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John Carpenter, quand l'horreur cache un véritable auteur

John Carpenter, 71 ans, peut savourer son plaisir de recevoir les honneurs du festival de Cannes, dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs. Il a reçu une standing ovation au cours d'une master class où les festivaliers se sont massés avec enthousiasme pour écouter celui qu'on reconnaît aujourd'hui comme un maître du cinéma américain. Enfin, il est surtout reconnu en France, pays de la cinéphilie auteuriste, car aux États-Unis, John Carpenter est un cinéaste quasiment oublié. C'est ce qu'on appelle là-bas, un réalisateur de série B, de films d'exploitation dont la réputation reste liée à Halloween en 1978 qui deviendra une franchise du cinéma d'horreur. Mais l'original ne sera jamais égalé, car Halloween, la nuit des masques, est un pur chef-d’œuvre qui inaugure un genre, le slasher, où un tueur psychopathe tue des jeunes gens à l'arme blanche. Cela donnera par la suite Vendredi 13 ou Scream.

Mais Halloween est bien plus qu'un film d'horreur, par une maîtrise totale du suspense, de l'espace, de la suggestion au sein d'une maison d'une banlieue de la classe moyenne de Los Angeles. Comme le maître Hitchcock, John Carpenter montre à peine le tueur au masque, joue avec nos nerfs en digressant sans fin sur les victimes ne se doutant de rien, le tout surligné d'une musique minimaliste aux synthés qui fout les miquettes. Cette musique est d'ailleurs l’œuvre de John Carpenter, reconnu comme un compositeur très singulier pour sa capacité à créer une atmosphère avec quelques notes de synthés. Halloween deviendra un classique instantané qui va, contre son gré, enfermer Carpenter dans le film d'horreur, lui qui restera toute sa vie fasciné par le classicisme d'Howard Hawks, notamment de Rio Bravo. Avant Halloween, il avait réalisé Assaut, un remake urbain du célèbre western.

Il reprendra ce principe du lieu assiégé qui révèle les hommes dans Fog, The Thing, Prince des ténèbres ou Ghosts of Mars. C'est bien cette obsession qui en fait un véritable auteur tout en respectant les codes du cinéma de genre. Sa critique de la société américaine prend de l'ampleur dans New York 1997, autre chef d’œuvre d'anticipation où Manhattan est transformé en pénitencier dans lequel un héros cynique et asocial doit s'introduire pour récupérer le président des États-Unis. Ce héros Snake Plissken joué par Kurt Russell, reste un archétype qui aurait pu devenir une franchise à lui tout seul. Ce film permet à John Carpenter d'être engagé à Hollywood où il réalise Christine, impeccable film sur une voiture jalouse, tueuse de teenagers. Il poursuit avec The thing, huis clos magistral où un alien s'introduit dans une base au pôle nord, mais qui sera un échec, éclipsé par ET de Spielberg qui sort en même temps.

Le bide des Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, superproduction inspiré des serials de kung-fu, jettera le réalisateur dans la marge. Il conservera néanmoins sa verve dans Invasion Los Angeles dans lequel un ouvrier découvre des lunettes qui lui permettent de voir que la ville est dirigée par des extra-terrestres. On se souvient que les affiches publicitaires sont en fait des messages des aliens pour endormir le bon peuple. Corrosif à souhait. Revenu au cinéma indépendant, John Carpenter continuera à faire de bons films comme L'antre de la folie sans parler de l'époustouflant Vampires qui reprend, une fois de plus, son obsession de Rio Bravo. Le festival de Cannes a vraiment eu raison d'honorer John Carpenter. Le vieux maître oublié aux USA, au cœur du festival le plus cinéphile du monde, a pris une revanche salvatrice et émouvante. En plus, les festivaliers peuvent y revoir The thing. Quelle chance !

John Carpenter, quand l'horreur cache un véritable auteur
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