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Publié par Philippe LENOIR

La Cinémathèque rend honneur à Alfred Hitchcock, le maître absolu du cinéma. Nos cinq films majeurs : Fenêtre sur cour ; Vertigo ; La mort aux trousses ; Psychose ; Les Oiseaux.

C'est l'événement cinéphile de cette fin d'année 2019. La cinémathèque française propose une intégrale Alfred Hitchcock du 27 novembre 2019 au 25 janvier 2020. Autant dire qu'il n'y a rien à mettre de côté dans une œuvre aussi colossale. Alfred Hitchcock est un cinéaste qui, encore aujourd'hui, est à même de réunir avec la même ferveur tous les publics, juste récompense pour un artiste qui a toujours mis le spectateur au cœur de ses films. Sa théorie du suspense en est la preuve. Elle a, pour seul objectif, de conditionner le spectateur pour lui procurer des émotions intenses par sa science de la mise en scène. Sa vénération pour l'image, le mouvement, l'éclairage, le montage ont fait de lui un pur inventeur, expérimentant les formes les plus audacieuses tout en respectant les codes de la grammaire hollywoodienne. Hitchcock, amuseur affiché de l'industrie du cinéma américain, était dans le même temps un auteur capable d'innover en permanence sur le langage filmique. Visionnaire, il fut le premier cinéaste à cultiver sa propre aura en apparaissant dans ses films, en présentant sa propre série à la télévision... Son nom même est devenu un qualificatif pour évoquer des histoires à suspense ou des héroïnes blondes à la froideur de façade. Sans doute ce qui fait aujourd'hui, la valeur universelle de son œuvre qui continue de produire ses effets, quarante ans après sa mort. Cette valeur s'est dans le même temps, bonifiée au point que ses meilleurs films sont désormais qualifiés d’œuvres d'art au même titre qu'un tableau de Picasso.

Alfred Hitchcock pendant la promotion des Oiseaux

Alfred Hitchcock pendant la promotion des Oiseaux

Il est bien difficile de faire le tri dans une filmographie aussi dense et cohérente, surtout dans sa fructueuse période hollywoodienne. Les images se bousculent : le regard halluciné de Mrs Danvers dans Rebecca, le baiser entre Cary Grant et Ingrid Bergman dans Les Enchaînés, le verre de lait à la blancheur inquiétante de Soupçons, le reflet du meurtre dans le verre des lunettes dans L'inconnu du Nord-Express, le regard de Henry Fonda dans Le Faux coupable, les coups de cymbales de L'homme qui en savait trop, la paire de ciseaux dans Le crime était presque parfait, le baiser fougueux de Grace Kelly à Cary Grant à la lueur d'un feu d'artifice dans La main au collet, le vol d'argent de Tippi Hedren dans Pas de printemps pour Marnie, le meurtre qui n'en finit pas d'un agent est-allemand par Paul Newman dans Le Rideau déchiré.... Et tant d'autres qu'on oublie, même dans ses films mineurs de ses périodes anglaises du début et de sa fin de carrière. En tout 58 long-métrages à redécouvrir sur grand écran pour ceux qui ont la chance de se rendre à la Cinémathèque. Voici à suivre nos cinq incontournables de Sir Alfred Hitchcock tournés à son apogée hollywoodienne.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/05/doris-day-la-blonde-rassurante-de-l-amerique.html

http://philippelenoir-popculture.com/2019/06/nos-cinq-films-romantiques-casablanca-elle-et-lui-vertigo-les-parapluies-de-cherbourg-et-sur-la-route-de-madison.html

http://philippelenoir-popculture.com/2019/06/super-mario-bava-maitre-du-cinema-bis-a-cinecitta.html

Fenêtre sur cour 1954

La Cinémathèque rend honneur à Alfred Hitchcock, le maître absolu du cinéma. Nos cinq films majeurs : Fenêtre sur cour ; Vertigo ; La mort aux trousses ; Psychose ; Les Oiseaux.

