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Publié par Philippe LENOIR

Gérard Philipe, jeune premier éternel du cinéma français en cinq films : Le diable au corps ; Une si jolie petite plage ; Monsieur Ripois ; Montparnasse 19 ; Les liaisons dangereuses

Gérard Philipe, icône du cinéma français de l'après-guerre, a disparu, il y a soixante ans, à l'âge de 36 ans d'un fulgurant cancer du foie. Jérôme Garcin, époux de la fille de l'acteur, raconte dans Le dernier hiver du Cid (Gallimard), ses dernières semaines d'agonie. A sa mort, la France entière pleure la star qui a enflammé les planches de théâtre au sein du prestigieux TNP de Jean Vilar. Sa beauté romantique qui a illuminé le grand écran en a fait le jeune premier dont toutes les femmes sont amoureuses. Plus que une vedette de cinéma, Gérard Philipe incarne également une conscience politique, engagé dans la Résistance pendant la guerre, puis en se positionnant comme compagnon de route du Parti Communiste Français. Aujourd'hui, son nom est accolé à de nombreux théâtres et établissements scolaires, mais il faut bien avouer que son étoile ne brille plus vraiment. L'été dernier, le festival d'Avignon a omis de rendre hommage à celui qui rayonna dans la cour du palais des Papes dans Le Cid ou Le Prince de Hombourg. De même, sa filmographie est éreintée pour son absence d’œuvres majeures. François Truffaut en fit même la Tête de Turc de la Nouvelle Vague, qu'il était indirigeable et le qualifiant d'idole du public féminin de 14 à 18 ans. «  Il faut avoir entendu Gérard Philipe réciter des poèmes pour imaginer le plaisir que l'on pourrait éprouver à étrangler un comédien » déclara le réalisateur des 400 Coups. Il faut bien avouer que Gérard Philipe possède une filmographie très moyenne au regard de son pouvoir sur le cinéma des années 50. Trop d'adaptations littéraires du XIXe siècle, une faculté à tourner dans les films mineurs de bons cinéastes... Néanmoins, tout n'est pas à jeter, loin de là car si Gérard Philipe se contenta trop souvent de gérer son image de romantique, il fut capable de varier les plaisirs. Retour sur cinq films à redécouvrir.

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Le diable au corps Claude Autant-Lara 1947

Gérard Philipe, jeune premier éternel du cinéma français en cinq films : Le diable au corps ; Une si jolie petite plage ; Monsieur Ripois ; Montparnasse 19 ; Les liaisons dangereuses

Cette adaptation du sulfureux roman de Raymond Radiguet lance la carrière de Gérard Philipe au cinéma. Le film fera également scandale par son sujet : une femme dont le mari est au front de la Grande Guerre tombe amoureuse d'un homme bien plus jeune qu'elle. En fait, Micheline Presle et Gérard Philipe ont le même âge, ce qui est quand même un peu gênant si l'on s'en tient au roman. Néanmoins, Autant-Lara, anar de droite provocateur, se régale de choquer la bien-pensance en mettant en scène un adultère sensuel et passionné où l'épouse se réjouit des permissions annulées de son mari. De même, la charge anti-militariste du film scandalise au sortir de l'Occupation, d'autant que le couple assume son bonheur et sa sexualité tandis que des milliers d'hommes meurent au champ d'honneur. Gérard Philipe y gagne ses galons de jeune premier avec maestria, d'autant qu'il sait donner à son personnage une veulerie subtile.

Une si jolie petite plage Yves Allégret 1948

Gérard Philipe, jeune premier éternel du cinéma français en cinq films : Le diable au corps ; Une si jolie petite plage ; Monsieur Ripois ; Montparnasse 19 ; Les liaisons dangereuses

C'est un film méconnu, voire oublié, qui mérite vraiment d'être redécouvert. Une œuvre pessimiste dans une tradition du réalisme poétique du cinéma français qui se déroule dans une station balnéaire de la baie de Somme battue par les vents et la pluie d'hiver. Gérard Philipe y incarne un mystérieux jeune homme qui débarque seul, prend une chambre d'hôtel et se promène sur la grève en quête de ses souvenirs de jeunesse . L'acteur y trouve un rôle d'homme tourmenté par le malheur dont on découvrira le secret au fil du temps. Un film noir sans un seul rayon de soleil où la star habitée par son personnage est bien soutenue par ses partenaires Madeleine Robinson, Jean Servais et Julien Carette. La photographie de Henri Alekan est somptueuse, la mise en scène est rigoureuse et le jeu des comédiens intense. Bien meilleur que Les orgueilleux que Gérard Philipe tournera sous la direction d'Yves Allégret avec Michèle Morgan où le jeune premier joue un alcoolo affecté aux frontières du cabotinage.

