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Publié par Philippe LENOIR

Brian de Palma, auteur de films mythiques, n'a plus sa place sur grand écran. Nos cinq références du maître : Pulsions ; Blow Out ; Body Double ;L'impasse ; Passion.

Il y a parfois des nouvelles qui font de la peine quand on est passionné de cinéma. Domino, le dernier film de Brian de Palma, une coproduction européenne au budget famélique, tourné au Danemark, vient de sortir directement en vidéo. Autant dire un film sans réelle existence de la part d'un cinéaste majeur qui, à 79 ans, n'a guère de chance de pouvoir encore tourner, même s'il annonce un projet autour du scandale Harvey Weinstein. Représentant flamboyant du Nouvel Hollywood des années 70, Brian de Palma a marqué des générations de cinéphiles autour de films mythiques comme Phantom of the Paradise, Carrie au bal du diable ou Scarface et a enthousiasmé un large public avec des blockbusters comme Les incorruptibles et Mission Impossible. Maniériste baroque sous influence hitchcockienne, cinéaste obsédé par la violence et le sexe, intellectuel féru de psychanalyse, citoyen inquiet des manipulations médiatiques et complots politiques et surtout fou amoureux de cinéma jusqu'à en glorifier toutes les vulgarités, De Palma n'a jamais eu droit aux mêmes honneurs que ses comparses du Nouvel Hollywood, que ce soit Michaël Cimino, Francis Ford Coppola, Steven Spielberg, George Lucas ou Martin Scorsese. Pas un seul Oscar à mettre sur sa cheminée pour un cinéaste qui aurait rapporté plus de 636 million de dollars au box-office. Véritable auteur, même dans ses films les plus commerciaux comme son remarquable Mission Impossible qui lança la carrière d'Action Man de Tom Cruise, Brian de Palma a toujours été le mal-aimé des studios, trop indépendant, trop artiste, trop inégal aussi... Pourtant, sa virtuosité marquée par le plan-séquence, son esthétique de la violence, son obsession du voyeurisme sexuel, ses excès de mauvais goût en ont fait un cinéaste de la modernité qui a influencé les maîtres du cinéma américain d'aujourd'hui que sont Quentin Tarantino, James Gray ou David Fincher. Voici nos cinq films de référence de l’œuvre foisonnante de Brian de Palma.

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Pulsions 1980

Brian de Palma, auteur de films mythiques, n'a plus sa place sur grand écran. Nos cinq références du maître : Pulsions ; Blow Out ; Body Double ;L'impasse ; Passion.

L'un des plus grands films de Brian de Palma, un thriller érotique intense dans lequel le cinéaste continue d'explorer ses obsessions hitckcockiennes, notamment Psychose. Comme dans le chef-d’œuvre de Sir Alfred, c'est la première partie du film qui reste la plus fascinante, celle qui met en scène Angie Dickinson, femme mature en quête de ses fantasmes sexuels. De la scène inaugurale de masturbation sous la douche jusqu'au meurtre ritualisé dans l'ascenseur, Brian de Palma s'autorise ce que le maître du suspense ne pouvait montrer dans les années 60. Le voyeurisme trouble d'Hitchcock devient explicite chez De Palma, tant dans le sexe que dans le sang. D'une virtuosité envoûtante et enivrante, le réalisateur réussit également une sublime séquence dans un musée, hommage à Vertigo, dans lequel les tableaux accrochés illustrent les frustrations et la mélancolie de l'héroïne. Le meurtre à l'arme blanche qui clôt la première partie du film, s'inspire des giallos italiens de Mario Bava et de Dario Argento dans une redoutable montée de suspense et d'effroi. Le film d'une richesse renouvelée à chaque vision par ces thèmes psychanalytiques sur la figure du double, les reflets dans les miroirs, la folie mentale, est une réussite formelle d'une modernité intacte.

Blow out 1981

Brian de Palma, auteur de films mythiques, n'a plus sa place sur grand écran. Nos cinq références du maître : Pulsions ; Blow Out ; Body Double ;L'impasse ; Passion.

Souvent considéré comme le chef-d’œuvre de Brian de Palma, ce film fut un échec commercial retentissant à cause de son principal atout, John Travolta. L'acteur, idole des teenagers, gonfle le budget du film, mais le public n'accepte pas de le voir dans une histoire aussi sombre et pessimiste. Dommage car Travolta y trouve l'un des meilleurs rôles de sa carrière, celui d'un preneur de son de cinéma qui va enregistrer à son insu l'assassinat d'un homme politique. C'est le seul vrai point commun avec Blow Up d'Antonioni où un photographe est témoin d'un meurtre. Car le film est un thriller politique, marqué par les obsessions conspirationnistes de Brian de Palma avec une montée de suspense là encore de style hitchcockien. Mais plus encore que l'intrigue très efficace, Blow Out est un émouvant hommage au cinéma dans lequel Travolta cherche un cri d'effroi féminin pour illustrer un thriller érotique de série B qu'il finira par trouver à son corps défendant. C'est aussi une leçon sur le principe du cinéma quand Travolta découpe et assemble des images fixes qui vont lui révéler la nature terroriste de son enregistrement. Magistral.

