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Publié par Philippe LENOIR

L'art du dollar de ce cochon de Jeff Koons

Jeff Koons retrouve son trône d'artiste contemporain vivant le plus cher du monde. Sa sculpture The rabbit vient de se vendre à New York pour la somme extravagante de 91,1 millions de dollars. Il s'agit d'un moulage en acier poli d'un lapin gonflable de 104 centimètres qui existe en trois exemplaires. Et déjà les commentaires vont bon train sur Jeff Koons considéré comme un génie par certains et pour un escroc pour tous les autres. En tout cas, l'artiste américain suscite régulièrement la controverse, ce qui en matière d'art, serait plutôt un bon signe. Il y a quelques mois encore, son don à la ville de Paris d'une sculpture monumentale d'un bouquet de tulipes en hommage aux victimes de l'attentat du Bataclan, a suscité une violente polémique. Du coup, Anne Hidalgo plutôt favorable à l'installation de la sculpture près du Trocadéro, a préféré renoncer.

Avec ce nouveau record, la mauvaise réputation de Jeff Koons devrait encore gagner quelques jalons sur sa vulgarité, son kitsch, son âpreté au gain... Pourtant, Jeff Koons est un cas unique dans l'art, car ses œuvres sont convoitées par les collectionneurs de l'élite et attirent dans les musées les classes populaires. Dans l'histoire de l'art, cette convergence est quasiment unique, surtout quand celle-ci est planétaire. L'artiste le plus cher est en même temps le plus populaire. Sans doute parce que Jeff Koons n'est pas un véritable représentant de l'avant-garde, mais plutôt un habile manipulateur de concepts imaginés par d'autres au cours du XXe siècle.

D'un côté, le ready-made inventé par Marcel Duchamp qui faisait d'un urinoir ou d'un porte-bouteille une œuvre d'art sur le principe qu'un objet exposé comme une œuvre d'art en devenait une. L'autre influence, c'est évidemment le pop-art, ce mouvement théorisé par Andy Warhol, qui utilise la production en série, reprend le principe de la publicité et remplace les figures religieuses par les stars de la culture populaire. Et voilà comment Jeff Koons s'est imposé en mettant sous verre des aspirateurs ou des ballons de basket, en sculptant en acier poli les figures de Mickey, Popeye ou Michaël Jackson, en créant dans son atelier de cent personnes des chiens ou des lapins gonflables monumentaux en série.

Aujourd'hui, Jeff Koons est un artiste compréhensible par le plus grand nombre avec la vertu d'être ludique, voire franchement rigolo. Ces concepts post-modernes ont surtout l'avantage de ne choquer personne, sauf quelques amateurs avertis qui hurlent à l'imposture. Mais dans le monde cynique d'aujourd'hui, chacun a assimilé l'escroquerie, d'autant que Jeff Koons ne se pose jamais en esthète, même pas en artiste. Tout juste un plasticien comme on dit aujourd'hui, lisse, brillant et avenant comme ses œuvres. Pourtant Jeff Koons fut, il y a longtemps, un artiste bien plus provocateur, un vrai cochon de l'art plus que du dollar, quand il se photographiait avec la Cicciolina, sa première femme, une actrice porno italienne devenue députée dans les années 80. Ses grands formats où Koons se mettait en scène dans des poses pornographiques hyperréalistes sont désormais exposés en catamini, n'ont jamais convaincu les collectionneurs et mettent encore mal à l'aise les visiteurs. Aujourd'hui, Koons est un bobo new yorkais en costume cravate qui passe ses week-ends à la campagne avec femme et enfants. Contemporain en somme.

L'art du dollar de ce cochon de Jeff Koons
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