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Publié par Philippe LENOIR

James Dean ressuscité en images de synthèse, permet de perpétuer l'un des mythes fondateurs de la pop-culture

Comment un acteur mort à 24 ans en 1955 en n'ayant tourné que trois films, peut-il encore soulever autant de passion aujourd'hui ? L'annonce de la recréation de James Dean par la magie du numérique pour les besoins d'un film, a provoqué une déflagration mondiale en quelques heures. C'était sans aucun doute l'objectif recherché par les obscurs réalisateurs Anton Ernst et Tati Golykh qui ont obtenu, par le biais de leur société de production Magic City Films, les droits d'exploitation de l'image de l'icône disparue. Comble de la honte, le pauvre Jimmy n'y aura qu'un second rôle, celui d'un soldat sauvant des chiens pendant la guerre du Vietnam. A se demander qui peuvent être les ayant-droits de James Dean qui ont déjà cédé l'image de leur aïeul pour vendre des burgers de chez McDonald ? Le plus drôle est peut-être d'entendre des acteurs de Hollywood s'offusquer de la nouvelle, eux qui cherchent tous à décrocher une rente à vie en jouant des super-héros de synthèse gesticulant devant des fonds verts. Et si c'était James Cameron qui annonçait que James Dean tenait un rôle sous forme d'un hologramme dans Avatar la suite, dirait-on que c'est un charognard... Le plus étonnant dans cette misérable annonce est de constater la persistance de la ferveur qui entoure James Dean. Car même s'il est malmené par ses héritiers, Jimmy reste un mythe fondateur de la pop-culture. En voici les raisons en quatre points.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/09/nicholas-ray-cineaste-hollywoodien-du-tragique-flamboyant-a-la-cinematheque.nos-films-preferees-les-amants-de-la-nuit-le-violent-joh

James Dean ressuscité en images de synthèse, permet de perpétuer l'un des mythes fondateurs de la pop-culture

Trois films où il explose le cadre

James Dean n'a tourné que trois films, mais ses performances ont vraiment marqué des générations de spectateurs. Même si on peut regretter ses tics de jeu affecté de l'Actor's Studio, la jeune star reste un acteur éblouissant qui a eu la chance d'être choisi par deux grands directeurs d'acteurs, Elia Kazan dans A l'est d'Eden et Nicholas Ray dans La fureur de vivre. Dans ces deux rôles assez similaires, James Dean impose une présence physique, distille un charme subtil et subjugue par l'expression de ses tourments intérieurs. Ses pulsions de violence, ses manques affectifs, ses maladresse romantiques, ses craintes de devenir un adulte sont toujours intenses et permettent encore aux jeunes gens de s'identifier à lui. C'est aussi le cas dans Géant, même si le film est assez médiocre. Il est d'autant plus décevant que James Dean n'y tient qu'un rôle secondaire, ce qui surprend toujours, tellement le film reste associé à sa performance. En roue libre, il surclasse en quelques scènes majeures, le pauvre Rock Hudson bien falot dans cette interminable saga du capitalisme pétrolier.

La figure du teenager

James Dean est sans doute l'acteur qui a lancé une figure majeure de la culture occidentale de l'après-guerre. Celui du teenager qui s'impose comme une catégorie sociale pleine et entière, même si celle-ci possède un statut éphémère par nature. Sauf dans le cas de James Dean qui meurt à 24 ans dans des circonstances qui forgent une légende : à bord d'une Porsche Spyder lancée à grande vitesse sur une route de Californie où il sera tué sur le coup dans une collision fatale. Ce destin brutal rappelle la course trompe-la-mort vers la falaise de La fureur de vivre qui dessine les contours d'une jeunesse désorientée prête à se sacrifier pour ne jamais vivre les désillusions de leurs parents. « Vivre vite, mourir jeune et laisser un beau cadavre », la citation du romancier Willard Motley, semble avoir été imaginée pour l'acteur. Le rebelle sans cause devient avec James Dean une figure de style, celle de la jeunesse éternelle qui domine la société de consommation jusqu'à l'excès désormais. Sa grâce très féminine et la révélation de sa bisexualité ont renforcé sa stature d'icône de la modernité teenager.

Une référence de la pop music

Rien n'atteste que James Dean fut amateur de pop music, un terme qui n'existait pas dans les années cinquante. A priori, plutôt influencé par la culture beat, on peut facilement imaginer qu'il écoutait du jazz. Néanmoins, l'acteur est incontestablement une figure du rock. Sa coiffure, ses vêtements, ses Ray-Bans, sa Porsche décapotable, sa dégaine cool et sexy ont fait de lui la référence ultime des rockers, de Elvis Presley à notre Johnny Hallyday. Les Beach Boys, les Eagles, Madonna ont chanté ses louanges ; Lou Reed, Bruce Springsteen, Elton John y font référence au détour d'un couplet ; même les superstars d'aujourd'hui, de Beyoncé à Asap Rocky, de Lady Gaga à Ariana Grande rendent hommage à la star défunte. En France, il aura même droit à une comédie musicale, La légende de Jimmy, écrite par Michel Berger et Luc Plamondon, les auteurs à succès de Starmania. De la chanson populaire à l'avant-garde underground, James Dean continue d'inspirer la musique sans aucun autre équivalent masculin et féminin, excepté peut-être Elvis...

Une gravure de mode

James Dean est une figure du cool , mais aussi une véritable gravure de mode. Encore aujourd'hui, son habillement dans ses trois films participe de sa légende. La classe absolue et intemporelle ! Sa tenue la plus célèbre reste celle du blouson rouge, tee-shirt blanc et jean brut de La fureur de vivre. Un indémodable qui force encore le respect aujourd'hui. Pour notre part, on lui préfère l'élégance monochrome qu'il expose dans A l'est d'Eden avec sa chemise claire portée sous un pull beige court col en V et un pantalon blanc cassé taille haute. Même sa tenue de cow-boy texan dans Géant est un sommet du cool. Pareil pour ses lunettes de vue, des montures d'un chic absolu sans parler de ses fameuses Ray-Bans Clubmaster. James Dean possède une élégance beatnik échafaudée dans les boutiques de Greenwich Village, le quartier bohème de Manhattan dans les fifties. Car Jimmy est un parangon du chic new yorkais plus que du cool californien. Ce n'est pas pour rien que sa photo la plus iconique reste celle prise sous la pluie à Time Square désert où il relève le col de son manteau noir en baissant la tête. Une scène à voir dans le très beau film Life d'Anton Corbijn qui raconte le reportage photographique réalisé par Denis Stock (Robert Pattinson) subjugué par le charisme de James Dean (Dane Dehaan ).

 

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