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Publié par Philippe LENOIR

Le surf, des Beach Boys à Kelly Slater, de Point Break à Chanel, est un vecteur de pop culture

Le musée d'Aquitaine à Bordeaux propose tout l'été une grande exposition sur la culture du surf. Ce sport emblématique du Sud-Ouest de la France est devenu un phénomène qui s'apparente à un art de vivre avec ses musiques, ses films, ses vêtements, ses idoles et ses lieux de culte. Petit panorama du surf, version pop culture.

Le surf, des Beach Boys à Kelly Slater, de Point Break à Chanel, est un vecteur de pop culture

La musique

Quand on pense à la musique surf, on pense tout de suite aux fabuleux Beach Boys. D'ailleurs, Surfin USA est leur premier tube international et vante avec un esprit rock la qualité de vie sur les plages de Californie. Si la chanson a été écrite par Brian Wilson, d'ailleurs accusé de plagiat par Chuck Berry, les cinq garçons de la plage ne pratiquaient pas le surf, excepté Dennis Wilson. La popularité du titre masque un peu la réalité de la surf music qui se révèle plus punk-rock, plus psychédélique et surtout instrumentale pour l'essentiel. Aujourd'hui, des groupes pop continuent de vanter l'art de la glisse sur les vagues comme La Femme, un groupe de Biarritz qui a sorti en 2013 un titre intitulé Sur la planche. Pour notre part, on préfère la filière mélodique de Wicked Game interprété par Chris Isaak. La guitare cristalline de style hawaïen, la voix de crooner, le clip sexy sur la plage, une chanson qui semble glisser sur l'océan. Pour l'anecdote, Chris Isaak est un surfeur confirmé qui pratique dans son fief de Californie du côté de Santa Cruz.

Les seigneurs de Dogtown

Les seigneurs de Dogtown

Le Cinéma

En France, le surfeur le plus connu, c'est Brice de Nice avec sa tignasse blonde, son regard vide et son humour débile. On passe... Le film culte des surfeurs, c'est un documentaire de 1966 en pleine période hippie. Il s'agit de The Endless Summer qui suit trois surfeurs qui découvrent les plus belles vagues au cours d'un périple à travers le monde. Rite initiatique, ode à la nature, The Endless Summer est un manifeste écologique et pacifique plus qu'un documentaire sportif. On garde un bon souvenir des Seigneurs de Dogtown (2004) qui raconte comment des surfeurs de Los Angeles vont devenir des skateurs sur bitume en envahissant les piscines vides des particuliers pour y créer leurs figures. Mais le film de surf ultime, ça reste Point Break Extrême Limite (1991) avec Patrick Swaize et Keanu Reeves. Des surfeurs qui braquent des banques pour vivre hors du système suivis par la caméra virile de Kathryn Bigelow. Culte !

Le surf, des Beach Boys à Kelly Slater, de Point Break à Chanel, est un vecteur de pop culture

Les idoles

Dans le surf, c'est assez simple, il y a un Roi unique. C'est évidemment Kelly Slater, onze fois champion du monde et qui, à 47 ans, est toujours en activité dans l'élite mondiale. Il compte terminer en beauté en représentant les USA aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020. Le plus grand surfeur de l'histoire a fait l'acteur dans Alerte à Malibu et a multiplié les conquêtes de naïades dont Pamela Anderson, Cameron Diaz ou Gisele Bundchen... Aujourd'hui, il veut révolutionner son sport avec la création d'une vague artificielle dans son ranch californien où se déroule une manche du championnat du monde. On apprécie moyen cette mécanique régulière du tube qui dénature l'essence même du surf. L'autre figure, sa légende noire, c'est Andy Irons, le seul qui rivalisa avec Slater du temps de sa splendeur, en remportant trois titres de champion du monde en 2002,2003 et 2004. Bipolaire, fêtard, alcoolique et addict aux opiacés, il est retrouvé mort d'overdose à 32 ans dans une chambre d'hôtel. Aujourd'hui, la star du surf, c'est le gentil blondinet John John Florence, double champion du monde hawaïen.

