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Publié par Philippe LENOIR

Dorcel, le porno chic à la française, célèbre ses 40 ans en s'en prenant plein les dents

Marc Dorcel est en France, la marque porno la plus célèbre depuis 40 ans, tout du moins jusqu'à la récente hégémonie de Jacquie et Michel, site spécialisé dans l'amateur ludique. Néanmoins, il est indéniable que Dorcel a révolutionné la pornographie en la rendant accessible depuis chez soi dès 1979 et d'en faire un phénomène majeur de la pop-culture. C'est le coup de génie de Marc Dorcel qui, en découvrant les premiers magnétoscopes VHS, comprend que le porno va entrer dans le foyer des Français. La success story du pornographe en chef de l'hexagone s'apparente à celle de tous les capitaines d'industrie. D'origine hongroise, fils de tailleurs, Marcel Herskovits, devenu Marc Dorcel, a démarré dans le business érotique en 1968 par le biais de l'édition de romans et de revues. C'est donc en 1979 qu'il produit et réalise son premier film pour le marché naissant de la vidéo VHS. Bingo, le film explose les compteurs de vente et va lancer le marché du X domestique dont il sera le précurseur et le leader en France, porté par l'émergence de Canal Plus et de son sacro-saint porno du samedi soir.

Le label installe le concept du porno-chic bourgeois avec châteaux cossus, limousines de luxe, et des scènes de sexe où les hommes et les femmes portent beau. Lingerie raffinée, colliers de perles sont de mise pour du porno hard, mais sans toutes les bizarreries que l'on mate aujourd'hui sur les tubes du web. Dorcel se veut une marque premium, signant des exclusivités avec des actrices qui deviennent des objets de fascination pour les médias mainstream. Le concept de la pornstar est né et s'invite dans les talk shows à forte audience pour faire croire que les actrices assument leur sexualité débridée et accomplissent leur rêve de femmes libérées. Bref, le porno devient pop. Si l'on en croit la première Dorcel Girl, Laure Sainclair, sa vie de star du porno était loin d'être si glamour, dénonçant après coup des souffrances physique et morales au cours de ses innombrables tournages qui l'ont traumatisée. Cela n'empêche pas la marque Dorcel de poursuivre son expansion en propulsant d'autres filles comme Mélanie Costes ,Oksanna, Jade Laroche, Anna Polina..

Aujourd'hui, la société qui aime se faire passer pour une start-up du X, s'est diversifiée, s'adaptant avec opportunisme aux évolutions technologiques du numérique, s'affirmant dans le commerce en ligne et la création de boutiques,toujours sur cette politique éditoriale du porno-chic, acceptable pour tous. C'est désormais Grégory Dorcel, fils de Marc, qui dirige l'entreprise dont le siège se trouve dans le prospère 16e arrondissement de Paris où elle emploie une cinquantaine de salariés. Le retour au puritanisme ambiant oblige la société à proposer des campagnes de communication malicieuses basées sur le second degré comme le fameux #Sans les mains où elle offrait un accès illimité à son site, mais en obligeant le bénéficiaire à conserver les deux mains sur le clavier de l'ordinateur. Un carton sur Twitter, mais aussi dans les médias traditionnels qui relaient l'humour déculpabilisant made in Dorcel. La PME érotique qui a toujours fait payer ses contenus, milite contre les géants comme Pornhub qui délivre du porno gratuit au détriment de la protection des mineurs. Elle va même jusqu'à offrir ses films aux établissements publics en charge des dons de sperme pour favoriser la PMA (Procréation Médicalement Assistée).

Bref, la célébration du 40e anniversaire s'annonçait sous les meilleurs auspices du porno citoyen et responsable jusqu'à la parution d'une enquête dévastatrice publiée dans le journal Le Monde, le 13 octobre 2019. Celle-ci évoque les dessous pas si chics de la Dorcel touch, notamment les conditions de travail des actrices, des montages financiers opaques qui permettent à la marque de faire produire du porno low-cost sous d'autres noms pour concurrencer le leader Jacquie et Michel. Bref, en ces temps de retour aux valeurs morales, même la façade glamour du X à la Dorcel est abîmée, renvoyée à sa réalité triviale du profit à tout prix. En même temps, le quotidien Le Monde ne fait que lever une hypocrisie, car qui peut croire sérieusement que l'industrie du sexe puisse être une partie de plaisir pour toutes les femmes.  Pour notre part, on remarquera que les codes du porno ont influencé le divertissement de masse, notamment dans la mode, le cinéma, la musique et les séries télés. On constate, là aussi, que leurs coulisses ne sont pas forcément glamour, reflétant les systèmes de domination en cours. La leçon à retenir, c'est que la pop-culture est un révélateur de nos instincts les plus nobles et les plus vils, une illusion qui nous transcende parfois, nous aide souvent à supporter ce que nous sommes vraiment et nous permet aussi d'assouvir nos fantasmes tant que ceux-ci restent dans la légalité. En ce sens, le porno n'est ni pire ni meilleur que les autres industries du divertissement. Juste humain, trop humain...

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