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Publié par Philippe LENOIR

Il était une fois dans l'Ouest célèbre ses 50 ans : les quatre raisons qui en font un chef d’œuvre

A la fin de l'été 1969, les écrans français accueillent Il était une fois dans l'Ouest, le quatrième western de Sergio Leone, celui qui suit le triomphe de sa trilogie du dollar avec Clint Eastwood. Si l'on garde une préférence pour Le Bon, la Brute et le Truand, véritable manifeste du style maniéré et post-moderne de Sergio Leone, on doit avouer une obsession pour Il était une fois dans l'Ouest, globalement moins réussi, mais dont certaines séquences atteignent la perfection. Même si le réalisateur tourna ce western sous la contrainte en attendant de concrétiser son projet de film de gangsters qui deviendra Il était une fois en Amérique, il n'en reste pas moins que Leone y donne sa pleine mesure avec un casting royal, une musique époustouflante de Ennio Morricone et quelques scènes parmi les plus belles jamais filmées. Voici les quatre raisons pour lesquelles Il était une fois dans l'Ouest est entré dans notre Panthéon du 7e art.

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Un générique d'ouverture unique

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Dix minutes d'anthologie qui servent de scène d'ouverture et de générique. Trois hommes dans une gare déserte attendent l'arrivée d'un train. Pas de musique, juste le bruit lancinant d'une éolienne, d'une goutte d'eau, de doigts qui craquent, le bourdonnement d'une mouche... Les bancs-titres du générique accompagnent et dynamisent la séquence qui s'étire dans un plaisir de la dilatation du temps. Sans doute la scène la plus étudiée de l’œuvre de Leone avec le duel dans le cimetière dans Le Bon, la Brute et le Truand. Au-delà du travail de mise en scène d'une géniale sophistication, il faut également parler du trio d'acteurs. Woody Strode, superbe comédien révélé dans les westerns de John Ford dont Liberty Valance et Le Sergent noir ; Jack Elam, trogne de westerns vu dans Le train sifflera trois fois ou La Horde sauvage ; et le canadien Al Mulock, le tueur manchot du Bon, la brute et le truand qui se suicidera juste après le tournage avec son cache-poussière sur le dos. Au départ, Leone avait eu l'idée de confier la scène à ses trois acteurs formant Le Bon, la Brute et le Truand. Elli Wallach et Lee Van Cleef avaient accepté le clin d’œil, mais Clint Eastwood refusa. Celui-ci raconta plus tard que Sergio Leone lui avait proposé le rôle de L'Harmonica, alors que le réalisateur a toujours dit avoir choisi Charles Bronson. Ceux qui sont attentifs au générique verront que Dario Argento et Bernardo Bertolucci ont participé à l'écriture du scénario.

Claudia Cardinale, la femme selon Sergio Leone

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Sergio Leone pourrait presque passer pour un cinéaste misogyne. Sauf qu'il offrit à Claudia Cardinale un rôle magnifique de femme dans un western, du niveau de celui de Joan Crawford dans Johnny Guitare de Nicholas Ray (1954). Pour l'anecdote, Sergio Leone est sollicité pour engager Sophia Loren, mais le réalisateur estime qu'elle fait trop pute napolitaine D'une beauté solaire, Claudia Cardinale trouve dans le rôle de Jill, prostituée de la Nouvelle-Orléans confrontée à la violence de l'Ouest, l'un des personnages majeurs de sa filmographie. Sa première séquence est l'une des plus belles du film. Claudia Cardinale passe la tête par la fenêtre du train, sourire rayonnant avant de s'apercevoir que personne ne l'attend à la gare. Sublimée par la musique d'Ennio Morricone, la séquence de la sortie de la gare est d'une mélancolie poignante et lyrique. On adore également sa scène d'amour perverse avec Henry Fonda, ses yeux amoureux et tristes au départ de Charles Bronson et son allure folle, les cheveux défaits, le décolleté sauvage et la peau bronzée quand elle va donner de l'eau aux ouvriers du chemin de fer. Sergio Leone fait de Claudia Cardinale le fantasme féminin ultime, celle de la femme belle, sensuelle, humaine et têtue. Mythique.

Henry Fonda, tueur d'enfant

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L'autre grande idée du casting de Sergio Leone : recruter Henry Fonda pour incarner Franck, le tueur sadique prêt à tout pour prendre le pouvoir. Le réalisateur italien décide, dès le scénario établi, de confier le rôle à un acteur américain qui personnifie la bonté, l'humanisme et l'innocence. Henry Fonda possède en plus une grande silhouette et une démarche lente qui rappelle à Leone celle de Clint Eastwood. Contre toute attente, Henry Fonda accepte sans condition de travailler avec le réalisateur italien, lui qui fut l'un des acteurs fétiches de John Ford dans des classiques du western comme La poursuite impitoyable ou Le massacre de Fort-Apache. Là encore, la première scène où l'on découvre Fonda est l'une des meilleures d'Il était une fois dans l'Ouest. C'est celle du massacre de la famille McBain qui, dans sa première partie, rend hommage au cinéma néoréaliste de Rossellini. Puis le jeune garçon McBain sort de la maison, voit sa famille tuée, lève les yeux.... Le riff de guitare du thème de l'Harmonica détonne, des silhouettes en cache-poussière sortent des fourrés. La caméra, derrière la silhouette principale, la contourne et le spectateur découvre les yeux bleus de Fonda. Des yeux qui scrutent le jeune garçon qu'il va faire tuer. Si le film sera un échec aux USA, c'est parce que les Américains ne peuvent imaginer un tel acteur incarner un tueur d'enfant. Plus tard, dans le film, Henry Fonda excelle encore dans le sadisme, notamment dans le flash-back de la pendaison qui explique la vengeance de l'Homme à l'harmonica. Si l'on doit jauger un film à la qualité de son méchant, Il était une fois dans l'Ouest est une grande œuvre.

Ennio Morricone à son sommet

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La musique d'Ennio Morricone est devenue tellement primordiale dans les films de Sergio Leone que le réalisateur passe la bande originale commandée au maestro sur le plateau de tournage. Pour Il était une fois dans l'Ouest, le compositeur se surpasse avec trois thèmes principaux : celui qui accompagne Cheyenne (Jason Robards) qui se veut picaresque et généreux : celui qui illustre Claudia Cardinale, ample, lyrique,mélancolique (à notre avis le meilleur) ; et le plus célèbre, celui lancinant comme une complainte mystérieuse de l'harmonica en solo pour Charles Bronson. Avec une version pour Henry Fonda qui comporte riffs de guitare, chevauchements d'harmonicas et musique ample pour illustrer le far west intemporel, aride et cruel. Sans doute la plus belle bande-son composée par Ennio Morricone qui conserve une grâce qui en fait un classique de la musique moderne. A écouter en regardant le duel final entre Henry Fonda et Charles Bronson. Indépassable.

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