Alana Blanchard

Alana Blanchard

Les filles

C'est le sujet qui fâche dans le surf avec l’hyper-sexualisation des filles sur une planche. Aujourd'hui, les surfeuses qui gagnent de l'argent, sont plus présentes sur Instagram que dans les compétitions officielles. Elles représentent des grandes marques de la mode surf, font l'objet de clips qui inondent les réseaux sociaux. Les plus connus sont Alana Blanchard ou Anastasia Ashley qui sont très loin des meilleures surfeuses du monde comme la Brésilienne Silvana Lima qui avait témoigné dans un documentaire sur la BBC de sa difficulté à trouver un sponsor en raison de son physique. La numéro 1 française Johanne Defay a connu la même mésaventure. La meilleure surfeuse du monde Stephanie Gilmore, égérie de la marque Roxy, avait fait scandale dans un clip de promotion d'une compétition à Biarritz où l'on voyait son corps sur toutes les coutures, sauf son visage. Pas sûr que ça évolue beaucoup. On peut même penser que le phénomène va s'accentuer, car la surfeuse sexy est un business à part entière.

Teehupoo à Tahiti

Teehupoo à Tahiti

Les spots de légende

Le surf, c'est aussi des lieux incroyables, souvent dans des pays exotiques. Mais on l'ignore souvent, celle qu'on considère comme la plus belle vague du monde se trouve en France. D'accord c'est à Tahiti au sud de Papeete. Teahupoo est une vague tubulaire incroyable quand elle se réveille et qui attire les plus expérimentés surfeurs de la planète. L'autre vague polynésienne de légende se trouve à Hawaï et se nomme Pipeline. En fin d'année, les meilleurs surfeurs de la planète s'y retrouvent pour la dernière manche du championnat du monde. Son fond constitué de corail est considéré comme le plus dangereux au monde. En Californie du Nord, la vague géante de Mavericks peut atteindre 20 mètres alors qu'au sud, la surf city d'Huntington Beach avec sa célèbre jetée propose des vagues parfaites pour le surf de loisirs. En Asie, les spots les plus courus se trouvent sur l'île de Bali. Uluwatu et Padang Padang notamment où leur cadre majestueux accueille des vagues de classe mondiale. Pour l'histoire et l'esprit, il faut aller en Australie dans le sanctuaire de Bells Beach, creuset du surf moderne qui accueille la plus ancienne compétition de surf du monde. En Europe, c'est la vague géante de Nazaré au Portugal qui attire tous les regards avec un record à 24,38 mètre, la vague la plus haute jamais surfée. Au Pays basque français, la vague de Belharra au large de Saint-Jean-de-Luz se forge une belle réputation lors de ses rares réveils.

Le surf, des Beach Boys à Kelly Slater, de Point Break à Chanel, est un vecteur de pop culture

La mode

La mode surf vit l'un de ces plus grands paradoxes. Très en vogue dans les années 2000, toutes les marques traditionnelles rattachées à ce sport vivent actuellement une crise. Quicksilver, Billabong, Rip Curl, les leaders du marché, façonnés dans une image de contre-culture, ont vu leur réputation se ternir auprès du consommateur du fait que leurs lignes de vêtements bon marché ne se distinguaient plus assez des autres. Du coup, ces marques surf qui s'installaient même dans des régions où il n'y a pas la mer, cherchent à se recentrer sur le cœur de cible. Dans le même temps, les marques de luxe s'approprient la culture surf comme Prada, Louis Vuitton Hermès et même Chanel qui sort une planche avec son logo. L'esprit libertaire des surfeurs semble donc un vecteur qui attire les marques, des plus populaires aux plus élitistes. A se demander si le surf est aussi à la mode qu'on le dit en se révélant aussi rassembleur et consensuel. Les intéressés s'en moquent sans doute comme de leur première planche en scrutant la ligne des vagues à l'horizon pour engager une session où le monde est à eux.

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