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Publié par Philippe LENOIR

Elton John reste le mal aimé du rock

On se demande ce qui peut bien passionner Hollywood pour consacrer un biopic à Elton John, une rock star aujourd'hui dévaluée de l'histoire de la pop music. Car si le chanteur britannique est l'un des plus gros vendeurs de disques de l'histoire avec un record inégalé pour Candle in the wind dans sa version Princesse Diana, il y a bien longtemps que son talent artistique s'est englué dans la variété internationale boursouflée. Pourtant, Elton John fut, il y a longtemps un songwriter incroyable, un pianiste subtil et un chanteur inspiré. C'était dans les années 70 post-Beatles où son sens de la mélodie pop lui permettait de façonner des chansons gracieuses avec la complicité de son parolier Bernie Taupin. Seul souci, son physique rondouillard et son crâne déplumé l'empêchèrent de rivaliser avec David Bowie ou Marc Bolan, les stars extravagantes du glam rock de l'époque.

Alors, Elton John va se sentir obligé d'en faire des tonnes, multipliant les tenues voyantes, usant des attitudes décadentes option rigolo, menant le train de vie de rock star, le nez dans la poudre... C'est sans doute cet aspect spectaculaire qui fait l'intérêt de Rocketman le film, bonifié par une homosexualité totalement assumée sur le tard et une amitié jusqu'à dans la tombe avec Diana. Pourtant, Elton John a pondu quelques pépites lumineuses de la musique pop dans sa première partie de carrière, les années 70. Car Elton John n'a jamais montré son côte obscur, son sens du tragique, pour se contenter de livrer des chansons à la ligne claire, ce qui ne lui aura jamais permis d'être pris au sérieux par les élites du rock. Pourtant, des ballades comme Your song ou Sorry seems to be the hardest word étonnent par leur efficacité classique, des titres pop comme Rocket Man ou Goodbye yellow brick road rivalisent avec ceux de ses modèles Lennon-McCartney et des chansons plus enlevées comme Crocodile Rock ou Don't go break in my heart étonnent par leur étincelante vivacité.

A la fin de cette période glorieuse des seventies, confit dans l'alcool et la drogue, Elton John surprend en plaçant en tête des ventes un instrumental au piano Song for guy qui démontre sa capacité de compositeur, et étonne encore plus en entamant une collaboration avec Michel Berger qui donnera un duo guimauve avec France Gall. Néanmoins, dans les années 80, à l'ère du vidéo-clip dans laquelle triomphent Michaël Jackson, David Bowie et Madonna, Elton John revient avec son dernier grand titre pop-rock I'm still standing, réponse ironique à ceux qui disent qu'il est fini. S'ouvre alors une période avec des tubes en pagaille de Sad song à Nikita jusqu'à Can you feel the love tonight, la chanson du Roi Lion de Disney qui font de Sir Elton un chanteur de variété doué, mais dans le fond, peu inspiré. Bref, trop rond, trop chauve, trop rigolo, pas assez tragique, homo épanoui sur le tard et star d'un biopic de son vivant, Elton John cumule les tares qui en font le mal aimé du rock. N'empêche, quelques-unes de ses chansons méritent encore d'être écoutées, encore et encore. Quand au film, on s'en moque un peu à vrai dire....

 

 

 

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