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Publié par Philippe LENOIR

Apocalypse Now ressort sur les écrans : Notre Vietnam au cinéma

Apocalypse Now, le chef d’œuvre malade de Francis Ford Coppola sort dans une nouvelle version dite du director's cut, celle qu'aurait voulu le maître à sa sortie en 1979. Il y avait déjà eu une version dite redux sortie en 2000 avec de nombreuses séquences inédites rajoutées. On peut évidemment s'interroger sur cette troisième version d'un monument du cinéma mondial, vision hallucinée de la guerre du Vietnam inspirée de la nouvelle Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad. Le film est devenu une légende avec ses séquences mythiques comme celles de l'escouade d'hélicoptères qui fonce détruire un village sur la musique de La chevauchée des walkyries de Wagner, Robert Duvall qui s'exclame qu'il aime le l'odeur du napalm au petit matin, le regard innocent de Martin Sheen s'enfonçant dans la jungle et évidemment le long monologue de Marlon Brando entre ombre et lumière. Le film est une vision cauchemardesque de la guerre, mais plus encore l'exploration de la mégalomanie tourmentée de Coppola et une réflexion effrayante sur la noirceur humaine. Un film spectaculaire, mais qui n'offre aucune clef de compréhension politique de la guerre du Vietnam. Comme d'ailleurs la plupart des films sur ce conflit qui offrit néanmoins quelques œuvres essentielles. Voici notre sélection de nos cinq films préférés sur le Vietnam en dehors d'Apocalypse Now.

http://philippelenoir-popculture.com/2019/10/francis-ford-coppola-celebre-au-festival-lumiere-de-lyon.la-trilogie-du-parrain-son-monument-incomparable.html

Voyage au bout de l'enfer Michaël Cimino 1978

Apocalypse Now ressort sur les écrans : Notre Vietnam au cinéma

C'est de très loin notre film préféré sur la guerre du Vietnam et disons le net une œuvre parmi les plus belles de l'histoire du cinéma. Le titre original The deer hunter est de très loin plus approprié que la traduction en français. Michaël Cimino est, à cette époque, l'un des cinéastes les plus sensibles et inspirés pour évoquer l'Amérique profonde. Car l'essentiel du film se déroule au cœur d'une communauté ouvrière de Pennsylvanie qui va envoyer trois de ses enfants au Vietnam. La première partie du film se déroule juste avant leur départ, marqué par le plus beau mariage de l'histoire du cinéma, suivie d'une partie de chasse élégiaque dans les Appalaches. La séquence vietnamienne du film est courte et brutale, marquée par les concours de roulette russe auxquels les Viet-Congs soumettent les GI's. Le film est porté par des acteurs incandescents au sommet de leur art. Robert de Niro, John Savage, John Cazale, Christopher Walken et Meryl Streep sont inoubliables en personnages brisés par une guerre qui ne les concernent pas. Un film somptueux, poétique et violent par l'un des cinéastes les plus fascinants du Nouvel Hollywood dont il sera le fossoyeur avec l'échec de son western monumental La Porte du paradis, son chef d’œuvre incompris.

Le merdier Ted Post 1978

Apocalypse Now ressort sur les écrans : Notre Vietnam au cinéma

Le titre est pour le moins évocateur et situe bien l'enlisement de l'Amérique dans le bourbier du Vietnam. Car c'est un film réaliste et lucide sur cette guerre où les Américains pensent qu'ils vont faire bien mieux que les Français dans le premier conflit d'Indochine. Le film raconte au quotidien pourquoi une escouade de GI's doit absolument conserver un village qui n'est stratégique que dans le cerveau théorique de l'état-major. Le personnage de l'officier joué par Burt Lancaster est essentiel, car lui qui a connu la Seconde Guerre Mondiale, voit son pays perdre toutes ses valeurs dans un conflit colonial d'un autre temps. Film à petit budget tourné en Californie, Le Merdier étonne par sa vision éclairée d'une guerre où les Américains qui croient toujours avoir deux longueurs d'avance, sont en fait totalement démunis face à un ennemi organisé et convaincu de la justesse de son combat. On y voit aussi le désœuvrement des soldats qui attendent l'adversaire, ce qui permet de dresser le portrait de jeunes Américains totalement déconnectés de l'art de la guérilla en terre inconnue. Un film modeste, mais l'un des premiers à illustrer avec un ton acerbe le conflit le plus impopulaire de l'histoire des USA.

