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Publié par Philippe LENOIR

Jean Seberg, icône de la Nouvelle Vague, militante idéaliste et star suicidaire

Il y a quarante ans, le 8 septembre 1979, Jean Seberg était retrouvée morte à Paris, nue enroulée dans une couverture, à l'arrière d'une voiture avec une forte dose d'alcool et de barbituriques dans le sang. L'actrice, icône irrésistible d’À bout de souffle de Jean-Luc Godard, disparaissait à 40 ans après avoir vécu une existence intense, romanesque et tragique. Kristen Stewart incarne l'actrice dans un biopic qu'elle présente dans les grands festivals de Venise, Toronto et Deauville. Le film se concentre sur l'activité militante de Jean Seberg pour l'émancipation des afro-américains aux USA qui lui valut d'être une victime avérée du FBI. Retour sur un mythe du XXe siècle.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/12/anna-karina-la-muse-de-jean-luc-godard-aux-yeux-gris-velasquez.html

Jean Seberg, icône de la Nouvelle Vague, militante idéaliste et star suicidaire

Pour les cinéphiles du monde entier, Jean Seberg reste la vendeuse du New York Herald Tribune qui se fait aborder par Jean-Paul Belmondo sur les Champs-Élysées. Car ce petit film tourné à l'arrache en 1960 dans les rues de Paris par Jean-Luc Godard va devenir le manifeste de la Nouvelle Vague, ce cinéma qui remet en cause la grammaire du 7e art pour mieux transcender une jeunesse vibrante et idéaliste. A bout de souffle est une révolution dont Jean Seberg devient une sorte d'idéal féminin, une icône des sixties... Sa beauté, sa blondeur, sa coupe de cheveux, son accent si américain sonnent comme une liberté, une modernité, une émancipation pour toute une génération. Un film unique capable de bâtir les fondations d'une solide carrière comme ce fut le cas pour Belmondo. Mais pour Jean Seberg, ça ne pouvait pas être le cas. Pour la jeune Américaine née dans l'Iowa, la vie sera toujours plus importante que les films.

Mais sa carrière démarre à Hollywood. Elle est choisie parmi 18 000 candidates par le grand réalisateur Otto Preminger pour devenir sa Jeanne d'Arc dans Sainte-Jeanne en 1957. L'actrice se montre très habitée par son rôle, mais se plaint du sadisme de son réalisateur qui n'hésite pas, lors de la scène du bûcher, à laisser les flammes se rapprocher d'elle. Au point qu'elle conservera une marque de brûlure sur le ventre. Néanmoins, Jean Seberg enchaînera un second tournage avec Preminger, l'adaptation de Bonjour tristesse, le roman de Françoise Sagan. Pas de chance pour elle, ces deux films sont des œuvres mineures de ce grand cinéaste. Et a fortiori des échecs critiques et commerciaux.

Sa carrière qui alterne films français et américains n'est d'ailleurs guère convaincante à l'aune du chef d’œuvre de Jean-Luc Godard. A Hollywood, on retient surtout Lilith de Robert Rossen où elle incarne une jeune femme atteinte de schizophrénie dont Warren Beaty tombe amoureux. A posteriori, la performance de l'actrice semble prémonitoire d'un état mental fragile qui se développera au fil des années. Plus anecdotique, elle sera la vedette féminine de La Kermesse de l'Ouest en 1969, surréaliste western musical avec Clint Eastwood. Les deux stars auront une liaison que Eastwood a évoqué avec émotion dans un documentaire consacré à l'actrice sur Arte. On la verra également dans de grosses productions dont Airport, un film catastrophe typique de l'époque.

En France, ce n'est guère plus convaincant. On notera quand même L'amant de cinq jours (1961),une comédie noire de Philippe de Broca avec Jean-Pierre Cassel et Micheline Presle où Jean Seberg en brune incarne une arriviste prête à abandonner mari et enfants pour un amant fortuné. Elle tourne dans deux films de Claude Chabrol, un correct La ligne de démarcation (1966 ) et une connerie dixit Chabrol La route de Corinthe en 1967. Difficile d'échapper à ses retrouvailles avec Jean-Paul Belmondo dans Échappement libre de Jean Becker, une comédie policière où elle est éclatante de beauté face à son partenaire qui commence à faire son Bébel. La suite dans les années 70 sera assez chaotique. La militante de la cause algérienne s'impliquera dans L'attentat, un film d'Yves Boisset sur l'assassinat de Ben Barka et se retrouvera dans le film expérimental de Philippe Garrel Les hautes solitudes, portrait silencieux de l'actrice. A noter que François Truffaut qui la trouvait divine lui a proposé le rôle principal de La nuit américaine. L'actrice à l'époque ne donna pas signe de vie et le réalisateur se décida à engager Jacqueline Bisset à sa place.

Jean Seberg, on le sait, collectionna les aventures en raison d'un appétit sexuel qui lui donna la réputation de nymphomane. A tel point que son mari, le romancier Romain Gary en fit un film autobiographique dont elle tenait le premier rôle intitulé Les oiseaux vont mourir au Pérou. Un film longtemps censuré mais qui doit surtout être classé au rang des navets malgré une distribution prestigieuse avec Pierre Brasseur dans le rôle de Romain Gary, Danielle Darrieux et Maurice Ronet. Il vaut mieux retenir la passion amoureuse qui unit Jean Seberg à Romain Gary, l'un des couples les plus photogéniques de son temps, malgré une différence d'âge de 24 ans. De leur première rencontre à Los Angeles quand Romain Gary était consul de France jusqu'au suicide de l'écrivain en 1980, soit un an après la mort de son ex-femme, leur relation fut une passion déchirante qui leur donna un fils, et peut-être une fille mort née. Avant de se tirer une balle de revolver dans la bouche, l'écrivain laissa ce message sybillin : « aucun rapport avec Jean Seberg ».

Enfin, il faut évoquer le militantisme de l'actrice pour l'émancipation des Noirs aux USA, une action qu'elle démarra dès ses 14 ans dans l'Iowa. Jean Seberg, d'un idéalisme transcendant quasi religieux, prend fait et cause pour les droits civiques jusqu'à avoir une relation amoureuse avec un activiste des Black Panthers qui profite de sa notoriété et de sa fortune. Autant dire un sacrilège pour une femme blanche encore mariée dans un pays aux tensions raciales radicales. J. Edgar Hoover, le patron du FBI a fait de Jean Seberg, l'une de ces cibles prioritaires et va demander à ses services en Californie de faire publier une information dans le Los Angeles Times disant qu'une actrice blanche est enceinte d'un militant noir. Jean Seberg ne supporte pas le scandale qui se révélera être une diffamation, fait une tentative de suicide qui sera fatale à la petite fille qu'elle porte. A l'inhumation, l'actrice exhibe le corps du fœtus qui se révèle être de peau blanche et dont Romain Gary revendiquera être le géniteur même si la filiation n'a jamais été prouvée. L'actrice ne se remettra jamais de cette affaire s'enfonçant dans la dépression et les tentatives de suicide. Sa mort sera d'ailleurs déclarée comme un suicide, même si plusieurs enquêtes journalistiques ont laissé entendre qu'il s'agirait d'un assassinat lié à ses combats politiques.

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