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Publié par Philippe LENOIR

Peaky Blinders, la chronique sanglante et tourmentée du clan Shelby à Birmingham

La saison 5 de Peaky Blinders, en ligne sur Netflix depuis quelques semaines, arrive sur Arte, jeudi 24 octobre , où la série est diffusée depuis son origine. Six épisodes pour renouer avec la famille Shelby dirigée par le fascinant Thomas qui règne sur les quartiers ouvriers de Birmingham. Ce programme phare de la BBC est devenu un phénomène mondial qui suscite une ferveur comme seules peuvent en susciter les grandes fictions télévisées. Récemment Brad Pitt et Snoop Dog ont offert leurs services pour intégrer Peaky Blinders. On les comprend, car cette série entre sans conteste dans le cercle des œuvres majeures du petit écran. On y retrouve la dimension tragique, historique et romantique des grands films de gangsters qui ont fait la réputation de Scorsese ou de Coppola, ceux là mêmes qui viennent de dire tout le mal qu'ils pensaient de l'hégémonie des super-héros Marvel sur grand écran. Bien obligé d'admettre qu'il y a plus de cinéma dans Peaky Blinders que dans la plupart des blockbusters qui déferlent dans les salles obscures.

Le showrunner de la série, Steven Knight, scénariste pour David Cronenberg ou Stephen Frears, a su donner une véritable ampleur à sa saga par une mise en scène virtuose, un scénario excitant et par la création de personnages attachants. Ce qui frappe en premier c'est le contexte même de la série qui démarre au lendemain de la guerre de 14/18 au cœur de la cité ouvrière de Birmingham, haut-lieu de la sidérurgie anglaise pendant la Révolution Industrielle. La deuxième ville d'Angleterre a rarement eu droit aux honneurs de la fiction à cause de sa réputation de ville triste, violente et paupérisée. La série ne cache rien de sa misère, mais lui donne une âme en montrant ses rues comme illuminées par les étincelles de feu des haut-fourneaux. Une cité de l'enfer où règnent donc les Shelby, des gitans sédentarisés dont les hommes sont revenus traumatisés des tranchées de la Grande Guerre. Des gangsters tirés à quatre épingles qui portent des casquettes dont les visières dissimulent des lames de rasoir. Leur business illicite concerne au début les paris clandestins avant de se diversifier dans le crime organisé. Au sommet de l'organisation des Peaky Blinders, Thomas Shelby, incarné par le magnétique Cillian Murphy, domine la série par sa personnalité ambivalente faite de romantisme, de violence, de machiavélisme, de charme, le tout pour s'extraire de sa condition de gangster et devenir un homme d'affaires respecté. Héros de guerre, il semble avoir laissé dans les tranchées toute ses émotions, tout en étant capable de tout perdre pour Grace, la barmaid espionne dont il tombe fou amoureux.

Si la série est aussi accrocheuse, elle l'est en grande partie par ce personnage central qui possède un charisme inquiétant, un regard d'une tristesse infinie et des coups de folie redoutables. Dans la famille Shelby, il faut également compter sur Arthur, le frère aîné, délirant cocaïnomane ravagé par la guerre et Tante Polly, maîtresse femme du clan qui tient les comptes. Tout ce petite monde évolue dans une mise en scène esthétique en clair-obscur sur une bande-son anachronique marquée par le rock de Nick Cave, PJ Harvey ou Artic Monkeys. Au fil des saisons, les Peaky Blinders vont rencontrer la grande Histoire, celle de la montée du communisme chez les ouvriers, l'indépendantisme de l'Irlande, l'exil des aristocrates russes, la Prohibition aux États-Unis, la crise économique... Le tout en se frottant à la police de Winston Churchill dont ils seront parfois les auxilliaires. Thomas Shelby devient même député travailliste, ce qui démontre les liens incestueux entre le monde politique, des affaires et du crime organisé. La série est magistrale de bout en bout provoquant un culte mondial mérité. La production annonce encore deux saisons pour permettre à Thomas Shelby de voir l'Angleterre résister à l'Allemagne nazie. Un film serait également en préparation, ce qui n'est pas forcément le projet le plus irrésistible. Peaky Blinders, c'est devant la télé que ça se savoure, épisode après épisode, dès que le générique sonne sur le Red Right Hand de Nick Cave.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/10/nick-cave-sort-ghosteen-un-album-sepulcral-et-envoutant-lie-au-deuil-de-son-fils.les-cinq-chansons-qui-nous-ont-subjugues-du-rocker

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