Body Double 1984

Brian de Palma, auteur de films mythiques, n'a plus sa place sur grand écran. Nos cinq références du maître : Pulsions ; Blow Out ; Body Double ;L'impasse ; Passion.

Longtemps méprisé pour son mauvais goût gore et érotique à la limite du grotesque, ce film a été réhabilité au fil du temps, car c'est un catalogue sur-mesure des obsessions du cinéaste avec, en bonus, une ironie peu habituelle dans son œuvre. On y trouve donc ses thèmes favoris de la manipulation des images, de la frustration sexuelle, du voyeurisme sous le parrainage hitchcockien de Vertigo et de Fenêtre sur cour. De Palma, fétichiste en diable, va jusqu'à engager la débutante Melanie Griffith, fille de Tippi Hedren, la blonde des Oiseaux et de Pas de printemps pour Marnie. Dès le début, le film s'annonce comme une fantaisie avec le héros, acteur de série B qui incarne un vampire qui s'étouffe dans son cercueil à cause de sa claustrophobie. Le film est d'ailleurs une satire piquante de Hollywood dont on peut penser que David Lynch s'inspirera pour Mullholland Drive. Le film est constamment too much avec le clip orgiaque du Relax de Frankie Goes to Hollywood, une filature à la Vertigo qui finit par une scène d'amour en plein air sur une transparence décalée à souhait et un meurtre gore et quasi burlesque à la chignole, symbole phallique du tueur impuissant. Un véritable plaisir coupable, le film le plus pop de son auteur.

 

L'impasse 1993

Brian de Palma, auteur de films mythiques, n'a plus sa place sur grand écran. Nos cinq références du maître : Pulsions ; Blow Out ; Body Double ;L'impasse ; Passion.

Echec commercial lors de sa sortie, ce film a gagné du galon au fil du temps au détriment de Scarface dont les outrances eighties ont fini par nous fatiguer légèrement les yeux. La référence est d'autant plus évidente entre les deux films qu'elle marque les retrouvailles entre Brian de Palma et Al Pacino. On peut même dire que L'Impasse en est une sorte de décalque mélancolique et romantique, là où Scarface était hystérique et paroxystique. Le film annonce la couleur dès le début puisqu'on voit Pacino moribond sur un brancard qui se remémore en flash-back sa destinée fatale. La mise en scène de De Palma, d'habitude baroque et virtuose, se montre d'une sagesse exemplaire pour renouer avec un certain classicisme du film noir hollywoodien. Néanmoins, le cinéaste montre sa classe dans la scène de fusillade finale filmée comme une tragédie shakespearienne. Al Pacino, dans le rôle d'un gangster qui n'aspire plus qu'à la paix et l'amour, y trouve un rôle grave tout en intériorité qui laisse le champ libre Sean Penn dans sa capacité à incarner un avocat marron, veule et toxico au look improbable. Si le film est une marche funèbre annoncée, sa narration à la ligne claire donne l''œuvre la plus limpide d'un cinéaste libéré de ses afféteries maniéristes.

Passion 2012

Brian de Palma, auteur de films mythiques, n'a plus sa place sur grand écran. Nos cinq références du maître : Pulsions ; Blow Out ; Body Double ;L'impasse ; Passion.

Le passage au XXIè siècle va être douloureux pour Brian de Palma qui enchaîne les bides avec des films boursouflés et des réussites en demi-teintes dont on retiendra néanmoins son adaptation du labyrinthique Dahlia Noir de James Ellroy, son dernier film au casting hollywoodien rutilant. Contre toute attente, en réalisant un remake du dernier film d'Alain Corneau qu'on n'a pas vu, Brian De Palma renoue avec le thriller érotique avec manipulations, faux semblants, écrans partagés, maniérisme hitchcockien avec un duo saphique blonde/ brune de style lynchien. Dans l'univers glacé de la publicité, De Palma en vieux vicelard virtuose, vulgaire et chic orchestre dans Passion, un ballet morbide et esthétique autour du pouvoir sexy de Rachel McAdams et Noomi Rapace dont les rôles s'inversent autour d'un meurtre quasi parfait. Avec une telle réussite narrative et esthétique, le cinéaste pouvait espérer relancer sa carrière. Malheureusement, sa signature n'a plus la capacité d'attirer une audience auprès des plus jeunes, hermétiques aux fantasmes et obsessions d'un vieux maître fidèle à ses passions d'un autre temps. Dommage.

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