L'un des films préférés des cinéphiles,car sous son aspect traditionnel de thriller, il s'agit d'une réflexion très aboutie sur la création cinématographique. James Stewart, reporter photographe, jambe dans le plâtre est contraint de rester chez lui. En pleine canicule, il se plaît à observer le quotidien de ses voisins qui vivent en face de chez lui. Un condensé de l'existence où se mêlent l'amour, la solitude, le désir que le photographe tente d'imaginer. Son regard va se focaliser sur un représentant de commerce qu'il va soupçonner d'avoir tué sa femme. Tout le film se déroule dans le regard de ce photographe impuissant à agir, à l'instar d'un spectateur devant un écran de cinéma. C'est sa fiancée, Grace Kelly, qui sera obligée de prendre les risques à sa place alors qu'il lui reproche son manque de goût pour l'aventure. Sous l'intrigue policière plaisante à suivre de bout en bout, se juxtapose une réflexion brillante sur l'art cinématographique. Car le film est une prouesse technique avec un seul décor, des fenêtres comme des écrans multiples, des plans larges ou resserrés selon que le photographe regarde à l’œil nu, aux jumelles ou au télé-objectif, une évocation du découpage et du montage quand James Stewart suit du regard sa fiancée et le meurtrier à des étages différents.... Un film sur le regard qui offre de fascinantes perspectives sur notre imaginaire tout en étant drôle, intelligent et palpitant.

Vertigo (Sueurs froides) 1958

La Cinémathèque rend honneur à Alfred Hitchcock, le maître absolu du cinéma. Nos cinq films majeurs : Fenêtre sur cour ; Vertigo ; La mort aux trousses ; Psychose ; Les Oiseaux.

Le titre original Vertigo a fini par se substituer à Sueurs froides, sa médiocre traduction française. Car ce film du maître du suspense est bien plus qu'un thriller, c'est un poème à l'amour fou d'un homme pour une femme dont il ne pourra pas empêcher la mort à deux reprises. C'est le film le plus fascinant de son auteur, porté par James Stewart qui y trouve l'un des rôles les plus intenses de sa prestigieuse carrière. Il est Scottie, ancien flic reconverti en détective à cause de son vertige, qui est engagé par un ami pour surveiller sa jeune épouse Madeleine. Au cours de sa filature, Scottie va découvrir l'étrange existence de cette femme qui semble suicidaire. Amoureux d'elle, il ne pourra pas la sauver de sa chute d'un clocher d'église à cause de son vertige. Plusieurs mois après le drame, il rencontre Judy qui ressemble à la défunte. Il va la contraindre à se transformer au point de devenir Madeleine. Il y a bien une intrigue policière relativement cohérente dans Vertigo. Mais Hitchcock s'en moque, ce qu'il filme, c'est la beauté de Kim Novak qui va rendre fou amoureux le héros. Le film est une splendeur incomparable notamment dans la filature qui montre une Californie mystérieuse et romantique. C'est une œuvre fétichiste et érotique sur l'héroïne hitchcockienne ultime. De l'enroulement de son chignon jusqu'à son tailleur gris, Madeleine est un fantasme de cinéma, une fabrication de l'esprit qu'on ne peut posséder. Chef d’œuvre absolu,Vertigo occupe la tête de plusieurs listes le classant comme le plus grand film de tous les temps.

La Mort aux Trousses 1959

La Cinémathèque rend honneur à Alfred Hitchcock, le maître absolu du cinéma. Nos cinq films majeurs : Fenêtre sur cour ; Vertigo ; La mort aux trousses ; Psychose ; Les Oiseaux.

Sans doute le film le plus célèbre d'Alfred Hitchcock avec ses morceaux de bravoure entrés dans la légende : Cary Grant poursuivi par un avion et le final sur le Mont Rushmore. Mais c'est en fait tout le film qui se trouve être une pure merveille, un chef d’œuvre portant en lui tous les atours du film d'aventures parfait. Avec une grâce et une légèreté incarnées par l'immense Cary Grant, publicitaire à succès de Madison Avenue qui va être pris pour un espion poursuivi par des tueurs à travers l'Amérique. Il s'agit d'une fantaisie haut de gamme dans laquelle Hitchcock place toutes ses obsessions de mise en scène et ses thèmes de prédilection. Jusqu'à l'absurde quand on apprend que Cary Grant est pris pour un espion qui n'existe pas. Mais ce qui compte, c'est l'action, le mouvement, le suspense, l'homme ordinaire pris dans un engrenage infernal, la tension sexuelle entre le héros et une espionne blonde (Eva Marie-Saint), le langage cinématographique dans sa pureté primitive... Tous les films d'actions jusqu'à aujourd'hui doivent beaucoup à La Mort aux Trousses. Alfred Hitchcock est dans ce film, à l'apogée de sa carrière, celle où il maîtrise son art à la perfection. Totalement irrésistible

