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Publié par Philippe LENOIR

La pop-culture coréenne déferle sur le monde

Une Palme d'Or pour Parasite du cinéaste Bong Joon-ho (voir notre article du 25 mai) et deux concerts complets au Stade de France (7 et 8 juin), pour le boys band de K-Pop BTS sont les deux indicateurs formels de la dynamique de la culture populaire de Corée du Sud qui déferle sur la planète. Ce phénomène très puissant provenant d'un petit pays d'Extrême-Orient est assez unique dans l'histoire et s'affirme comme une tendance forte depuis une décennie. Surtout qu'elle s'impose en Occident, la contrée qui régit la pop-culture mondiale depuis les années 50 avec le rock et le cinéma. Certains épiphénomènes avaient déjà ouvert des brèche dans cette hégémonie comme le reggae jamaïcain dans les années 70/80 grâce à Bob Marley et le cinéma de kung-fu hong-kongais avec Bruce Lee.

Mais il s'agissait bien souvent de l'exploit artistique d'une figure de proue charismatique qui permettait au monde de découvrir des cultures considérées comme exotiques. Cette déferlante coréenne est bien différente, car de fait, elle a intégré dans sa conquête du monde tous les codes de la culture dominante, surtout dans la K-Pop. Musicalement, cette pop-music coréenne est surtout une lessiveuse rythmique faite d'électro-disco, de R'n'B sur laquelle est plaquée des mélodies entêtantes interprétées par de jeunes gens choisis sur casting pour former des boys et girls band sexy, s'exhibant dans des chorégraphies au cordeau.

Ce phénomène très populaire en Europe et aux USA dans les années 90/2000 semblait essoré, laissant la place à ces groupes coréens dont la notoriété a grandi par le biais d'internet et des réseaux sociaux atteignant par propagation numérique la jeunesse du monde entier. Pas de calcul marketing de la part de la production coréenne, car cette K-Pop provient d'un engouement local pour ce style musical hédoniste et dépolitisé, doublé d'une fascination maladive du pays pour une certaine forme de beauté juvénile. En Corée du Sud, la chirurgie esthétique est devenue un art de vivre, ce qui correspond à un pays obnubilé par sa propre modernité symbolisée par des marques high-tech planétaires comme Samsung. Rien qu'à Séoul, on compte 500 cliniques spécialisées dans la chirurgie esthétique et un tiers des Coréennes entre 19 et 29 ans ont déjà bénéficié d'une opération pour améliorer leur physique.

En ce qui concerne le cinéma, le phénomène est également puissant, mais plus artistique avec un financement des films assez proche du système français. Ce qui permet au pays de produire des films variés avec des auteurs qui s'exportent dans le monde entier. Les meilleurs d'entre eux ont intégré les codes du cinéma de genre ultra-efficace tout en évoquant les névroses, les inégalités, les souffrances et les obsessions d'une Corée du sud s'enivrant dans le consumérisme, alors que sa jumelle du Nord vit repliée dans la dernière dictature socialiste du globe. C'est évidemment le cas de Bong Joon-ho dont Parasite a été consacré à Cannes (sortie mercredi 5 juin), mais qui s'était déjà imposé avec des films originaux qui, sous couvert de thriller (Mémories of murder), de fantastique (The Host) ou d'anticipation (Snowpiercer) sont de véritables œuvres d'auteur.

Dans la même veine, on peut citer Park Chan-Wook avec le polar destroy et maniéré Old Boy ou le thriller érotique et toxique Mademoiselle; Sang-Ho Yeon pour son film de zombies Dernier train pour Busan, une dinguerie gore lancée à toute berzingue ; Jee-Woon Kim pour A bittersweet life polar hommage au Samouraï de Jean-Pierre Melville ou Le bon, la brute et le cinglé, western coréen à la Sergio Leone époustouflant de virtuosité. Bref, la Corée du Sud n'a pas fini de nous surprendre par sa culture de la modernité, d'autant qu'il se dit qu'elle possède des talents, dans la mode comme dans la gastronomie, prêts à conquérir la planète.

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