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Anémone,  une étoile qui refusait le système

Le décès d'Anémone semble se réduire à Thérèse, son rôle de godiche coincée dans Le Père Noël est une ordure qui en fit une vedette du cinéma français des années 80. Un peu comme pour Jean-Pierre Marielle disparu la semaine dernière, assimilé à son rôle de beauf hétéro des Galettes de Pont-Aven soupirant son « Nom de Dieu de bordel de merde ! » en admirant un cul féminin. C'est vrai qu'Anémone était prodigieuse dans ce rôle jusqu'à faire d'une réplique une citation patrimoniale qu'on entend encore dans les repas : « c'est fin, c'est très fin, ça se mange sans faim. » Pour notre part, on préfère celle-ci : «  moi j'ai presque terminé mes gants pour mes petits lépreux de Jakarta. Je trouve ça complètement inutile, c'est tout la Croix-Rouge ça, ils me demandent de faire des gants à trois doigts. Dites, vous ne croyez pas que j'aurais plus vite fait de faire des moufles ? »

Plus dans l'esprit d'une actrice farouchement libertaire qui vécut très mal de devenir tête d'affiche du cinéma français mainstream dans une série de films assez médiocres où elle partageait l'affiche avec les autres comiques du Splendid. Même Le grand chemin, mélodrame rural où elle jouait son premier grand rôle dramatique, est aujourd'hui un film à peine regardable et d'ailleurs quasiment oublié. En revanche, on conserve le souvenir qu'elle remporta pour ce rôle le César de la meilleure actrice et qu'elle passa sur scène en tenue de révolutionnaire juste pour dire à Richard Anconina qu'elle l'aimait tout en délaissant le trophée. Son dernier coup d'éclat médiatique, car ensuite, la comédienne quittera pour toujours le cinéma populaire pour se consacrer au théâtre et à un certain cinéma d'auteur. Pas le plus innovant néanmoins, même si on l'aimera bien dans deux films de Tonie Marshall, Pas très catholique et Enfants de salaud.

Ensuite, Anémone se fera surtout remarquer par un caractère de plus en plus atrabilaire se fâchant à mort avec ses comparses du Splendid pour des histoires de gros sous sur le Père Noël avec cette déclaration tonitruante : « c'est vécu, c'est digéré, c'est chié ! ». Plus étonnant encore, elle affirma regretter d'avoir eu ses deux enfants. « J'ai détesté avoir des enfants. Ça empêche de vivre, ça pompe toute l'énergie et tout le pognon. Et quand ils deviennent sympas, ils foutent le camp. » On pourrait aimer cette méchanceté provocatrice, ce sens de la vérité salutaire, mais on y sent surtout le désarroi amer d'une artiste vieillissante qu'on préférait légère, éprise de liberté comme lors de la remise de son César. François Cluzet qui a tourné Enfants de salauds avec elle se souvient d'une femme renfermée sur le plateau, toujours plongée dans un magazine pour y faire des mots croisés. Militante de la gauche écologiste, elle se révéla, ces dernières années, désabusée sur le sort de la planète. Elle opta pour la misanthropie au fin fond du Poitou, ce qui semble témoigner d'une âme pure trop proche de l'enfance pour endurer la violence de la condition humaine et les contraintes d'une actrice de moins en moins soumise au désir. Une vraie tragédienne en somme qui devait détester d'avoir si peu marqué l'histoire du cinéma, si l'on excepte cette fameuse Thérèse dont on continuera longtemps à réciter les répliques en fin de banquet.

 

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