Platoon Oliver Stone 1986

Apocalypse Now ressort sur les écrans : Notre Vietnam au cinéma

C'est un film vraiment à redécouvrir, car Oliver Stone, cinéaste souvent balourd, s'y montre vraiment à son avantage. En connaissance de cause car le réalisateur fut engagé volontaire dans l'armée américaine pour se battre dans la jungle vietnamienne. Chris, le personnage joué par Charlie Sheen est de toute évidence le réalisateur himself, jeune étudiant idéaliste qui croit défendre une cause juste. Le film suit donc le quotidien d'une section (platoon) de l'infanterie qui, chaque jour, explore les pièges d'un pays à la nature hostile. La section est marquée par la rivalité de deux sergents, une tête brûlée de l'impérialisme capable des pires crimes de guerre et un chef charismatique, presque christique qui couve ses hommes dans une croisade fataliste et idiote. Platoon est un film choral qui montre le destin d'hommes venus de tous les horizons, unis dans la détresse, la peur, la violence, le rock et la drogue. Sur la musique poignante de l’adagio de Barber, le film dénonce la folie d'une guerre perdue d'avance vue par de jeunes hommes qui vont y perdre leur innocence à tout jamais. Une réussite incontestable, le meilleur film d'Oliver Stone.

Full metal jacket Stanley Kubrick 1987

Apocalypse Now ressort sur les écrans : Notre Vietnam au cinéma

Que pouvez bien vouloir nous dire Stanley Kubrick sur l'absurdité de la guerre, lui qui avait réalisé Les sentiers de la gloire, charge anti-militariste sur l'état-major français pendant la guerre de 14/18. Pas de choses plus essentielles sauf à montrer la part de violence que chaque être humain dissimule. Le film est constitué de deux parties : la première montre avec un sens du comique involontaire d'un sergent recruteur des Marines comment l'armée américaine forme des chiens de guerre à un conflit loin de leurs bases. L'instruction est un harcèlement constant pour que les recrues assimilent une discipline perverse et brutale qui leur fassent perdre toute forme de discernement. La seconde partie, tournée dans une usine désaffectée de Londres, tente à démontrer comme l'Amérique a perdu un conflit colonial avec des hommes qui n'ont plus aucune conscience du sacré pour la vie humaine. La guerre des Américains n'est plus que le bras armé d'une propagande impérialiste face à des combattants motivés par leur quête de liberté et de dignité. L'héroïsme guerrier ne vaut rien, s'il n'est pas motivé par une idée plus grande que soi. Comme souvent chez Kubrick, le film est un puzzle d'une implacable cohérence qui parle davantage à l'intellect qu'au cœur.

Outrages Brian de Palma 1990

Apocalypse Now ressort sur les écrans : Notre Vietnam au cinéma

Le Vietnam est la sale guerre des Américains et Brian de Palma veut l'illustrer à travers un fait de guerre à petite échelle. Le cinéaste, par cette parabole, tente de montrer à quel point l'être humain est capable de la pire sauvagerie primitive pour assouvir ses bas instincts et ses frustrations. Le scénario est tiré d'un fait réel. Des soldats emmenés par Sean Penn décident par vengeance d'enlever une jeune vietnamienne, de la violer et de la tuer. Seul un soldat, Michaël J. Fox tente de s'opposer à ce crime collectif. Ensuite, devra-t-il témoigner des atrocités de ses compagnons aux autorités militaires ? Le film est souvent considéré comme un film mineur de Brian de Palma, ce qui est assez injuste. Loin de ses obsessions hitchcokiennes et de son maniérisme virtuose, le cinéaste offre un film âpre sur le sadisme et la barbarie qui sommeillent en chaque guerrier pris dans l'engrenage de la violence des conquérants sûrs de leur fait. De Palma reste néanmoins un cinéaste de l'amplitude qui utilise sa capacité de filmer pour capter la vérité. Lui, l'homme qui aime tant les masques, les miroirs, les faux-semblants, les illusions, se concentre sur un seul objectif : fouiller les contradictions de l'âme humaine. Michaël J. Fox est étonnant dans ce rôle de conscience américaine digne de James Stewart. Quant à Sean Penn, il excelle en chef de meute pris de rage meurtrière.

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