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Publié par Philippe LENOIR

John Wayne, monumental dans La Prisonnière du Désert

Il y a quarante ans, le 11 juin 1979, John Wayne disparaissait à l'âge de 72 ans, laissant derrière lui une filmographie unique, symbolisant à lui seul le héros des valeurs fondatrices de l'Amérique éternelle. Un archétype souvent vu comme monolithique, assumé par un comédien moqué pour un jeu qu'on disait limité. Pourtant le Duke, son surnom à Hollywood, a démontré maintes fois qu'il était un acteur subtil, émouvant, drôle, que ce soit en vieux soldat dans La Charge Héroïque, en shérif courageux et fraternel dans Rio Bravo, en amoureux maladroit dans L'homme Tranquille... On pourra toujours rétorquer que John Wayne fut, dans ces films, dirigé par de grands réalisateurs comme John Ford ou Howard Hawks. Mais il serait injuste de ne pas voir à quel point Wayne contribua par sa présence, son regard, sa diction à l'élaboration de ces grands classiques hollywoodiens. Mais si l'on ne doit retenir qu'un seul rôle dans l'immense carrière de John Wayne, ce sera celui de Ethan Edwards dans La Prisonnière du Désert (The searchers) de John Ford.

Aucune nomination aux Oscars

Un western mythique de 1956 tourné à Monument Valley, décor à tout jamais lié aux grands espaces de l'Ouest américain par la grâce des films de Ford. Un film régulièrement cité parmi les dix plus grands chefs-d’œuvre du cinéma et qui, ironie de l'histoire, ne reçut aucune nomination aux Oscars. John Wayne l'aurait amplement mérité, lui qui devra encore ronger son frein 24 ans avant de décrocher la précieuse statuette pour le conventionnel Cent dollars pour un shérif. Car John Wayne est prodigieux dans le rôle d'un homme névrosé, obsessionnel et raciste qui, pendant des années, va partir à la recherche de sa nièce Debbie, enlevée par les Indiens qui ont massacré toute la famille de son frère.

Amour impossible

Dès sa première séquence, avec cette porte qui s'ouvre sur le désert, cette femme qui sort sur le perron, tablier au vent, qui scrute la silhouette d'un cavalier au loin, le film met en scène la mythologie de John Wayne, héros solitaire et taciturne qui revient au pays. Suite à cette séquence, avec quelques regards, un geste ou deux,  on comprend qu'Ethan Edwards est parti à la guerre, suite à son histoire d'amour impossible avec sa belle-sœur. L'homme brisé, plein d'amertume, va trouver un sens mortifère à sa vie, en recherchant la fille de celle qu'il a tant aimé et qu'il a retrouvé morte, tuée par les Comanches. Mais cette quête vengeresse va se transformer au fil des années en un seul objectif : tuer sa nièce qui sera devenue une squaw ayant eu des relations sexuelles avec un Indien.

Le regard dégoûté d'Ethan

John Wayne personnifie cette rage intransigeante, cette haine intériorisée dans quelques scènes mémorables comme celle où il s'acharne à tirer sur un cadavre de guerrier comanche. Il y a surtout ce travelling avant sur le regard dégoûté d'Ethan, fixant des jeunes femmes blanches violées par des Indiens, un regard qui révèle son sombre dessein quand il retrouvera Debbie. Tout au long de La Prisonnière du Désert, John Wayne incarne à merveille ce personnage de mort-vivant ambigu, violent, romantique et solitaire. Un rôle si fort que l'acteur plutôt boute-en-train sur les plateaux, vécut dans l'esprit tourmenté d'Ethan pendant tout le tournage et donna ce nom à l'un de ses fils.

Le rôle de sa vie

John Wayne arrive à rendre son personnage tellement crédible dans sa folie meurtrière que le dénouement se révèle un drame paroxystique jusqu'au moment où il prend Debbie effrayée dans ses bras en lui disant : « Let's go home » . La dernière scène qui reprend l'encadrement de la porte donnant sur le désert de la première séquence, montre tous les personnages entrer dans la maison, laissant Ethan Edwards à sa solitude. Là encore, dans une économie de geste, juste le bras gauche posé le long du bras droit, l'acteur témoigne de son sombre destin, voué à s'éloigner pour se confronter à ses tourments, ses regrets et ses amours défuntes. John Wayne, monumental et magistral dans le rôle de sa vie.

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