Monsieur Ripois René Clément 1953

Gérard Philipe, jeune premier éternel du cinéma français en cinq films : Le diable au corps ; Une si jolie petite plage ; Monsieur Ripois ; Montparnasse 19 ; Les liaisons dangereuses

L'un des meilleurs rôle de Gérard Philipe qui s'échappe de ses personnages d'éternel romantique pour incarner un séducteur indécis et tragique qui cherche l'amour dans les rues de Londres. Moins fauve vénéneux que le Ripley d'Alain Delon du même René Clément ; mais néanmoins, Gérard Philipe s'en rapproche arrivant à se débarrasser de ses tics théâtraux pour embrasser un personnage de cinéma en mouvement. Le film est d'ailleurs assez novateur, anticipant la Nouvelle Vague par la manière dont la caméra filme les rues de Londres avec une modernité légère. Cynique, immature, arriviste, dandy de pacotille,voire misogyne, Monsieur Ripois trouve en Gérard Philipe une incarnation parfaite de l'égoïsme masculin. Le dénouement fatal est d'une cruauté qui échappe à tout romanesque. Celui qui fut tant moqué par les jeunes loups de la Nouvelle Vague démontre dans ce ce film singulier qu'il avait les moyens et l'ambition de casser les codes du jeune premier dont il était trop souvent prisonnier.

Montparnasse 19 Jacques Becker 1957

Gérard Philipe, jeune premier éternel du cinéma français en cinq films : Le diable au corps ; Une si jolie petite plage ; Monsieur Ripois ; Montparnasse 19 ; Les liaisons dangereuses

Ce film est également connu sous le titre Les amants de Montparnasse. C'est au départ un projet de Max Ophuls qui le lâche pour Lola Montès et le transmet à Jacques Becker. Il est considéré comme une œuvre mineure du réalisateur de Casque d'Or, ce qui mériterait peut-être d'être révisé. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui un biopic, celui de la bohème déglinguée de Modigliani dans le Montparnasse de 1919, la dernière année d'existence du peintre italien. Le rôle n'échappe pas tout à fait aux poncifs de l'artiste maudit, fauché et alcoolique, mais Gérard Philipe l'incarne avec intensité, même si on peut regretter ces tics de tragédien romantique. C'est d'autant plus marquant que l'autre rôle marquant du film est joué par Lino Ventura, marchand d'art qui attend la mort de Modigliani pour récupérer ses œuvres à bas prix, qui, comme à son habitude, joue à l'économie. Mais le peintre à la recherche de l'absolu jusqu'à en mourir donne à Gérard Philipe l'occasion, dans le derniers tiers du film, d'une composition magistrale et poignante.

Les liaisons dangereuses Roger Vadim 1960

Gérard Philipe, jeune premier éternel du cinéma français en cinq films : Le diable au corps ; Une si jolie petite plage ; Monsieur Ripois ; Montparnasse 19 ; Les liaisons dangereuses

Un film qui a une mauvaise réputation comme à peu près toute la filmographie de Roger Vadim. Pourtant, cette adaptation moderne du roman épistolaire de Choderlos de Laclos tient plutôt bien la route, rythmée par le jazz de Thelonious Monk. De plus, la satire de la grande bourgeoisie possède une acidité assez réjouissante. Jeanne Moreau en Merteuil et Gérard Philipe en Valmont forment un couple vénéneux et manipulateur fidèle à l'idée qu'on s'en fait habituellement. Ça vaut d'ailleurs pour l'ensemble de la distribution. A l'instar de Monsieur Ripois, Gérard Philipe excelle dans un rôle de séducteur cynique et oisif qui se laisse gagner par le sentiment amoureux. Là encore, il fait corps avec la caméra, évite le jeu affecté et incarne un Valmont auquel le spectateur croit et vibre. Trop souvent cantonné au cinéma académique, Gérard Philipe démontre là encore qu'il avait la capacité à modifier son jeu. La maladie ne lui donnera pas l'occasion de le prouver davantage. Dommage.

 

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