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Publié par Philippe LENOIR

Alain Souchon sort un nouvel album intitulé Âme fifties. Le chanteur mélancolique a accompagné nos vies de ses chansons au spleen élégant. Nos cinq titres favoris : Jamais content ; Foule sentimentale ; Sous les jupes des filles ; Rive gauche ; Le baiser.

Alain Souchon a donc 75 ans et c'est sans doute ce qui nous étonne le plus de la part d'un chanteur qui nous disait qu'il avait 10 ans en 1974 alors qu'il en avait déjà 30. Le chanteur musarde dans nos vie depuis si longtemps avec ses ritournelles légères, son spleen baudelairien, son ironie élégante qu'on n'a pas trop vu le temps passé sur lui. Il sort donc un nouveau disque en solo produit avec ses deux fils qui annonce la couleur mélancolique par son titre, Âme Fifties. Alors, non Souchon ne va pas à son grand âge révolutionner la chanson populaire, mais plutôt polir ses mélodies étincelantes en artiste consciencieux, orfèvre de la belle ouvrage. En France, on le classe comme chanteur de variétés à force de l'avoir vu chez Michel Drucker, mais on peut parier que les anglo-saxons le rangeraient au rayon pop. Avec son compère Laurent Voulzy, il y a eu chez Alain Souchon une envie de synthèse dans son répertoire entre le sens mélodique des Beatles, la variété subtile de Joe Dassin et une tradition poétique héritée de Jacques Brel. Comme toutes les synthèses, celle de Souchon a brouillé les pistes, celle d'un flâneur de bord de mer, d'un éternel adolescent tourmenté par le temps, d'un séducteur qui ne semble pas y toucher, d'un révolté poli en pantalon de velours.... Au bout du compte, un paquet de tubes et quelques titres au tableau d'honneur. Pas si mal pour un dilettante au charme flou. Son premier single Presque montre qu'il possède encore l'habileté de tricoter des mélodies hors temps, hors modes... A suivre nos cinq bijoux fantaisie préférés d'Alain Souchon, notre songwriter à la française.

Jamais content 1977

Dans les seventies, Alain Souchon joue sur deux tableaux : d'un côté l'homme enfant qui a besoin de se faire dorloter avec son standard Allô maman bobo qui nous horripile un peu. Et de l'autre côté, le mec mal dans sa peau qui avoue être un imposteur. Il y a eu ainsi Bidon aux paroles bidonnantes justement : « Elle croyait qu'j'étais James Dean/Américain d'origine/Le fils de Buffalo Bill/Alors admiration. » La chanson Jamais content reprend cette veine tête à claques qui ne se fait pas de cadeau sur un tempo crescendo. Notre couplet préféré : « Je me suis sauvé en Angleterre/Je faisais le frenchman super lover/J'me teignais les cheveux, les sourcils/Pour être plus brun, pour faire viril/Carrément débile, j'trouve pas mon style ». Au fur à mesure, il laissera cette veine gentiment destroy pourtant plaisante.

Foule sentimentale 1993

Plus qu'un tube, un standard de la chanson française, la chanson quasi idéale avec une mélodie impeccable un refrain en forme d'hymne avec des paroles au sens aiguisé. Alain Souchon a accompli un classique indémodable si l'on excepte que sa dénonciation de la société de consommation et de la culture de masse passe par deux exemples oubliés : Claudia Schiffer et Paul-Loup Sulitzer. Mais le reste est tellement intemporel que la chanson reste d'une vivacité extrême dans l'inconscient collectif, d'autant que les reprises pullulent depuis vingt ans... Et quel parolier n'a pas rêvé d'écrire un tel couplet : « Il se dégage/De ces cartons d'emballage/Des gens lavés, hors d'usage/Et tristes et sans aucun avantage/On nous inflige/Des désirs qui nous affligent/On nous prend, faut pas déconner/Dès qu'on est né/Pour des cons alors qu'on est/Une foule sentimentale. » Un petit chef d’œuvre à n'en pas douter.

Sous les jupes des filles 1993

Dans le sillage triomphal de Foule sentimentale, Alain Souchon embraye avec cette chanson, miracle de légèreté, de subtilité, mais aussi d'une pointe de noirceur.Sur une rythmique reggae assez étonnante dans le répertoire d'Alain Souchon, cette chanson possède en plus un double sens. Car cette supposée ode à la beauté des femmes, est surtout une complainte sur les hommes qui vivent pour ce jeu de dupes. «Elles très fières, sur leurs escabeaux en l'air/Regard méprisant et laissant le vent tout faire/Elles, dans l'suave, la faiblesse des hommes, elles savent/Que la seule chose qui tourne sur terre, c'est leurs robes légères. » Moraliste fine mouche, Alain Souchon se sert d'un titre grivois pour résumer la condition des hommes avec l'amertume mélancolique qui le caractérise : « On en fait beaucoup/Se pencher, tordre son cou/Pour voir l'infortune/A quoi nos vies se résument. » Comme dans ses meilleurs titres, le chanteur démontre sous le vernis de sa douceur et de sa fragilité, une âme de grand pessimiste, d'écorché vif. Avec un sens de l'écriture qui le place parmi les meilleurs de la chanson française.

Rive gauche 1999

Bon, on avoue qu'il y a des combats plus importants que la gentrification de Paris, surtout quand il s'agit de Saint-Germain et de Montparnasse. Comme dans Foule Sentimentale, Alain Souchon dénonce à sa façon la fermeture des librairies de la Rive Gauche sous la pression des grandes marques du prêt-à-porter international. En fait, ce qui nous touche dans cette chanson, c'est sa profonde mélancolie, voire son spleen intense sur une mélodie intemporelle, une orchestration limpide à peine rehaussée d'une trompette.en hommage à Miles Davis. Une grande partie de la chanson évoque les figures du Paris bohème de la rive gauche devenues des fantômes qui hantent l'esprit du chanteur. La chanson est touchante, car c'est bien le désarroi d'un homme face au temps qui passe : « La vie, c'est du théâtre et des souvenirs/Et nous sommes opiniâtres à ne pas mourir/A traîner sur les berges, venez voir/On dirait Jane et Serge sur le pont des Arts. » Si la chanson populaire illustre et accompagne nos vies, ce couplet en est un bel exemple.

Le baiser 1999

Cette chanson est, il faut bien l'avouer, une vraie merveille à la mélodie aussi simple qu'entêtante. Mais sous son allure charmante, elle possède une qualité d'écriture assez ébouriffante. Car, au-delà de la description d'un baiser avec une inconnue blonde, la chanson dépeint une ambiance avec une poésie de haut vol. Il suffit de fermer les yeux pour y être: «La Mer du Nord en hiver/Sortait ses éléphants gris vert/Des Adamo passaient bien couverts/Donnant à la plage son caractère/Naïf et sincère/Le vent de Belgique/Transportait de la musique/Des flonflons à la française/Des fancy-fair à la fraise. »  Vous êtes vous demandés ce qu'était une fancy-fair ? C'est une kermesse de bienfaisance en Belgique. Et pourquoi à la fraise ? Peut-être juste pour le plaisir d'une allitération en F... De la poésie, on vous dit ! Sous ses airs de chanteur de variétés, Alain Souchon dissimule la complexité d'un artiste,un vrai !

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