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Jean-Claude Brisseau, le cinéaste de la controverse sexuelle

Jean-Claude Brisseau qui vient de mourir à 74 ans, reste dans les mémoires pour deux raisons : la consécration de Vanessa Paradis dans Noce Blanche en 1989 et les accusations d'agressions sexuelles lors d'essais avec de jeunes actrices en 2005. D'un côté, le sommet qui en fera à ce moment là le cinéaste à suivre et de l'autre, le déshonneur qui l'installera en paria. Pourtant, Brisseau mérite sans doute mieux que ce raccourci entre son seul succès commercial au cinéma et la chronique judiciaire d'un artiste pervers.

Il y a, tout de même, une cohérence dans ce cheminement, celui de sa fascination pour les jeunes femmes et leur sexualité qui parcourt son œuvre. Une sorte d'héritier d'Eric Rohmer qui produira ses premiers films, la fureur érotique en prime, car Jean-Claude Brisseau aime, sans doute trop, filmer le corps désirable de jeunes femmes. Et l'homme têtu comme une mule fera même de ses condamnations le sujet de son film Les anges exterminateurs dans une mise en abyme de son propre sort. Il faut bien avouer que son goût de l'érotisme n'est pas forcément sa part d'artiste la plus inspirée, celle-ci en restant souvent à la stylisation un peu kitsch du porno soft des années 2000.

En fait, Jean-Claude Brisseau est plus doué, dans sa veine rohmérienne, à esquisser le caractère des jeunes femmes dans leur fragilité, ce qu'il réussit si bien à faire dans Noce Blanche. Ce film qui raconte l'histoire d'amour entre une lycéenne paumée et son professeur, fut un énorme succès qui permit à Vanessa Paradis de se construire en artiste véritable au point qu'elle n'a jamais vraiment pu échapper à ce rôle depuis, malgré une carrière fructueuse et variée. Pourtant, ce film naturaliste qui le rapproche de Pialat et Rohmer est aussi un malentendu. Car Brisseau est encore plus un cinéaste inspiré par Hollywood, un styliste fasciné par John Ford, Alfred Hitchcock, Nicolas Ray ou Douglas Sirk.

C'est en 1988 au festival de Cannes que l'on découvre Jean-Claude Brisseau avec De bruit et de fureur, un film sauvage et poétique sur des marginaux des cités, précurseur des films de banlieue des années 90 dont La Haine de Matthieu Kassovitz deviendra l'étendard d'un genre en soi. Le film marque par son désespoir documentaire, mais pourtant on y trouve déjà des scènes fantastiques, un certain lyrisme mélodramatique qui forge son œuvre à l'écart du cinéma d'auteur à la française. Ce maniérisme hollywoodien, il en fera la signature de son troisième film L'ange noir où il se singularise encore en donnant le rôle principal à Sylvie Vartan après avoir propulsé Vanessa Paradis au firmament. Il s'agit d'une variation hitchcockienne où il paie son tribut à Vertigo, mais qui sera un échec cuisant pour lui, mais aussi pour la chanteuse. De même pour Les savates du Bon Dieu, là aussi un pur mélo de banlieue où il revient à ses obsessions sur la jeunesse égarée et romantique.

La suite de sa carrière sera plus chaotique avec des films de plus en plus fauchés, marqués par les scandales sexuels qui fera de Brisseau la cible des féministes qui obligera la cinémathèque à annuler un hommage en son honneur en 2017, à l'instar de Roman Polanski. Néanmoins, son avant dernier film La fille de nulle part sera consacré du Léopard d'Or au festival de Locarno. Brisseau y joue le rôle d'un vieil écrivain qui recueille une jeune femme. Là encore, fantastique et érotisme seront de la partie, car malgré sa marginalité, Jean-Claude Brisseau n'aura jamais cédé face aux pressions. Un franc-tireur sulfureux et maudit jusqu'au bout au risque d'avoir gâcher sa prometteuse carrière.

Jean-Claude Brisseau, le cinéaste de la controverse sexuelle
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