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Publié par Philippe LENOIR

Zahia Dehar, un fantasme érotique pour survivre en milieu hostile

Qui aurait pensé que Zahia Dehar puisse encore fasciner dix ans après l'insignifiant scandale de ses relations tarifées avec Frank Ribéry et Karim Benzema, deux footballeurs pour lesquels nous n'avons jamais eu grande estime. Pourtant, une décennie plus tard, l'ancienne escort rebondit dans un film au titre évocateur « Une fille facile ». Derrière la caméra, la tendance lourde du cinéma d'auteur féministe, Rebecca Zlotowski qui apporte une crédibilité à la démarche de celle dont on ne savait plus trop ce qu'elle devenait. A défaut d'être abonné à son compte Instagram et peu réceptif aux peopleries sans fin des beautés du web, même quand elle possède son physique spectaculaire, nous avions perdu de vue Zahia Dehar. En mai dernier, à Cannes, on a donc redécouvert la jeune femme avec étonnement. Fini la coiffure too much de blonde peroxydée et le maquillage trop appuyé au eye-liner, mais quand même rassuré de pouvoir admirer son décolleté vertigineux révélant des seins si gros, si ronds, si bronzés...

Zahia parle

Mais le plus étonnant fut sans doute d'entendre sa voix et encore plus d'écouter ce qu'elle avait à dire. Car c'est bien dans cette capacité à prendre la parole que réside cette nouvelle attention que nous portons à l'apprentie actrice. Zahia Dehar interpelle notre réflexion quand elle assène que le sexe est un rapport de force et de domination sociale ; qu'elle signale qu'on parle d'une fille facile, mais jamais d'un homme facile ; que l'on n'est pas obligé de porter un col roulé pour s'intéresser au cinéma intello. Des arguments répétés à l'envi dans le cirque promotionnel du festival de Cannes, mais néanmoins plaisant à entendre de la part du jeune femme dont on n'attendait pas grand chose. Et puis au détour d'un portrait d'elle sur internet, on a constaté à quel point son discours suscitait une haine viscérale et raciste dans les commentaires des internautes, hommes et femmes confondus. Ce qui revenait le plus souvent sur Zahia Dehar, c'était qu'elle n'était qu'une pute arabe entièrement refaite pour faire cracher les mecs. Une telle véhémence semblait révéler à quel point une femme comme elle pouvait déranger. Bref, comme souvent dans ces cas là, on aurait tendance à vouloir la défendre, même si, de toute évidence, elle n'a pas besoin de nous pour s'en sortir.

Zahia, l'intelligence opportuniste

Ce qui nous intéresse le plus chez elle, en dehors de son physique à damner un saint, c'est sa volonté farouche de s'extraire de sa condition sociale et de son milieu culturel. La petite Algérienne, fille de parents divorcés, qui débarque en France sans parler un mot de français, s'est battue avec ses armes. Et comme souvent chez les gens d'extraction modeste, cela passe par le corps, mais aussi une forme d'intelligence opportuniste. Après ses péripéties avec nos deux Bleus-bites, elle pose en couverture de Paris-Match. Pas si bête la baby-doll qui monnaie son exclusivité avec un magazine qui possède une certaine valeur ajoutée de sérieux et de populaire. Elle en fait des tonnes comme tous ceux qui ne possèdent pas les codes mondains et médiatiques. Mais la belle Zahia apprend vite. Par la suite, elle sélectionnera toujours attentivement les médias à qui elle offre ses rares entretiens, de Next Libération à Vanity Fair et Les Inrocks. Tant mieux pour elle, ces journaux de la branchitude mainstream croit voir en Zahia Dehar une sorte de nouvelle Bardot orientale. Bien leur en fasse, mais tout cela nous semble bien exagéré. Zahia Dehar n'est pas mannequin, pas styliste, pas comédienne. Zahia Dehar est juste elle-même et c'est dans doute ce que l'on apprécie le plus dans sa démarche pop, dans le sens où elle est le seul sujet de sa démarche artistique.

Zahia coche les bonnes cases

Pour notre part, on jubile de la voir vampiriser ce film de Rebecca Zlotowski, cinéaste dont on avait apprécié les deux premiers films Belle Épine et Grand Central par sa capacité à créer des ambiances insolites tout en se coltinant au réel des luttes de classe et de façonner des portraits de jeunes femmes complexes autant tiraillées par leurs sentiments abstraits que leurs pulsions concrètes. Zahia Dehar a, une fois de plus, fait un choix de film qui mêle intelligence et opportunisme. Du cinéma classe, mais avec un rôle de bimbo effrontée qui lui ressemble. Vulgaire et chic, sexy sans être vraiment belle, arty sans être snob, Zahia Dehar coche toujours les bonnes cases. Plus qu'un hasard, cela révèle un véritable instinct. Peut-être pas de quoi en faire un génie, sauf celui de la survie en milieu hostile, car du cinéma, à la mode en passant par le people, on ne lui fera jamais de cadeau. Mais on est convaincu qu'elle même n'en est jamais dupe. Pour son féminisme retors pour exister à sa féminité exacerbée pour nous en faire baver, on l'avoue : Zahia Dehar, on l'aime bien tout simplement.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/07/ophelie-bau-va-t-elle-payer-le-scandale-kechiche-comme-brigitte-bardot-dans-vie-privee-de-louis-malle.html

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