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Publié par Philippe LENOIR

Son monologue dans Blade Runner a rendu Rutger Hauer immortel

Rutger Hauer qui vient de décéder à 75 ans, compte une centaine de films, d'innombrables participations à des séries télévisées... Il fut l'acteur fétiche de la première partie de carrière européenne de Paul Verhoeven, a tourné dans le dernier Peckinpah, Osterman week-end, fut consacré dans La légende du saint buveur d'Ermanno Olmi, Lion d'Or à Venise. Mais rien à faire, Rutger Hauer restera pour toujours Roy Batty, l'androïde rebelle et philosophe qui vole quasiment la vedette à Harrison Ford dans Blade Runner. « Je n'arrive toujours pas à croire que je suis devenu une icône à cause de ce seul film » disait l'acteur hollandais à chaque fois qu'on lui parlait de l’œuvre culte de Ridley Scott.

Un phénomène de la pop culture qui se perpétue à travers le temps, sur la seule scène finale où Rutger Hauer, à demi-nu sous la pluie torrentielle, livre face à Harrison Ford, son épitaphe avant de s'éteindre. « J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C briller dans l'ombre de la porte de Tannhäuser... Tous ces moments se perdront dans l'oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir. » Le colosse blond aux yeux bleus baisse la tête, le corps immobile. A l'époque, en 1982, personne ne comprend l'étendue des mystères de la condition humaine qu'explore ce film de science-fiction inspiré d'un court roman de Philip K.Dick.

Son monologue dans Blade Runner a rendu Rutger Hauer immortel

L'incompréhension est totale d'autant que Blade Runner se donne tous les aspects d'un blockbuster avec Harrison Ford qui vient de triompher dans Star Wars et Indiana Jones. De même, Ridley Scott vient de donner ses lettres de noblesse au film de terreur dans l'espace avec Alien, le huitième passager. La métaphysique de Blade Runner désoriente le public, d'autant que le film cultive l’ambiguïté sur la nature humaine ou robotique des personnages. Le film sera un échec commercial retentissant à sa sortie en salle. Le culte autour de Blade Runner naîtra de son exploitation en vidéo où le bouche-à-oreille réhabilite le film. Un objet très identifié aux années 80 avec cette esthétique publicitaire marquée par sa nuit bleue hollywoodienne, ses filtres orangés....

Son monologue dans Blade Runner a rendu Rutger Hauer immortel

Mais cette esthétique chère à Ridley Scott sert le propos du film qui donne une vision fantastique de Los Angeles en 2019. La scène d'ouverture avec les torchères qui crachent le feu, les engins spatiaux qui ont remplacé les hélicoptères, les gratte-ciels couverts d'écrans publicitaires, la pluie battante dans les rues sombres de LA vont influencer la vision du futur de tous les films à venir : Minority Report, Matrix, Les fils de l'homme, Hunger Games. L'atmosphère envoûtante du film doit beaucoup à la musique ambient de Vangelis qui compose une partition exceptionnelle. Et puis, il y a les tenues géométriques à épaulettes de Sean Young d'inspiration Thierry Mugler et l'ambiance série noire de l'enquête menée par Harrison Ford, détective désabusé et solitaire.

Tous ces éléments expliquent le statut de Blade Runner, classé désormais dans les cent films les plus importants de l'histoire du cinéma. Mais si tous les personnages s'interrogent sur leur part d'humanité, question essentielle de Blade Runner, c'est bien celui de Rutger Hauer, le réplicant rebelle et mélancolique à la recherche de son créateur, qui se montre le plus bouleversant. L'acteur hollandais doté d'un physique de blond aryen insensible, s'affirme en machine en détresse à la conquête de son humanité avant d'y renoncer. En moins de dix minutes, Rutger Hauer est devenu immortel. Un moment qui ne se perdra pas dans l'oubli comme les larmes dans la pluie. Paix à son âme.

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