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John Singleton, le cinéaste de la culture gangsta

A l'aune de sa disparition à 51 ans, le cinéaste John Singleton laissera le souvenir d'un cinéaste à la filmographie relativement décevante qui aura eu le malheur de réussir son meilleur film à 22 ans. Un premier film en plus qui fit de lui le surdoué de Hollywood, nommé comme meilleur réalisateur aux Oscars. Un symbole incroyable car John Singleton était le premier cinéaste afro-américain à concourir pour la fameuse statuette dans cette catégorie prestigieuse. On était en 1992 et le monde découvrait donc Boyz'n'the hood, chronique sociale sur la jeunesse noire des quartiers pauvres de Los Angeles. Un film poignant, jouant habilement sur deux tableaux : le réalisme documentaire de South LA gangrené par les gangs et un mélodrame familial au fatalisme hollywoodien.

Une réussite qui faisait suite à Colors, le film de Dennis Hooper avec Sean Penn et Robert Duvall, deux flics du LAPD aux prises avec les Bloods et les Crips. Mais Boyz'n'the hood avait l'avantage d'être un vrai film afro-américain par son réalisateur et ses acteurs qui répondait aux émeutes des ghettos blacks, suite au tabassage de Rodney King par la police de Los Angeles en 1991. De plus, John Singleton faisait découvrir au monde entier la culture gangsta dominée par ce rap de la côte ouest autant nihiliste qu'hédoniste, incarné par son acteur principal Ice Cube, leader du groupe Niggers with Attitude (NWA). Mais il faut bien avouer que ce coup de maître qui fit beaucoup pour la reconnaissance de la culture black ne sera jamais égalé par John Singleton qui restera néanmoins un fidèle témoin de l'évolution des afro-américains dans la société américaine, mais sans avoir le mordant activiste de Spike Lee.

Dès son second film Poetic Justice, on ressent déjà l'académisme du film lénifiant à oscars, malgré un duo sexy et explosif qui réunit Tupac et Janet Jackson. Au fil des années, John Singleton passe du cinéaste auteur à celui de faiseur efficace avec en 2000 l'excellent remake de Shaft avec un Samuel L. Jackson badass dans le rôle du flic new yorkais le plus teigneux de la Blaxploitation, ce courant de films hollywoodiens de héros afro-américains. Mais même s'il s'affadit inexorablement, John Singleton restera fidèle à cette culture hip hop offrant de jolis rôles à Snoop Dog ou Busta Rhymes jusqu'à réaliser, sur sa fin de carrière, des épisodes de la série Empire sur l'industrie de la black music, inspirée par la Tamla-Motown. Bref, si la filmographie de John Singleton a décliné inexorablement, celui-ci restera comme un artiste majeur de la culture black. D'ailleurs, les hommages des stars afro-américaines depuis l'annonce de sa disparition en dit long sur l'influence de Boys'n'the hood sur la culture populaire noire. John Singleton fut un pionnier qui fait qu'aujourd'hui, les stars du rap et du r'n'b peuvent être fiers d'être blacks et beautifuls.

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