Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Philippe LENOIR

Vincent Cassel et Monica Bellucci, un couple de la pop culture

Il y a parfois des images qui nous interpellent quasiment à notre corps défendant. Ce fut le cas quand nous avons vu Vincent Cassel et Monica Bellucci réunis pour un photo-call à la Mostra de Venise pour accompagner un nouveau montage du film Irréversible de Gaspard Noé. Curieux comme un film qui fut autrefois un objet de scandale laisse aujourd'hui indifférent la planète cinéma. En revanche, revoir le couple sur l'estrade devant une nuée de photographes nous a donné un petit pincement au cœur. En 2002, au festival de Cannes, c'était le film qui faisait l'actualité. Aujourd'hui, ce sont les retrouvailles de deux ex qui font sensation. On doit même avouer qu'on a ausculté si leurs regards allaient se croiser, si leurs mains se frôleraient.... Bon a priori rien de tout cela, juste deux comédiens professionnels en promotion pour un film qui fit beaucoup pour leur réputation commune.

Mais alors pourquoi ces retrouvailles nous ont-elles touchées alors qu'on se contrefiche plutôt des potins people qui submergent les réseaux sociaux jusqu'à l'écoeurement ? On a donc tenté de regarder leur filmographie commune et nous nous sommes aperçus que le couple avait beaucoup tourné ensemble. C'est d'ailleurs sur le tournage de L'appartement de Gilles Mimouni en 1996 qu'ils se rencontrent et tombent amoureux. Lui sort du triomphe de La Haine de Mathieu Kassovitz et elle démarre une carrière d'actrice après avoir été mannequin. Curieusement, ce petit film qui fut le seul de son auteur, conserve un charme tenace autour d'une machination romantique un peu alambiquée dans un Paris dans lequel on aurait plaisir à vivre. Le film pêchait un peu par son scénario, mais montrait un ravissant maniérisme de série B gentiment hitchcockien.

Vincent Cassel et Monica Bellucci, un couple de la pop culture

C'est justement la marque du couple Cassel-Bellucci d'avoir tourné ensemble dans des films qui manifestaient leur volonté de casser les codes académiques du film français avec des réalisateurs débutants. Le fameux Dobermann de Jan Kounen en est le plus parfait exemple avec cette histoire à l'ironie débrayée, ultra-violente qui puise ses influences chez Sergio Leone, Quentin Tarantino, le cartoon et la BD. On se souvient d'un tueur joué par le jeune Romain Duris qui se torche les fesses avec Les Cahiers du Cinéma et Télérama. C'est beauf à souhait, bien énervé et jubilatoire par sa vulgarité assumée. Cassel et Bellucci se la jouent trash et on doit bien avouer que ce cinéma bis à la limite de la série Z était salvateur dans une production française qui a toujours tendance à roupiller. C'est même devenu un film culte pour une poignée de cinéphiles barrés.

Vincent Cassel et Monica Bellucci, un couple de la pop culture

Plus ambitieux en 2002, le fameux Irréversible réalisé par le sulfureux Gaspard Noé qui pousse loin le curseur de l'insoutenable comme le font à la même époque Lars Von Trier ou Michaël Haneke. Un film de vengeance assez déconcertant qui reste hanté par la longue scène du viol de Monica Bellucci, vraiment terrifiante et plutôt étrangère au cinéma français qui goûte peu à cette ultra-violence esthétique, même sans second degré. C'est bestial, pornographique, choquant, dans une mise en scène et un montage d'une maîtrise absolue qui privilégie les longs plans séquences. L'implication de Vincent Cassel et Monica Bellucci est totale pour accomplir les desseins d'un Garpard Noé qui bousculent les codes pour fabriquer un cinéma aux frontières du cinéma de genre et de l'objet expérimental.

Les deux comédiens se retrouveront encore sur Agents secrets en 2003, un film d'espionnage de Frédéric Schoendoerffer où tous deux s'amusent à jouer des faux époux à l'écran. On retiendra plutôt Le Pacte des loups de Christophe Gans en 2001, même si, de mémoire, Vincent Cassel et Monica Bellucci n'ont pas de scène en commun. Le film qui fut un gros succès, était un peu le Kill Bill de son réalisateur, sorte de synthèse de cinéma bis mélangeant le kung-fu, le western, le gothique, le cape et d'épée autour du mystère de la Bête du Gévaudan. Un poil bourratif mais là aussi avec une volonté d'offrir au cinéma français une production qui la fasse entrer de plain-pied dans la pop culture mondiale. Et voilà sans doute pourquoi ces retrouvailles médiatiques à Venise nous touchent autant. Le couple Cassel-Bellucci fut en son temps un modèle de modernité, de transgression et de glamour dans lequel on a pu s'identifier. On en était un peu nostalgique en les voyant, un peu gênés de se retrouver ainsi. Encore une fois, nous nous sommes projetés dans ce qu'ils sont devenus en n'imaginant guère plausible de les revoir un jour ensemble à l'écran.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article