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Publié par Philippe LENOIR

Martine Carol, sex-symbol tragique du cinéma français

L'histoire du cinéma peut être d'une cruauté sans possible rédemption pour certaines de ses stars. C'est le cas de Martine Carol, pin-up des années cinquante transformée en bombe sexuelle dans une série de films où elle incarne un idéal féminin à l'érotisme bon enfant. Même si avec le recul, on peut le voir comme paternaliste et conservateur. Son décolleté ravageur en fit l'actrice la plus populaire de l'après-guerre dans une série de films en costumes dont la fameuse série des Caroline Chérie. Son allure corsetée, sa blondeur peroxydée et son glamour apprêté seront balayés par la tornade Bardot. Néanmoins, Martine Carol aura réussi à tourner un chef d’œuvre, Lola Montès de Max Ophüls où en brune, elle incarne l'une des plus célèbres courtisanes du XIXe siècle. Aujourd'hui, son nom est quasiment oublié et ses films sont invisibles. Sauf Lola Montès qui fait l'objet d'une exposition jusqu'à la fin septembre 2019 aux Studios de la Victorine à Nice où il fut réalisé en partie. Voici quelques raisons de ne pas oublier Martine Carol, une chic fille qui fut consumée comme tant d'autres par un cinéma toujours prêt à délaisser celles qui se sont données à lui sans limites.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/10/gerard-philipe-jeune-premier-eternel-du-cinema-francais-en-cinq-films-le-diable-au-corps-une-si-jolie-petite-plage-monsieur-ripois-m

La blonde incendiaire de l'après-guerre

Martine Carol, sex-symbol tragique du cinéma français

Née Marie-Louise Mourer en 1920 à Saint-Mandé, la jeune femme se forme au métier d'actrice au cours Simon. On l'aperçoit dans quelques films de l'après-guerre dont un avec Jean Gabin dont elle devint la maîtresse. Mais c'est son premier mari, l'Américain Steven Crane qui va la transformer en blonde incendiaire. Normal, Crane a été l'époux de la célèbre Lana Turner, vamp hollywoodienne, elle aussi manipulée par les hommes. A bien à y regarder, Martine Carol va en devenir une sorte d'avatar français, les bons films en moins. La gloire lui tombe dessus en 1951 en incarnant Caroline Chérie, une aristocrate qui se sert de ses charmes pour survivre pendant la Révolution Française. Le film est un succès foudroyant qui fait d'elle une star qui va capitaliser sur sa gouaille et son érotisme naïf. Elle rencontre Christian-Jaque, metteur en scène inégal, mais qui vient de réaliser deux grands classiques du cinéma français, Fanfan la Tulipe et Les disparus de Saint-Agill. Le réalisateur l'épouse et va en faire sa muse de cinéma dans des productions à costumes. L'actrice enchaîne ainsi Lucrèce Borgia, Madame Du Barry et Nana, des rôles où elle joue des courtisanes usant de son corps pour séduire les hommes. A chaque film, ses scène dénudées où on aperçoit les courbes de la belle séductrice ingénue. A l'époque, ce cinéma gentiment érotique fait sensation et propulse Martine Carol au firmament. Néanmoins, l'actrice sait déjà que ce n'est pas son metteur en scène de mari qui va lui offrir le rôle dont elle rêve.

Lola Montès, son chef d’œuvre maudit qui signe son déclin.

Lola Montès

Lola Montès

Tant qu'à jouer les courtisanes, Martine Carol veut en incarner une de manière sérieuse, poétique et tragique. Ce sera Lola Montès en 1955 pour lequel elle renonce à sa blondeur glamour. Elle sera brune et portera le plus souvent des tenues boutonnées jusqu'au cou. Surtout, elle va tourner avec un maître du cinéma romantique qui sort de plusieurs succès dont Madame De... dans lequel il a magnifié Danielle Darrieux, l'autre star féminine du cinéma français de l'époque. C'est un film somptueux dans un cinémascope grandiose, mais dont le sujet déconcerte le public, habitué à voir sa Martine Carol dans des vaudevilles coquins. Le film se déroule dans un cirque américain dont Monsieur Loyal joué par Peter Ustinov évoque l'existence tumultueuse de Lola Montès, une courtisane célèbre en Europe pour ses amours avec de grands artistes comme Franz Liszt ou Alexandre Dumas fils, des aristocrates et des nobles dont le roi Louis 1er de Bavière. Mais c'est Lola Montès ruinée et exilée qui joue son propre rôle sur la piste aux étoiles, exhibée comme un animal de foire à un public avide de scandales, de déchéance et de potins sexuels. Un film prémonitoire sur la société du spectacle d'aujourd'hui où chaque starlette se croit obligée de poser en bikini sur Instagram pour exister.. Mais en 1955, le public ne comprend pas le propos de Lola Montès et surtout se détourne de Martine Carol qu'il n'accepte pas dans un rôle sombre et mélancolique. Pourtant, l'actrice est somptueuse et bouleversante dans un personnage auquel elle s'identifie de manière évidente. Le film est un authentique chef d’œuvre, objet de culte pour les cinéphiles du monde entier. Il sauve également l'actrice de l'oubli total encore aujourd'hui.

Le phénomène Bardot, la dépression et la fin tragique

Martine Carol, sex-symbol tragique du cinéma français

Lola Montès est un échec commercial qui signe la fin de carrière de Max Ophüls qui en mourra peu après et le déclin inexorable de Martine Carol. Surtout que l'actrice est ringardisée du jour au lendemain par Brigitte Bardot qui triomphe dans Et Dieu créa la femme en 1956. A l'érotisme sophistiqué de Martine Carol s'oppose la liberté sexuelle de Bardot. Il n'y a pas photo, l'une symbolise jusqu'à l'excès la femme fabriquée par les homme, tandis que l'autre affiche la femme assumant son indépendance d'esprit. Le cinéma avide de jeunesse est sans pitié pour Martine Carol qui approche de la quarantaine. Pour rester une icône du glamour, celle-ci abuse de médicaments pour assurer des cures d'amaigrissements. Sa vie sentimentale frise le vide existentiel, ce qui la plonge dans la dépression et l'alcoolisme. D'autant qu'elle n'accepte pas de ne plus être traitée en vedette de cinéma. Elle retrouve son mentor Christian-Jaque qui lui propose le rôle de Nathalie, une top-modèle sexy qui devient agent secret dans une comédie d'espionnage. Un petit succès qui lui permet de tourner une suite sans intérêt et de renouer avec un rôle en costumes, celui de Joséphine de Beauharnais dans Austerlitz d'Abel Gance. Ensuite, la blonde numéro 1 des années cinquante deviendra un second rôle où sa beauté fanée par l'alcool fait peine à voir. On la retrouve morte dans une chambre de l'Hôtel de Paris à Monte-Carlo le 6 février 1967. Officiellement, c'est une crise cardiaque qui vint à bout de l'actrice, mais la rumeur d'un suicide se révèle encore une hypothèse crédible.

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