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Publié par Philippe LENOIR

OK Computer de Radiohead signe la fin du disque de rock

Drôle d'histoire que ce vol des sessions inédites de l'album OK Computer du groupe anglais Radiohead et de la volonté du hacker à réclamer une rançon menaçant de dévoiler à la face du monde ces 18 heures d'enregistrements. Le groupe a intelligemment contrecarré les exigences du voleur en mettant en ligne les fameuses sessions. Mais au-delà de cette péripétie qui permettra aux fans de découvrir le travail de création de Radiohead, il symbolise le culte qui entoure OK Computer considéré comme un album majeur du rock. C'est peut-être aussi car en 1997 quand il sort, ce disque, sans le savoir, achève quasiment un cycle autour du culte du rock, mais aussi du disque. Les années 2000 qui se pointent vont bouleverser profondément le business musical qui ne sera jamais plus dominé par le rock, tout du moins pour son potentiel commercial et son influence artistique.

Huit millions d'exemplaires

Quand au disque, objet de ferveur et œuvre d'art associés au rock, il finira englouti par la révolution numérique en téléchargement, puis en streaming. Dans les années 90, la jeunesse s'étripe sur Blur et Oasis, les phénomènes de la Brit-Pop, pleure le suicide de Kurt Cobain, le héros du grunge rageur et dépressif et adoube REM comme nouvelle conscience humanitaire du monde. Radiohead se situe alors en outsider, le groupe d'Oxford trimballant une réputation intello et torturé, symbolisé par son leader chétif Thom Yorke. Avec leur tube Creep, Radiohead s'ouvre la voie royale des charts offrant une alternative aux groupes majeurs de l'époque. Avec OK Computer, disque ambitieux qui se vendra à huit millions d'exemplaires, Radiohead devient, à son corps défendant, un mastodonte du rock'n'roll circus, calibré pour les tournées mondiales.

Des classiques impérissables

En 1997, Radiohead possède les pleins pouvoirs pour réaliser l'album qu'il veut, le label EMI lui donnant carte blanche. Au bout du compte, Thom Yorke et ses acolytes délivreront un disque qui, au départ n'augure pas d'un tel potentiel commercial. L'ensemble est mélancolique, sombre, planant, dépressif même. Malgré son titre, le disque possède une armature rock classique, à peine ponctué de sons électroniques. Le titre phare Paranoïd Androïd est une somme à lui tout seul de l'album, explosant par son format, le single pop avec ses ruptures de ton, ses déliés entre douceur mélodique et rage punk, une harmonie progressive qui s'achemine en chaos sonore. Mais le disque, au final, révélera des classiques impérissables de Radiohead comme le fabuleux Exit Music (for a film) ou le quasi lumineux et lyrique Let down. Au bout du compte, le titre le plus connu sera No Surprises avec son arpège de guitares cristallines qui porte pourtant une complainte suicidaire de Thom Yorke.

Kid A, contrepied expérimental

Bref, OK Computer, dès sa sortie, est un disque qui affiche sa volonté de passer à la postérité. Mais son succès phénoménal déstabilise le groupe, surtout Thom Yorke qui n'assume pas son statut de rock star adulé. L'album suivant Kid A est une réponse cinglante au chef d’œuvre du groupe en s'exposant comme un contre-pied expérimental, étouffant et obscur, ouvrant la voie aux musiques électroniques pour mieux mettre en sourdine les guitares. Une autre ère s'ouvre où les derniers héritiers du rock, de Coldplay à The White Stripes en passant par Arcade Fire déclencheront quelques étincelles, mais sans jamais enflammer la planète. Radiohead évitera le syndrome du groupe boursouflé pour conserver un statut culte qui lui convient mieux. Néanmoins, ce vol de sessions par un hacker indélicat confirme l'importance de OK Computer  et réactive la nostalgie que l'album inspire à toute une génération.

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