De Niro/Pesci dans des personnages très similaires. De fait, le spectateur est en terrain connu. Mais le savoir-faire du tandem provoque encore des étincelles, explorant la fascination du héros pour les paillettes de Vegas tout en l'entraînant dans une histoire d'amour passionnante avec une aventurière sexy jouée par Sharon Stone. Une fois de plus, Scorsese filme la chute d'un homme qui s'est brûlé les ailes à trop vouloir briller. Robert de Niro y trouve l'un de ses rôles les plus accomplis chez son mentor, tout en retenue. Son regard quand il voit Sharon Stone pour la première fois est si intense qu'on comprend instantanément que l'amour va le conduire à sa perte. Du grand cinéma.

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