Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Philippe LENOIR

Orange is the new black a illuminé les femmes à l'ombre

La série Orange is the new black s'arrêtera après la saison 7qui sera diffusée sur Netflix à partir du 26 juillet. Un trailer déjà empreint de nostalgie vient d'être lancé sur internet où l'on voit les actrices fredonner la chanson du générique dans les studios qui ont servi de décor à la prison de Litchfield. Bingo, car une bonne série c'est aussi un générique dont on se souvient. Celui d'Orange avec sa suite de regards féminins en gros plan, ceux des protagonistes de la série, sur cette chanson de Regina Spektor, est de ceux que notre mémoire télévisuelle retiendra longtemps.

Car ce générique qui renonce à toute afféterie esthétique, à toute connivence aimable, est contrebalancé par cette chanson qui prend fait et cause pour ces laissées pour compte de la société américaine. Une chanson qui dit: «remember all their faces, remember all their voices, soit rappelez vous leurs visages, rappelez vous leurs voix. » Un défi accompli, car Orange is the new black, série historique de Netflix, aura réussi à nous passionner autour du quotidien de taulardes bien ordinaires. Pas des caïds ultra violents en quartier de haute sécurité comme dans Oz, pas de génie de l'évasion comme dans Prison Break... Juste des filles parquées dans une modeste prison sans âme, quasiment sans barreaux, où elles survivent selon des codes qu'elles s'imposent sous le regard à peine concupiscent des gardiens.

La série est inspirée du récit de Piper Kerman qui raconte dans un livre son expérience carcérale de quinze mois pour blanchiment d'argent. Dans la série, elle devient Piper Chapman qui purge une peine pour avoir transporté une valise de drogue pour le compte de sa petite amie dealeuse. Blonde, jolie, issue de la classe moyenne new yorkaise, Piper est la fausse héroïne d'Orange is the new black. Elle est celle qui a permis aux spectateurs d'entrer dans la prison de Litchfield, car au fil des épisodes, la série proposera d'entrelacer les destins d'une bonne vingtaine de prisonnières et de quelques membres du personnel dont le directeur Caputo, bon gars, mais souvent débordé. La série à la mise en scène naturaliste illustre avec efficacité les maux de l'Amérique à travers son communautarisme, son racisme, son intolérance religieuse, ses tabous sexuels. En prison comme à l'extérieur, les blacks, les latinos, les rednecks, les vieilles, les lesbiennes, défendent leurs intérêts, imposent leurs règles, revendiquent leur statut....

Ni franchement drôle, ni résolument triste, Orange is the new black a surtout permis de s'attacher à des personnages dont on découvre le passé au fur et à mesure, déjouant parfois les clichés sociaux. Suzanne, la black borderline, a été adoptée par une famille blanche aisée dans laquelle elle ne s'est pas intégrée. Tiffany est une blanche aux chicots pourris, toxicomane, qui a avorté cinq fois et dont la mère la prostituait dès l'âge de dix ans. Il y a aussi Sophia, la coiffeuse trans qui a un fils qui préfère garder le souvenir de son père au masculin. Bref, Orange empoigne la société américaine à bras le corps, montre des corps imparfaits, gros, ridés ou usés, affronte l'homosexualité féminine très répandue à Litchfield, lorgne sur le découragement du personnel carcéral, illustre la violence dont sont capable les femmes, mais aussi leurs petits bonheurs fugaces et leurs désarrois les plus profonds... Une série dont on se rappellera longtemps les visages et les voix.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article