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Dick Rivers, le troisième homme du french rock'n'roll

La France, pendant longtemps, a voué un culte aux seconds, ce fameux syndrome Poulidor qui faisait qu'à nos yeux, la flamboyance était plus méritante que l'efficacité. Mais alors que pensait du troisième homme, si ce n'est un film d'espionnage se déroulant à Vienne, Palme d'Or à Cannes, avec Orson Welles ? Dick Rivers qui vient de s'éteindre à 74 ans était, lui aussi, le troisième homme, celui du rock des pionniers avec Johnny et Eddy. Pourtant, il fut snobé par les deux autres, les gars du quartier de la Trinité à Paris qui vont préférer adouber leur pote Jacques Dutronc, pourtant plus héritier des mods anglais que des rockers américains.

Dick Rivers était un provincial de Nice et restera d'ailleurs plutôt snobé par la capitale tandis qu'il tracera son sillon dans une veine dite de l'americana fantasmée, entre musique rock et country des grands espaces du middle west américain. Pur produit de l'après-guerre, période pendant laquelle les bases militaires américaines installées sur le territoire français font découvrir à la jeunesse sa culture populaire entre musique et cinéma, Dick Rivers restera scotché à cette Amérique mythique sans pourtant tomber dans le ridicule. Au début des années 60, à l'instar de Johnny et d'Eddy, il tombe à la renverse en découvrant Elvis Presley et tous les pionniers du rock Gene Vincent, Buddy Holly ou Ray Charles. Son pseudo, il l'emprunte au personnage joué par Elvis dans Loving you nomme Deke Rivers mais avec l'orthographe Dick sans savoir que ça veut dire bite en anglais.

Pour ma part, je me souviens de cette pochette d'album où en costard bleu électrique il se présente avec son groupe Les Chats Sauvages. Un sacré bon nom pour jouer un rock simple, joyeux, énergique avec le fameux Twist à Saint-Tropez ou Est-ce que tu le sais, adaptation d'un standard de Ray Charles. Je revois aussi un scopitone d'époque où Dick et ses Chats jouent en complet cuir. Une imagerie rock et la voix de velours de Dick Rivers, un cocktail qui le place au sommet à une époque où Johnny chante mal entre deux hoquets et Eddy pantoufle avec ses Chaussettes Noires . Mais la France n'a jamais eu le rock dans les veines et c'est ainsi que Dick Rivers sera toujours l'outsider, voire le loser de la fameuse triplette.

Pourtant, son parcours solo montre une réelle singularité avec des collaborations étonnantes avec Gérard Manset, Alain Chamfort et surtout Alain Bashung dans les années 70, tout en restant fidèle à la musique américaine, jetant son dévolu sur Johnny Cash, Roy Orbison, John Denver où son style crooner à santiags et banane luisante, fait des merveilles. Alors que lui et ses deux éternels rivaux sont déjà des has been du rock, Dick Rivers ne fera guère de concession à la variété. Du coup, il disparaîtra plus ou moins des radars, tandis que Johnny s'installe en Taulier rock people et Eddy en crooner nostalgique et cinéphile. Pourtant, il continuera à graver des disques plus ou moins mémorables avec le gratin des paroliers de la poésie rock à la française comme Jean Fauque, Boris Bergman et Francis Cabrel.

Toujours là où on ne l'attends pas, il jouera au cinéma avec Jean-Pierre Mocky et interprétera sur scène à Chaillot Les paravents de Jean Genet avant de recevoir l'hommage en 2006 de la nouvelle génération, dont Benjamin Biolay, Mickey 3D ou Matthieu Chédid, qui va travailler avec le rocker. Encore plus fort, Dick Rivers ne montrera jamais de réelle animosité envers Johnny et Eddy, acceptant de bonne grâce sa place de troisième. On l'apercevra même dans l'église de la Madeleine aux obsèques nationales de l'idole des jeunes. Ses funérailles ne déplaceront sans doute aucun chef d’État, ni même les médias, encore moins la foule. On retiendra ses quelques mots confiés dans l'une de ses dernières interviews : «Je suis un homme heureux. J’ai une femme géniale. Je suis content quand je monte sur scène. Mon seul rêve, c’est de continuer.» La belle vie du troisième homme, quoi !

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