Psychose 1960

La Cinémathèque rend honneur à Alfred Hitchcock, le maître absolu du cinéma. Nos cinq films majeurs : Fenêtre sur cour ; Vertigo ; La mort aux trousses ; Psychose ; Les Oiseaux.

Après la débauche de moyens de La Mort aux Trousses, Alfred Hitchcock, contre toute attente, s'investit dans un film en noir et blanc à petit budget. C'est le film le plus horrifique du cinéaste qui met en place les bases du slasher dans lesquelles vont puiser John Carpenter ou Wes Craven. Mais Psychose est bien plus qu'un film de genre, c'est un précis de mise en scène dans lequel Hitchcock expérimente, invente en toute liberté. Et c'est évidemment cette fameuse scène de la douche qui occupe l'essentiel de ses préoccupations d'artiste. Elle conserve un degré de perfection unique dans l'histoire du cinéma. Sept jours de tournage, 70 plans différents qui permettront à Janet Leigh d'entrer dans la légende. Sa Marion Crane, héroïne du film, meurt au bout de 45 minutes du film, créant l'effroi des spectateurs quand il la découvre nue, l’œil ouvert fixant la caméra. Jamais Hitchcock n'avait autant joué avec les spectateurs, de la fuite de Marion avec son butin, de son arrivée au motel Bates jusqu'à la douche fatale. Encore après, le cinéaste invite le spectateur à à la bienveillance pour le gérant du motel. La scène de la voiture qui a tant de mal à couler dans l'étang montre le degré de manipulation du cinéaste. La seconde partie du film ne doit jamais être racontée comme le disait le maître. Objet d'études sans fin, Psychose semble être le film le plus théorique d'Hitchcock. Pourtant Gus Van Sant qui en a réalisé un remake plan par plan, n'a pas su approcher l'original. Hitch reste inimitable !

Les Oiseaux 1963

La Cinémathèque rend honneur à Alfred Hitchcock, le maître absolu du cinéma. Nos cinq films majeurs : Fenêtre sur cour ; Vertigo ; La mort aux trousses ; Psychose ; Les Oiseaux.

Cela reste l'un des films les plus angoissants de l'histoire du cinéma. Et si les oiseaux, créatures inoffensives et insaisissables, se transformaient en tueurs sans pitié pour les hommes ? Sur ce postulat original, Alfred Hitchcock met en place un monument de la terreur en pleine nature à Bodega Bay, commune pittoresque de la Californie. Les scènes d'attaque des oiseaux restent très spectaculaires, notamment quand ils prennent pour cible les écoliers qui fuient en hurlant pour rejoindre le village. Le maître enchaîne les séquences de terreur avec des espèces d'oiseaux réputés inoffensifs. Jusqu'au final toujours aussi impressionnant où les héros sortent de la maison, marchent au milieu de milliers d'oiseaux soudainement assagis avant de monter en voiture. La force du film est de ne pas donner d'explications à cette révolte des oiseaux. Hitchcock tente bien des approches psychanalytiques pour ébaucher ce qui pourrait être une raison à ce dérèglement mystérieux. Le caractère névrosé de son héroïne semble soutenir la thèse qu'elle serait la cause de cette révolte à plumes. Après tout, c'est d'évidence elle que les oiseaux assaillent. Notamment lors de la fameuse scène où ils se jettent sur Tippi Hedren, assimilant cette attaque à un viol. Hitchcock a préféré laisser le mystère, nous invitant surtout à se souvenir qu'on n'est jamais moins à l'abri qu'enfermer chez soi.

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