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Publié par Philippe LENOIR

La phrase qui fait de Game of Thrones une grande œuvre politique

L'épisode final de Game of Thrones aura passionné la planète au-delà de toute raison. Jamais une série n'aura bénéficié d'autant d'analyses critiques sur ses conclusions Et certaines sont assez pertinentes comme celles de voir la volonté émancipatrice de Daenaerys la transformer en despote d'un nouvel ordre dictatorial avant qu'elle soit trucidée, à l'instar de César par Brutus, par son amant Jon Snow. On aime bien l'idée que ce fameux trône de fer qui fit des milliers de morts soit détruit de rage par le dragon. On salue que le pouvoir soit confié à Bran Stark, celui qui perdit ses jambes dès le première épisode de la saison 1 après avoir surpris les amours incestueux de Cersei et Jamie Lannister et qu'il soit désigné par un système oligarchique préféré à la démocratie.

Mais c'est une phrase dite par Tyrion Lannister qui permettra peut-être à Game of Thrones de devenir une grande série politique. « Rien de plus puissant qu'une bonne histoire »dit-il à des millions de spectateurs massés devant leurs écrans. A l'heure où l'opinion mondiale est de plus en plus incrédule face aux discours des puissants, Game of Thrones rappelle ainsi le pouvoir de la fiction pour fasciner les foules, camoufler le réel et embellir la vérité. Il y a 20 ans, X-Files annonçait dès son générique : « la vérité est ailleurs », qui prophétisait l'essor des thèses complotistes qui prospèrent désormais au grand jour. Dallas, la série phare des années 80 proclamait : « ton univers impitoyable glorifie la loi du plus fort » au tournant des politiques libérales de Reagan et Thatcher. Et Six feet under, la grande série des années 2000 annonçait peut-être le mouvement #MeToo avec cette saillie : « ça serait bien que la première personne qui se lève prépare le café, et cela même si cette personne a un pénis. »

Au cinéma aussi, des phrases de ce style ont eu de réelles influences et ont permis à des films de résonner comme des œuvres politiques de haute lignée. Dans L'homme qui tua  Liberty Valance, le western de John Ford, un journaliste déclare à la fin du film après avoir appris la vérité cette phrase restée célèbre : « on est dans l'Ouest ici. Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende. » La même année, en Europe, dans Le Guépard de Luchino Visconti, Tancrède, l'aristocrate cynique joué par Alain Delon sort à son vieil oncle : « Si nous nous ne mêlons pas de cette affaire, ils vont nous fabriquer une république. Il faut que tout change pour que rien ne change. » Dix ans plus tard, la contre-culture hippie, le scandale du Watergate, annonçaient une société en quête d'un nouveau souffle.

On se souviendra aussi de l'influence de la trilogie Matrix dans les années 90 qui préfigurait les mondes virtuels avec des sentences comme celles-ci : « le choix n'est rien qu'une illusion, créée pour séparer ceux qui ont le pouvoir de ceux qui ne l'ont pas. » Enfin, on terminera avec le plus grand philosophe de l'histoire du cinéma, j'ai nommé Yoda maître Jedi de Star Wars : « la peur est le chemin vers le côté obscur ; la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance. » Les grandes œuvres de la pop culture ont toutes des influences sur les consciences collectives. Game of thrones de toute évidence est de cet acabit et devrait résonner longtemps sur notre manière d'appréhender notre vision du monde.

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